‹ La religion de l'avenir (volume 3)Chapitre 12 sur 19 · Comp. Lang., ouvr, cité, p. 290 et suivantes · texte numérisé non relu

Comp. Lang., ouvr, cité, p. 290 et suivantes

yGoogk

114 LA ÎIELIGION pE ^.'AVENIR

Mais il y a pis. Le protestantisme libéra^ s'aperçoit hiei^ de ce f^it et ne cf oit plus bien lui-rmôme à sai métaphysique. Il n'y tient que faute d^Q mieux et pour çonsefvçr ^.on ppint d'att9.chçi ç^veç le Qhristis^nisïïie. Il nqus ^^seigne^ i\ çst vrai, Vitnniprtalité cje ripdiYidu e\ son progrès i\idéfini ; mais il suppose qi^e PQV|s ne npus inquiéteronspas davantage de cette 4outeuse| existence h venir. Il novisi enseigne la liberté mprs^le, \3^ prpviçlence pj^tern^U^ de Djey, mais \\ a4me^ cpmme allant ôe spi q\\e noq^ çroypnsi avec \^ §Qience moderne av\x Ip^s iqy^riftlpiles et.r\éces^§ijçsi qui gQv^vprnent le ma^^e. PpTnïPfipt ne ^^rait-pnpa^ teïité çle ppn§er qvip la rpétaphy^iquQ tbéiste n'est qvi'^ne f^iuss^ façade çacl^a^it la f éftlité d'un édifices 4'nne tpi^tp antre s^fcji^teçtvire, : \^ vevç^ ^ire ^e n^tufali^pie moderne î^vec sa fpi sqpef^^itieuse à }§ subs^çiptis^^tô de la inatièr^. Jl ne seft ^ v\^ï\ fle ^ç\ défendre pt <iP sp débattre coi^tre nn f^it ; la vieill§ conceptipn thé|stp ^\\ mpn4e p^t 4PYpn^e jncompatiblP ftyec la ponçcipnce mpdprnp qui n'^ pî^s (Je clijoi^ qw'entre Jp ns^tpr^^Ji^pip ïp^t^riftl|§te à \^ Strans^ et le mmim^ m pwtWisiroe sypiiFitHali^te; §i l'on 4ôsire le prêter, pn ppijt 8|'a4rp^spF pour l'ac: quérir aux professeurs itiî^érant-^ 4p Wf^^é^alisme; }ft second, tant qu'une religion panthéiste manque à l'Occident, ne se trouve ^ue chez de vrais philosophes.

yGoogk

IRRÉLIGION py PROXpSifA^iSJJE i.IBÉRAL Ijq

Le déUme et le matérialisme ont une remarquable affinité, qw fient ^nai (îp^^ I leuf çemimjnp p^âfi-5

p est pçpfqpçi et ipçpWPr^heftsiW^t T9m 4^«ï s^pt

rftttppftlistes çjaps Je ps^pvafl^ Se.ifi gu pat^ ppv^y ai^tapl qg-y? pien^ a,Y^n\ ^opte çeph^f pl^p ^qgt rps^e irfatjflpp^J, çt tpuYçipl tpu^ }ps pf oti}^ïpe^ «Hs^^IR\t pies ^^mm ^W. guel'e^lwr pr-ppre pptppiipïpepv. Pendapt ^p^ gièçleg \qws 4pq^ §e sopt tr^biofi PPÏPPdqs ep France ef pp An^etefTP, m fe mqpâp 4q ipatériî^^sme es^; une piî^plûne pqrement {p^^^riqllp <We fiieu, fiipu^q Ip (^éi^mp, a f^i^e pt pii^e pp wouyp- We^t ^ TO c^rt^ip jpqr, l^^s pette p^iç ftppftrQptp f^pit tp^qur^i p^r Ja ré^qlpfiQU que prppçj Jp piat^pal|§mp dp Tepvqyer le piécaplpfpp qui lui paraît guper^q, ^^^an^'e^t ^Yisé qpp les fflu^gpg Wt W^R B^ ^Î9^\W Vp cqptre Vau^rp si Ippgtprpp^ q\ s\ \^\^n qqp J^ip^chipp g fini par ft|lef . E§^-pe q\^p p^f h^çarfl l^S prete^^nts lit^ér^ux tf apfjjepl; p^s Ip ^epfimepl; qpp !ei(r piep ^st ipppacé f['upe de^titptipp prqç^iaipp*? e^trcp qqp Vexcèg dp leuB cplèyp copt^e ^tyaqss pe tienf^rait p^g sp^out ap f^t qp^l lepç § ipi§ §i pr<i-:

^m wm \^^ ye»^ pç^tp aé^^p^ai^ig rpbr8<i-

Quoi qq'il pp m\\y Is P^rtp p^f ft^ W^ P?iB§!§^rablp^ car cp gui irpporte essentiellepippt au sep^irpppt re-

yGoogk

il6 LA RELIGION DE L' AVENIR

ligieux, le mystère, se trouve déjà aussi peu dans le déisme que dans le matérialisme. Ici comme là tout est si bien éclairé et expliqué qu'il ne reste plus un seul point obscur où puisse se prendre le sentiment religieux. Il se peut que la philosophie allemande ait tort et que la platitude déiste et matérialiste ait raison; mais alors il faut renoncer à la prétention de fonder les moyens d'éveiller et de satisfaire le sentiment religieux sur une vérité de cette sorte qui reste étrangère à la métaphysique ou qui n'a qu'une métaphysique de paille. Quand Strauss demande que nous éprouvions un sentiment de piété religieuse et d'amour pour son univers qui n'est que l'agrégat de toutes les substances matérielles particulières et qui menace à chaque instant de nous broyer sans l'ombre d'une raison entre les roues et les dents de son impitoyable mécanisme, nous trouvons l'exigence un peu forte ou plutôt bien naïve. C'est un point où l'ex-théologien joue un mauvais tour au penseur moderne. Mais plus hasardé encore que cette assertion est l'essai qu'il a fait de la démontrer à l'aide d'une expérience isolée, c'est-à-dire en constatant la réaction de son sentiment contre le pessimisme de Schopenhauer. Ce qui réagit en ce cas chez Strauss, c'est précisément le sentiment de satisfaction et de bonheur aisé que ce monde lui fait éprouver , c'esl-à-

yGoogk

IRRÉLIGION DU PROTESTANTISME LIBÉRAL il 7

dire le sentiment mondain, irréligieux *, en opposition au point de vue antimondain, c'est-à-dire vraiment religieux, deSchopenhauer.

Dans les sacrements chrétiens, le mystère était présenté au peuple et mis àsa portée sous une formepour ainsi dire palpable : le protestantisme libéral a-t-il quelque chose à offrir qui soit un équivalent religieux de ces mystères qu'on ne peut plus accepter parce qu'ils sont contraires à la raison? Serait-ce peut-être la prière offerte à un Dieu dont l'intervention surnaturelle dans la marche de ma pensée et dans les déterminations de ma volonté est pour moi aussi inadmissible que la même intervention dans les phénomènes de la nature extérieure, en sorte que le prier pour lui demander la force dans les luttes morales ou la consolation dans les peines du cœur ne serait pas plus raisonnable que de le prier pour avoir le beau temps pendant la moisson ou pour conjurer une épidémie?

1. Celui qui ne s'est pas encore rendu compte du degré de pauvreté superficieUe et de trivialité où Ton abaisse la doctrine de Strauss, peut consulter l'écrit souvent cité d'Overbeck (p. 71-78), mais surtout le délicieux persiflage de Bruno Bauer dans récrit intitulé « Philo, Strauss und Renan und das Urchristenthum » (Philon, Strauss et Renan et le christianisme primitif, Berlin, Hempel, 1874,) p. 36 et suivantes. Le 1*' cahier de « Unzeitgemaessen Betrachtungen » (Considérations intempestives) de Nietzsche renferme aussi d'exceUentes remarques, mais en général dépasse le but et laisse aussi à désirer au point de vue de la forme.

yGoogk

118 Î.A THEyaioî^ pE i-'ayehïH

Mais une fois qu'on ne voit plus dans la prière qu'uijg illusipR ^QRt fin a spi^m^me cpRscieppe, pp^ gftg cependant il est bon ((g pr^figviçr îi f §|§9n 4q ^ l^evirew effpt^ psychplqjpqqes, 9^ Vat?W?§e. ftP piY^u jiu juf ot^ énergique par l^qu^l m pprt^Mx S'^^cife lui-m^me ^ de pquvpau^ pfforts pour cb^rgp^ ]\t\ %- (ieau gqi me|; ^a pui§sapce mi|spnmre ^ pqe trgp fqrte éprpwe.

L'4(^ique di( protes^fitisme l|bér^| pe vaut pas lff^\Q^:^ que s^ nq^t^pjiy^lqne. GoT^me npRS V§yoiUf 4éjà ferflî^rqqé, \q tl^èi^mp ne pe^t, sfHl rpste consé? qnent ftyep lui-mèn^e, pngendrer qu'nnen}qr§lp }iétéf 90Pi:][ie I lïtai^ pÇ^ercI np pput figréer ^ ^a çqpgcipncg lï^Qfiprpe, et te prptest||pti§rne libér?^l a tcop decQji- ^Ifiérfttipn pp»r H P^lÎHï*^ ^Rfl^e^P® VK^^^ fiPBOspr fPftjafirpitppîpijt ^ notre époqiie png pipfalp Jïétérç!- Rpfpp |)^ée sqr la yftlpnt^ ^^Rfi- PFr porpme ^on théi3ïpp p§t pas3^]^ïReRt {ifiRt^H? de luirfR^ffip, couvrant sa nudité métaphysique du manteau de l^^mpur cjïFétiep , Ip moyen le plps sîpaplp, pour échapper à cette fâcheuse l^étérpnornip ^ c'est de déclarer la morale indépendante et de la détacher jie }a Tftétaphysique rpléguée d'aillpnr^ ^ T^frièpeplan. Ic| Ton peut invocpier l'exemple de Heii)art et de Kant (quoique la Ramn pr.qtique de ce dernier n'ait p3§ flij tput ijn p^jrapt^r.e pi}ppmppt gsychglo-

giqi^e, mai3, si Tou y regarde de près, ix^ Pfifî^fiWn» très-métapbysiqvi» B^r Ip fait 4§ ^Qn mYfiç^M)> m peqt se viit^màsQ h pia|»F m décUmattoRs seBlime^? f^lfis sur <ï un^mpur Sft^çflp ? et, par l'ii4Qî:»|ipn(Je ridéede Ttiuinanité, 9'é}iaY0F à l^ b^uteiMPd^la cv(HwP^ contemporaine. A-vec uni» t^Ue mprale Qn n'^st du moips pas e^ppsé au Feprpplîp d'bétjSrppqnïie, ^t J'pp est abondamment bqwpf» de gyj^ts.ppur prépber. Mais, S'il est facile de R^^ôci^ep la morale, U eit difficile de luitppqvpp un fondement h i^ Spf qvifiUe base vart-on feire tenip les sermon» dp mpral^*} îîYidemment |e pr^dipateur çppa rédnit à £*iFP WBPl ?Pf penchants et aux instincts mpçawx de l'homme. S-il^ sont assez forts, Tapp^l rén^ilca» et pn ce pas il était superflu ; s'ils ne le sont pas, le sermon de ïflfiiralp ^gr^ ^^ o|)je|; de pioguefie e^ de dérisipp, e\ le pi'édicateur sera fort empêché de démontrer, mdme théoriquement, h sp^ rajUp^rs qvj'il^ put topt.

En pff^t c®w^"P} ®p wp?!!?^^ ?H?!4 *?î®P ^® ]^^ ^

des instincts et à des penchants du cœur humain, et ppvfF décifier qvfelsj gpnt pepx qi^'}| faqt Rr^férer, si c'est l'amour ou la haine, le pardon ou la vengeance, le renoncement ou l'égoïsme qui doivent diriger l^pg options, ]p préflip^teuf, ençorp me fois^ n'a pas

1. c Moral predigen ist leicht , Iforai begrûnden ist schver. » {Schopenhauer},

yGoogk

d'autre moyen à sa disposition que de faire appel au sentiment ou au goût qui diffèrent d'individu à individu. » Une fois détachée de la métaphysique, l'éthique reste comme suspendue entre ciel et terre; elle peut bien encore statuer des règles, mais elle est iréduite à l'impuissance si l'individu ne trouve pas ces règles à son goût. Sans métaphysique, l'éthique est tout au plus l'histoire naturelle des intérêts et des penchants humains, considérés dans leurs conséquences pour la société; quant à la prétention d'être la norme des actions humaines, elle peut bien encore l'élever, mais elle ne peut plus la justifier si l'égoïsme rebelle à toute règle lui demande ses titres de légitimation *. En tant qu'é-

1. Voyez Max Stirner « Der Einzige und sein Eigenthum. » (L'individu et sa propriété, Leipzig, Wigand, 1845) spécialement le chapitre « Der humane Liberalismus » (le libéralisme humanitaire), p. 145 et suiv. et p. 478 et suiv. Cet ouvrage, plus riche d'idées que les Œuvres complètes de tel philosophe célèbre, est, dans la folie carnavalesque de ses résultats parfaitement logiques, la preuve indirecte la plus brUlante de l'impossibiUté de fonder l'éthique sur la base de l'individualisme et de la nécessité de chercher cette base dans le monisme. On a fait contre ce livre la conspiration du silence, môme dans les cercles les plus libéraux, et l'on s'est voilé la face avec une indignation vertueuse ; mais le secret effroi qui se trahit dans cette fagon d'agir prouve seulement qu'on n'a pas su trouver le point faible de l'adversaire incommode, ou qu'on a reculé devant la nécessité de ceindre les seules armes avec lesquelles on soit en état de frapper l'égo'ïsme au cœur, le monisme et le pessimisme.

yGpogk

thique au vrai sens du mot, c'est à-dire en tant que science de la réforme de la réalité, Téthique n'est possible que fondée sur une métaphysique moniste. Cette métaphysique, en effet, réduit la volonté individuelle qui dans son apparente substantialité se figure être absolue, à l'état de simple phénomène objectif, et la dépouille ainsi de Vaséité^ de la souveraineté qu elle s'arrogeait. Au contraire le théisme la confirme dans Tillusion de la substantialité et provoque formellement la révolte renouvelée de Prométhée contre le créateur qui l'a créée sans lui en demander la permission .

Que l'éthique du protestantisme libéral manque de caractère scientifique, cela ne serait pas après tout si fâcheux en présence du fait que, si elle ne favorise pas la moralité, du moins elle ne lui est pas directement contraire, comme*' c'est le cas pour la pseudo- morale hétéronome du véritable théisme chrétien qui d'ailleurs n'est pas scientifique non plus. Mais ce qui nous importe ici, c'est qu'elle n'est plus une éthique religieuse comme l'était de tout point l'éthique hétéronome du christianisme. Une éthique, en effet, ne saurait être religieuse qu'en étant plus qu'une simple explication du jeu psychologique des instincts, en s'appuyant sur les bases métaphysiques de la religion et en tirant de là sa force.

yGoogk

122 LA RELIGION DE L'iVENIR

Nous n'avons pas brisé avec la loi de Moïse et i^veo les commandeipents de l'Église infadlUble pour aoua laissée dictep pac quelque prédicateur libéral lesloie; de la morale qui d^ailleurs resteraient aipsi hétéronomes pour nous. Le p|*àtre orthodoxe peut se donner de^ air^ d-oracle, mais le Ubénal doit y r^r Qoncer ; dan^ l'éthique aussi bien que dans la pfiétaphysique, il doit se tenir prêt h établir la valeur intrinsèque de ses prescriptions, là où l'orthodoxe s'en réfère k l'ordre de Dieu. Quand le prédicateur libéral se voit obligé 4e descendre de la position au? toritaire qu'il refuse en théorie et repousse bien loin, mais que dans la pratique il serait souvent bien ais^ de partager avec son cpllègue orthodoxe, il a coutume de s'en tenir à Vamat^r comme principe mqral. ICais si Von devait aboutir en fin de compte à cette conclusion que la moralité est identique à Tamour et à la bonté du cœur , les prédicateurs n'auraient qu'à cesser sur-le-champ de prêcher la morale, car jamais ils ne réussiront par leurs sermons à créer l'amour chez celpi qui n'aime pas. Si, à force de psychologie, on ne veut voir dans la religion que la morale et, à force de douceur, ne voir dans la morale que l'amour, si en un mot on réduit toute la religion à l'ampur, on renonce à tout ce qui donne à l'amour son cipractère religieux; en

yGoogk

d'autres termes, on avoue qu'on s'efforce d'élever à la dignité de religion lîinstinat de Tamouc pacap qu'on a perdu le sens de ce qu^est proprement la religion. Sans doute la religion n^e«t pas un requin, comme le croyaient l0s inquisiteurs, mais elle n'est pas non plus une méduse : le requin peut du moins être redoutable, la méduse n'est jamais que fade et dégoûtante.

En faisant cette remarque, nous ne voulons en aucune façon nier la haute valeur de l'amour, mais seulement rappeler qu'on n'a pas le droit de prendre la pactie, fût-ce la plus noble, pour le tout. L'amour n'est qu'une des nombreuses formes dans lesquelles la moralité se produit comme sentiment; le sentiment, à son tour, n'est qu'une des formes sous lesquelles l'élément moral se produit dans l'4me, et la véritable base de la moralité ne se trouve dans aucuQ de ces facteurs psychologiques. L'amour peut être naturel, il peut même être moral, sans avoir le moins du monde le caractère religieux. Donner ramoqr commQ tel pour de la Beligipn, c'est nier l'essence df la religion; attribuer la qualification de religieuses k toutes les relations mpndaines pénétrées d'amour, ft'fist détourner son regard de ce qui seul est vérita))lemei9t Religieux.

P )f)'9Pt pan étmaant qu'un système qui a toutes

yGoogk

les raisons possibles de tenir secrète sa métaphysique, dont le culte se meut en pleines contradictions, et dont la morale, détachée de la métaphysique et de la religion, reste en Fair et ne sait où se poser, il n'est pas étonnant qu'un tel système ne puisse satisfaire au besoin religieux. Le protestantisme libéral est un phénomène historique qui est devenu nécessairement irréligieux, parce qu'il a pris pour mesure les intérêts de la culture moderne et qu'il a essayé de refaire le christianisme sur ce patron, alors que cette culture moderne dont on voulait faire la règle du christianisme a elle-même un caractère irréligieux parce qu'elle doit son origine à la lutte du principe mondain contre la religion.

La reUgion naît partout de Vétonnement dont l'esprit humain est saisi devant le mal et devant le péché, et du désir qu'il éprouve d'expliquer leur existence et, s'il est possible, de les détruire. Celui qui ne se sent atteint d'aucun mal, chargé d'aucune faute, celui-là ne songera pas à élever ses pensées au-dessus des intérêts de ce monde. Mais celui qui se dit : a d'où vient que je doive supporter ces maux? » et € comment arriverai-je à réconcilier avec elle-même ma conscience chargée de péchés? » celui-là est sur le chemin de la religion,

IRRÉLIGION DU PROTESTANTISME LIBÉRAL IStô

c'est-à-dire qu'il est en voie de s'occuper de questions et d'intérêts qui dépassent les intérêts de ce inonde. Que l'un accentue plus fortement le mal de la douleur, l'autre celui du péché, c'est toujours le mécontentement des choses de ce monde qui conduit à la reUgion, mécontentement des maux qu'il faut subir au mécontentement de sa propre nature qui conduit au péché. Si les sensations douloureuses causées par la souffrance et par le péché ne sont pas assez fortes pour contre-peser les sensations agréables de la vie mondaine, les élans religieux ne seront que des velléités fugitives, des accès passagers sans influence durable sur la disposition habituelle de l'âme. Ce n'est que lorsque le doute douloureux causé par le mal ou les inquiétudes de la conscience l'emportent dans la balance sur les joies de la vie et deviennent la disposition habituelle de l'âme, c'està-dire lorsqu'elle est arrivée au point de vue pessimiste, c'est seulement alors que la religion peut s'établir dans le cœur d'une manière fixe et stable. Là où n'existe pas la disposition pessimiste, la religion ne saurait croître, du moins spontanément ; le respect inculqué par l'éducation pour les formes extérieures de la religion fait seulement contracter l'apparence de la religiosité.

Le christianisme, comme toute religion digne de

yGoogk

ce npm, dut son origine ^ \^na conceptiq^ pe^sir mista dw moi^de, et \% r^Ugîpsité chré^f^pi^e 4 Wflftt tmuô )( nlpwi^ 5^^ rfi^pin^a Sîim t§ Re?fiw§pntia mz qu'* lu Rei^aia^i^oe. A- optt^ éBpguft opmq^a^çs^ ^ conflit ôntï«p r^PftQVir païen de ]^ viô fit ^e ffiépiris, ^ fuite du çûonde qwi par^ctérisaient \9^. ç^Y\%\\m^m 1 pui^ le déôUn (îe l^ fpi à un ^lonhevir 4'ovitr^rtpffitifi fit qu'on Fecbeppha plua ayi^einRP^* le^ \^^m ^^ re^tf ea qu -^^yait fait dédaigner ju^qu*^lçars Vf sp^ranco de la félieité céleste. Le rationalisme s'e^p^p^assa d€i justifier thôQriqueTpent Voptimisinifi fllie H ren^^issance pi^ï^nne favorisait pratiqu^pipnl, et le prptes? tantisme libér^al, d^acppTd avec la puUare inq^e^!^^, vit et se meut d^ns cette glppfip2|tion paieiiRp 4p la vie pt €lw«i pet optimisme agréable, c'e^tr^T^îf-ô i^Vi^ la théorie la plus Séfayqratile possible k 19, religiosité . l.eprQtestantisme libéral vit de cpmprpmis, et c'est $ipn talpnt spécifique ^ese tirer ^dr^^itein^t d'affaire : avjssi n'a-tril garde de laisser ce talent sans emploi qwapd il se trouve en fece des mam et du pécjié dp ce mon^p, qui n'o^t rien 4e si tpmWe apfè^ tqut quau4 m m\ se pqmRQCtw à ipur égaï^ avpp la hoRne hum?ur Pt Ip ppulpntpïpent f^cilf d'un pasteur prptpstaii|. çt, pbosp ppwa^quaWp, mf ce point orthodoxes et libéraux se rpssemWW* corauip deux gputtps 4'e^u. 4 la vér4té }ps réfo^pa-

yGoogk

iBRÉLiGioff nu PROTESTA wisiiî: 1(.^BÉRAL 4^

teurâ avaient fait encore ui^ bien sombre visage k câ ^aérable moi^de ^ui ^'^t^t ^opnô m ^ahlfi, \\ tf y avait pj^ à ei^ dantW î fliSi» W Sgci?». pûi^ir^ tant a«i ivii avaient dp^né le pe^U cjpigt, rt l'w a^it qw'e^ pareil o^a, le diable s'erop^re h\&ntX6i c|e ^Qute la ffîaip. ]p!n tt^éprie les di&cip^es^ p^tlpodoxp^ çle Lutl^ep parlent encqre seçrôtepaent ^^ ce wo^flp (oqs cièr^meQt n^auvais, porTompq, ^pvipîrftt^t apua )^ malédiction dp Die^; maisf en pr^^tiqWP Us ^p fjpntpnt parfaitement h leur aiste ^ans ce p^tehant monde qui, ppur prâ dp ipwra injurpa, levf^pfait upp ppsitipn oA il ¥ ^ t^ femmp) le Ipgis, pt la vaobe à 1 -Stable, auaai k ipur m^, que les l^héra«]if qvii v^pten^ ce mppde aoraine le mpilleur dea mppdea passibles. Gela peut êtrp trèa^^aensé, très^n^tnrpl , tr-èsridylr lique, bref, tûut pe qu'on voudra; maia pour cbré: tien, pour religieux, cela ne Test pas. Vput-qn une pr>e^ve encore plus sûre du degré auquel est ppu^sé cet esprit satisfait et mondain, c-est-ràrdire irré^ l^eux, du pçotestantisme , il suffit d'écouter le^ cris de colèrii que ces pï^otestants libéraux élèvent contre ceux qui osent les déranger au milieu de leur bonne vie païenne, de leurs doux loisirs, de leur adi^BJf^tjop 4p fie glflrjgux mqnde, cqplre ppi|x qqi essaient de rpuvrir de nouveau à Thumanité moderne et de lui montrer le néant de tout ce que ce monde

yGoogk

enserre, la profondeur et Y universalité des misères, la nature illusoire de la plupart des joies de ce monde et de celles qu'on recherche avec le plus d'ardeur. Lapidez l'infâme, s'écrie-ton, qui porte une main sacrilège sur notre sanctuaire, le bonheur terrestre! Car si de telles doctrines devenaient une fois générales, qui sait? peut-être les hommes finiraient par redevenir religieux, et c'en serait fait du protestantisme libéral et de son doux bien-être ^ !

Pour nous résumer, le protestantisme libéral consiste en une métaphysique indécise, insuffisante et plate qui se dérobe le plus possible aux regards de la critique, en un culte heureusement délivré de tout mystère, mais nullement exempt de contradiction, et en une morale séparée de la métaphysique, etpar là même irréligieuse; et il repose sur une conception du monde qui par son caractère optimiste et satisfait se trouve hors d'état de susciter une religion et doit tôt ou tard laisser périr d'inanition, au sein de la mondanité et du bien-être, les restes de religiosité qu'elle a conservés. Ce résultat de notre

1. Sur la valeur de Tidée pessimiste au point de vue de la moralité, de rhistoire, de l'art et de la religion, et sur le peu de fondement dos préjugés généralement répandus contre eUe, comp. A. Taubert « Der Pessimismus und seine Gegner » (Le pessimisme et ses adversaires). Berlin, Cari. Duncker, 1873.

yGoogk

étude suffira pour justifier le reproche d'irréligiosité que nous adressons au protestantisme libéral, non pas en ce sens qu^aujourd'hui déjà tous ses parti* sans soient des hommes irréligieux, mais en celui* ci que le principe même de la chose est irréligieux, et que, s'il influait d'une manière durable sur Thumanité, il ne laisserait plus subsister de la religiosité que quelques restes chétifs à peine dignes de ce nom.

yGoogk

via

Page 1