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LES MORALES, LEUR VALEUR PAR RAPPORT A LA MORALE

Sur la Morale on bâtit des morales, ou, si l'on préfère une autre image, les morales sont des arcs-boutants,des contre-forts, des étais, des appareils divers de consolidation et de conservation de la Morale.

Dieu sait s'il y en a ! Quel besoin en a-t-on ? Il est réel, bien que toujours mal satisfait. A cause de sa généralité même, la Morale a des contours assez mal dessinés. Son efficacité laisse beaucoup à désirer.

En tant qu'idéal esthétique, elle peut fort bien rester latente. N'y a-t-il pas eu des pays, d'abord entièrement déshérités de beauté plastique, ignorant les arts qui la réalisent et s'enthousiasmant pour les formes harmonieuses une fois importées chez eux, et demeurant incapables de les rendre indigènes ? Tel l'idéal moral.

Une fois connu, il reste souvent platonique : on le regarde comme la mer sans bouger du rivage ; et même on agit comme dans les vers d'Horace ; on admire les sobres en buvant de l'absinthe, les chastes en forniquant, les braves en s'embusquant, les désintéressés en profitant. Au surplus, il ne sert pas à grand'chose d'adhérer à la même Morale quand on s'entretue pour elle.

De là les morales : elles donnent à la Morale

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une vie précise et agissante, ou du moins s'y efforcent. Gomment les apprécier ?

Par les moyens qu'elles offrent d'entraîner l'adhésion de l'esprit humain à la Morale. Il faut que ce soit celle de l'esprit humain tout entier, dans ses fonctions tant visuelles qu'affectives qui sont inséparables.

Aussi tous les « systèmes » de morale sont-ils à la fois bons et insuffisants.

Morale utilitaire : tout individu a un avantage certain à vivre dans une société où les rapports entre hommes soient sûrs et fraternels. On ne conçoit pas de personne suivant une ligne de conduite absolument désintéressée dans ce sens qu'elle n'y trouverait aucun intérêt d'aucune sorte.

Ce qui justifie aussi la morale du plaisir. Epicure, qui lui a donné son nom, n'entendait pas par là les seuls « plaisirs », les voluptés matérielles ; il enseignait qu'il fallait subordonner, daas cet ordre, l'immédiat et l'intense au durable : c'était prôner les satisfactions morales en même temps que la tempérance et l'hygiène, le bonheur, en un mot. Qui ne donnerait son approbation ? Nul n'imagine une discipline qui vous propose délibérément d'aboutir au malheur.

11 y aurait là une « absurdité ». Aussi ne peuton, quoi qu'on dise, exclure la raison d'aucune morale. Kant avait bien essayé, par son hnpératif catégorique^ d'instituer un devoir pur dégagé de tout mobile, quel qu'il fût, aussi bien affectif que rationnel ; il fallait cependant savoir ce que commandait cet Impératif; Kant nous l'enseigne ainsi:

n'agir que suivant des règles que l'on puisse poser comme générales. Principe absolument rationnel et qui ne fait guère appel, dans son application, qu'à la raison.

En dehors de ces morales que les philosophes coordonnent expressément comme telles en ensembles théoriques, il y a celles qui se dégagent des doctrines par voie de conséquences ou sentimentales ou logiques. Les morales religieuses modernes sont en grande partie dans ce cas, surtout celle du catholicisme. On remarquera que les catéchismes s'occupent peu directement de morale : la partie dogmatique y tient infiniment plus de place, et cela est sage. Combien n'y a-t-il pas plus d'éloquence pour un croyant dans la Virginité de Marie, dans l'exemple d'un Dieu qui se laisse crucifier, dans l'humilité de la condition du Christ, dans l'Eucharistie, que dans tous les discours sur la chasteté, la paix, le mépris des richesses, le désintéressement, l'amour !

Ce seront ici les conséquences des doctrines qu'on jugera d'après la force avec laquelle elles font adhérer les esprits à la Morale. 11 faudra toujours tenir compte de l'esprit tout entier, même de sa faculté critique. Lorsque celle-ci, par exemple, repousse les affirmations de la foi, lorsqu'on ne croit pas, les Evangiles cessent de contenir des exemples vécus pour ne raconter que des fables ; leur beauté, unique, leur laissera une force persuasive, sans doute, bien inférieure, cependant, à la force impérative dont ils sont doués pour qui en fait de l'histoire, l'histoire seule vraiment certaine.

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L'athéisme pourra, lui aussi, être mesuré par les conséquences de sa philosophie positive, relativement à l'adhésion de l'esprit humain à la Morale. C'est à cette tâche que je me bornerai. L'athéisme n'a pas, en effet, de système de morale propre : tous ceux qu'on lui attribue, morale de l'intérêt, du plaisir, morale rationaliste, morale naturelle..., concordent avec une foule de métaphysiques et sont d'ailleurs tellement discutés, et depuis si longtemps, qu'ils ne prêtent plus qu'à de banales redites.

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