LA VALEUR IDÉALISTE DE L'ATHÉISME
§ 1. — LA DÉCONSIDÉRATION DE l' ATHÉE AU POINT DE VUE IDÉALISTE.
Avant de développer les valeurs idéalistes de sa doctrine, l'athée écoutera les reproches moraux formulés par ses adversaires, afin de mieux savoir ce qui lui manque et où porter son effort.
Sans beaucoup s'enquérir, on voit tout de suite que l'athéisme est tenu pour, au moins relativement, bas et grossier.
Bien des gens protestent quand vous leur dites que vous ne croyez ni à Dieu ni à l'âme. Ils le font par courtoisie, par estime, comme si vous vous accusiez de quelque tare morale honteuse : — Allons donc ! un homme comme vous !
Innombrables sont les athées de fait qui prodiguent le mot « Dieu » dans leurs discours et leurs écrits, sans qu'il y joue un autre rôle que purement verbal, sans qu'il change quoi que ce soit à la négation du Dieu défini par les religions et la métaphysique. Un tel artifice de langage est la
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reconnaissance implicite de l'infériorité esthétique attribuée à l'athéisme.
Le Dantec cite deux témoignages, mais qu'il utilise à un tout autre point de vue que celui où je me place.
Un universitaire, dit-il (mort vers 1906), avait écrit dans son testament philosophique :
« Dans l'ordre religieux... je n'ai accepté aucun culte constitué ; j'ai été, dans le sens le plus ordinaire du mot, un libre penseur. Mais, dans Tordre philosophique,y'«î essayé de m' élever au-dessus des doctrines matérialistes et positivistes, non certes jjar dédain ou hostilité, mais parce que je ne les ai pas trouvées pour moi assez consolantes. »
C'est moi qui souligne (tandis que Le Dantec souligne la dernière phrase). On peut avoir pleine confiance dans la loyauté de sentiments de l'auteur des quelques lignes ici rapportées ; il se refusait à déprécier en quoi que ce fût des doctrines professées par des gens qu'il aimait et estimait ; il ne voulait pas les rabaisser, et, cependant, il s'élevait au-dessus d'elles. Evidente distraction qui le contristerait s'il survivait, mais dont sa mémoire n'a aucunement à souffrir. C'est là comme un de ces cris involontaires arrachés par la surprise, regrettés aussitôt qu'on s'en aperçoit, et qui font jaillir, en pleine lumière, le plus profond, le plus secret du cœur. L'auteur du testament nous moatre que, malgré sa volonté consciente, il sentait l'athéisme comme moins noble.
A la suite de cet exemple vient celui de Pasteur qui, dans un discours à l'Académie de Médecine où il professait son adhésion à la foi parce que