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MORALE DE L EFFORT, DU TRAVAIL ET DU COURAGE

Tous les excitants affectifs impliqués dans la doctrine de l'athée poussent au culte de l'effort et du travail.

Un regard jeté sur la route parcourue par l'humanité nous montre une telle suite de difficultés vaincues qu'il faudrait des siècles pour en dresser l'inventaire, et à condition encore que, suspendant leurs occupations, tous les « intellectuels » se missent à cette œuvre exclusive.

Langage parlé et écrit, pensée sous ses diverses formes, technique, science, philosophie, mœurs, institutions, arts, religions, tous ces éléments ont réagi les uns sur les autres, aucun n'étant indifférent à aucun autre. C'est un courant unique, malgré ses remous et ses temporaires éparpillements en branches divergentes. Toujours finissent par se rejoindre les flots de la marée qui monte.

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accomplissant une œuvre dans le sens humain.

Des examens partiels, qu'on a le tort de faire trop parement, montreraient combien tel de nos « pont aux ânes » les plus familiers, tel de nos mots que les plus simples entendent, supposent d'inventions lumineuses, de tâtonnements intelligents, et à travers combien d'obstacles.

La vénération pour l'humanité est donc celle d'un travail qu'à l'échelle dun individu on appellerait infini ; il représente une réussite magnifique, pour Tathée du moins, lui qui voit, au point de départ, l'anthropoïde ; et comme l'ascension générale s'est accompagnée de multiples et pénibles reculs partiels, dont quelques chutes à pic au fond d'abîmes, elle incite au culte du courage.

L'athée croit au transformisme ; il remarquera que l'évolution menant des premières formes de la vie au développement actuel de la pensée passe par la voie de la complication, de l'activité, de l'inquiétude et du danger.

Quel est le moyen le plus sûr et le plus simple qu'ont les espèces de survivre ? Procréer beaucoup, de bonne heure, des petits entièrement formés à leur naissance. Solutions qui peuvent s'ajouter ou se suppléer : elles parent aux hasards à quoi est exposée l'espèce par la destruction des individus avant qu'ils soient capables de se reproduire eux-mêmes. L'expérience les prouve bonnes, Elles ont été « adoptées » par les morues et les harengs dont la race survit à nos efforts acharnés pour la détruire, par les moustiques. qui, biologiquement, sont, autant que nous, les maîtres de le terre, puisque leurs nuées l'infestent aussi bier

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dans le voisinage des pôles qu'entre les tropiques, par les mouches..., et, en général, par tous les êtres vivants beaucoup plus que par nous.

L'homme, lui, a été placé dans les conditions où il y avait le plus de probabilités « matérielles » pour qu'une espèce disparût. La durée normale de vie de presque tous les animaux est inférieure à celle qu'il lui faut pour devenir adulte, en âge de subvenir seul à ses besoins et de procréer ; et le couple humain ne donne naissance normalement qu'à un seul petit à la fois, qui doit être porté longtemps et allaité longtemps.

Si quelques animaux, tels les grands pachydermes, ne sont pas mieux favorisés au point de vue de la reproduction, eux, du moins, sont comme des forteresses ambulantes où nul carnassier ne saurait envisager une proie. Tandis que l'homme de la pierre taillée vivait encore parmi nombre de fauves très supérieurs à lui par la force, l'agilité et l'armement naturel.

Ces dangers étaient le prix qu'il fallait payer la pensée. Sous peine de mort de l'espèce humaine, les individus humains devaient posséder l'art d'une longue défense contre leur destruction : temps nécessaire pour parvenir à la puberté, temps de gestation et d'allaitement de trois ou quatre petits en moyenne, temps de protection du dernier né jusqu'à ce qu'il atteignît l'âge adulte. D'autre part, sans une durée de vie suffisante, l'homme n'aurait pas eu le loisir de cette lente maturation que suppose l'acquisition et la mise en œuvre de notre pensée.

La main, l'intelligence et la vie sociale coûté-

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rent à nos ancêtres de se risquer à découvert, faibles et nus, contre des monstres bien plus puissants qu'eux et que la chair humaine tentait. Forts comme des gorilles, ou demeurés singes ou lémures à hanter les arbres des forêts, les anthropoïdes n'avaient pas besoin de s'ingénier ni de s'unir contre le lion des cavernes. Armés de griffes qui les eussent rendus égaux aux grands félins, ils renonçaient à la main qui tailla les silex, et, par là, à la pensée dont la main fut la compagne nécessaire.

A dépendre de l'intelligence ils couraient des aventures redoutables, car elle débute presque toujours par l'erreur; elle est individualiste, elle rend précaire la cohésion des communautés.

Et elle introduit la mort. Pour l'animal, la mort est comme si elle n'était pas, puisqu'il n'en a aucune conscience. L'être intelligent affronte la mort du fait même qu'il vit : il sait qu'il doit mourir, il se sait en danger de mort.

Pas de pensée sans cerveau. Avoir un cerveau humain, c'est multiplier infiniment les possibilités de contacts sensibles que l'animal prend avec l'univers, donc aussi les risques de souffrance.

Ces risques s'accroissent à chaque acquisition que nous faisons de ce qui a une valeur humaine ; tout affinement du sens esthétique, du cœur, de la conscience morale, du goût pour les idées, est une chance de plus de rencontrer la laideur, la haine, la bassesse et la bêtise.

Ou on ne s'aime pas soi-même, on n'aime pas l'humanité dont on est fait, ou on accepte résolument de la payer ce qu'elle vaut, c'est-à-dire très

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