‹ La religion de l'avenirChapitre 12 sur 53 · LE PROTESTANTISME LIBÉRAL N'EST PAS DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE PROTESTANTISME LIBÉRAL N'EST PAS DU CHRISTIANISME

Nous avons vu dans le dernier chapitre comment le principe protestant, dans le cours d'une cri* tique à laquelle rien ne saurait mettre obstacle et qui pousse toujours plus avant ses attaques, sape et anéantit toute autorité, non-seulement celle des papes et des conciles, de la tradition et des pères de l'Eglise, du Nouveau Testament et de ses auteurs, mais encore et tout autant l'autorité de celui à l'autorité duquel en appelaient tous ceux que nous venons de nommer, comme apportant et transmettant directement la révélation divine. Cette conséquence une fois tirée, il n'y a plus de raison pour attribuer, ne fût-ce même que relativement, plus d'au-

torité à Jésus le fils du charpentier qu'à Pierre le pêcheur ou à Paul le faiseur de tentes. On se voit conduit à les mesurer tous à la même mesure et à ne tenir pour valables leurs enseignements que dans les limites où ils répondent au point de vue doctrinal du lecteur moderne. Mais comme il a été montré que la position prise sur les questions de principes par tous ces représentants de Tidée chrétienne est aujourd*hui intenable, ce ne peut être que des opinions relatives à des points de doctrine secondaires et accessoires qui obtiennent encore l'adhésion des représentants du a christianisme moderne 3. On nomme ce mode de faire éclectisme. Mais avec l'éclectisme cm se place déjà en dehors de la période de développement dans les différentes phases de laquelle on choisit ce qu'on trouve à son gré. Le choix est dirigé par des motifs et des considérations qui sont en dehors de l'évolution de l'idée qui gouverne la période (en ce cas-ci, d'après de» considérations tirées de la culture moderne).

Sans doute o#i peut avoir abandonné la prétentioBf''^ d'être chrétien et pourtant citer à l'occasion desp passages de TÉcriture comme on cite les poètes; mais on ne le fait pas pour se donner une force, on ne songe en cela qu'à rornement du discours, oa bien on est sous le charme de l'expression frap*

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Pï tic

pante qu'une pensée a trouvée dans tel ou tel passage, n s'en faut de peu que le protestantisme libéral ne se contente d'entrelacer en ce sens les passages bibliques dans ses sermons; mais il ne s'en tient pas là cependant ; il cherche à profiter du respect pour la Bible qui survit chez le peuple à la ruine de la foi à la révélation. Toutefois ce jeu est aussi peu honorable que le jeu qui se joue avec le respect de Jésus et dont nous avons parlé au chapitre précédent ; ce sont deux tours d'escamotage qui dureront bien encore quelque temps, mais un jour pourtant les protestants libéraux verront leurs propres auditeurs leur signifier qu'ils connaissent le truc. Quant à dire s'il convient à un prédicateur comme ceux que nous considérons d'emprunter son texte à la Bible et de diviser son sermon selon les parties de son texte, c'est là» après l'écroulement complet de l'autorité et abstraction faite de toute idée de spéculer sur l'abus de ses droits non encore éteints, c'est là, disonsnous, une question tout à fait indifférente. Un tel mode de faire serait, pour ainsi dire, un divertis* sèment innocent, si, en persistant à se servir de cette forme vide, l'orateur ne se donnait Tair de retenir en même temps le caractère essentiel de la prédication chrétienne, qui est d'être l'interprétation de la parole divine révélée. Au moyen de telles

jongleries le protestantisme libéral cherche à passer pour continuer historiquement le christianisme positif, et pour le représenter, tandis qu'en réalité par le rejet de la foi à la révélation et rie Tautorité de TÉcriture, il a porté à cette continuité un coup dont elle ne se relèvera pas. Il n'existe plus de raison intrinsèque et dérivant de la chose même qui contraigne un prédicateur de cette catégorie à étayer son discours sur n'importe quel texte, puisque sa raison est la seule mesure souveraine d'appréciation pour ce qui lui est proposé. Lui plaît-il de s'appuyer sur des opinions doctrinales étrangères, c'est son affaire, et les convenances de l'exposition sont seules à considérer. Cherchera-t-il l'appui qu'il lui faut chez des écrivains modernes ou classiques, profanes ou ecclésiastiqueSi chez des auteurs chinois, bouddhistes, juifs ou chrétiens, la réponse à cette question ne devrait résulter que de la solution donnée à celleci : où trouvera-t-il l'expression concise la plus appropriée des idées qu'il représente? Il ne peut être question du plus ou moins d'autorité, puisqu'il n'y en a plus nulle part.

Si donc ces prédicateurs prennent toujours leurs textes dans le Nouveau Testament, ils n'y sont poussés que par un motif extérieur qui est le désir

de faire croire à un rapport plus étroit de leur pensée avec le Nouveau Testament qu'avec aucun autre livre. Ils cherchent alors à faire croire ce qui n'est pas, puisque toutes les opinions dogmatiques du Nouveau Testament sur les questions de principes leur sont un objet d'aversion. Au point de vue positif leur éclectisme biblique ne dépasse pas l'accessoire, c'est-à-dire certains points où par surcroît ils détournent le sens des déclarations scripturaires par une interprétation qui n'a rien d'historique ; leur éclectisme nes'étend aux principes qu'au point de vue négatif, entant qu'ils acceptent de chaque écrivain du Nouveau-Testament les déclarations par lesquelles il nie expressément ou implicitement les principes dogmatiques d'autres points de vue appartenant à la même phase de développement. C'est ainsi qu'ils s'appuient sur saint Paul dans la négation de la loi mosaïque, sur saint Jean pour ne tenir aucun compte du judaïsme (et accessoirement pour autoriser leur indifférence à Tégard de la sainte- cène), sur Jésus dans leur négation des dogmes métaphysiques fondamentaux du christianisme qui n'ont pu être formulés qu'après sa mort, vu qu'avant sa mort il n'existait pas de religion chrétienne séparée du judaïsme. Il va sans dire qu'un tel éclectisme négatif ne peut prétendre à éveiller aucun intérêt positif,

sa seule utilité étant de seconder la critique dissolvante et destructive. L'indispensable condition pour qu'il intéresse est que le positif qu'on veut détruire subsiste dans sa force historique et rende nécessaire la continuation de la lutte.

Demandons-nous une bonne fois quel droit a proprement le protestant libéral de se dire chrétien, en dehors du fait que ses parents l'ont fait baptiser et confirmer. En tout temps ceux qui faisaient profession de la religion chrétienne ont eu un caractère commun : la foi en Jésu^-Christ. Pour ce qui est du Dieu de Jésus-Christ, les jui& et les mahométans croient en lui tout autant, et les mahométans croi^ot aussi en Jésus-Christ comme ayant été un prophète sage, vertueux, auquel Dieu porte une affection particu* lière. S*il suffisait de croire en Jésus-Christ comme ayant été on orateur religieux, populaire, doué de sens et de jugement, les mahométans seraient autant et môme plus que nous autorisés à réclamer le nom de chrétiens. Si donc c*est la foi en Jésus-Crrist qui 1 fait le chrétien, il est nécessaire de l'entendre en un t sens plus riche et plus strict. Mais nous avons vu que les protestants libéraux ne sauraient croire en Jôsu^ Christ ni comme Luther, ni comme saint Thomas d'Aquin, ni comme saint Jean, ni comme saint Paul, ni comme saint Pierre y ont cru, et bien moins

encore comme Jésus a cru en lui-même puisqu'il se croyait le Christ (l'Oint), le Messie. De qu'elle autre manière croient-ils donc en lui ? Ils croient «n lui comme au fondateur de la religion chrétienne. Or nous avons vu dans le chapitre précédent qu'on ne peut regarder Jésus comme étant le fondateur conscient et volontaire d'une religion nouvelle. Il est donc prouvé que la seule forme dans laquelle les protestants libéraux croient en Jésus- Christ est en désaccord avec l'histoire.

Passons sur cette objection. On ne peut néanmoins accorder que la croyance qui reconnaît à une personne la qualité formelle de fondateur d'une religion fournisse une preuve suffisante qu'on appartient à cette religion. D'abord, en effet, tous les nonchrétiens qui ont entendu parler de Jésus-Christ selon la tradition chrétienne, croient aussi en lui comme au fondateur de la religion chrétienne ; et en second lieu, ce serait un cercle creux et vide, si la foi chrétienne spécifique consistait à croire en Jésus- Christ, comme au fondateur de la croyance qu'il est le fondateur de cette croyance elle-même. La conséquence nécessaire de cette réduction à un minimum de la foi en Jésus-Christ, est de la faire regarder comme sans conséquence pour la détermination de ce qui constitue le chrétien, et de porter à chercher le caractère

décisif ailleurs que dans la foi en Jésus-Christ, c'està-dire ailleurs que là où, sans exception aucune, l'histoire du christianisme Fa cherché jusqu'ici pendant les 2,000 ans de son existence. En cela déjà nous voyons s'effectuer le déchirement, la solution de continuité avec le christianisme historique.

Maintenant, quand une fois on a, en qualité de protestant^ rejeté d'une manière absolue l'autorité de la tradition, je déûe le plus habile homme de me trouver dans le monde entier un autre signe d'adhésion à la religion chrétienne, que la foi en la personne de Jésus-Christ, ou la foi au contenu de sa doctrine. Or elles sont l'une et l'autre interdites au protestantisme libéral, ainsi que nous Favons montré tout-à-l'heure pour la seconde, et au chapitre précédent pour la première. Nous avons donc rigoureusement prouvé qu'il est déjà placé en réalité en dehors de la religion chrétienne. Au point de vue où il est, le principe protestant a déjà dépassé la limite où cesse la continuité historique avec le fond essentiel du christianisme *•

1. De Lagarde, ouvrage cité, arrive au résultat firanche* ment exprimé qu'il ne saurait plus être pour nous question du christianisme, faisant preuve en cet endroit d'une conséquence et d'une clarté d'autant plus remarquables qu'il

Loin de moi, cela va sans dire, la pensée d'accuser de mauvaise foi les protestants libéraux qui demandent à être reconnus pour chrétiens parce qu ils prétendent l'être : je crois seulement que de tels hommes n'ont pas encore vu clair dans les dernières conséquences du principe protestant, ou se font illusion sur les véritables résultats de l'étude historico-critique des sources. Avec le progrès aujourd'hui rapide de la science, le jour ne peut être bien éloigné où, pour leur conscience aussi, les illusions dont ils se bercent encore deviendront intenables. Il est facile de voir à quel point dès aujourd'hui ils sont mal à Vaise dans leur position. Ce sentiment d'insécurité et d'inquiétude expUque pourquoi la réponse négative de Strauss à la question qu'il a posée : « Sommes-nous encore chrétiens ?» a été l'objet d'attaques si véhémentes de la part du protestantisme libéral. Il est vrai que même dans cette partie l'argumentation de Strauss est très-superficielle, quand ce ne serait que pour le motif qu'elle ne tient aucun compte du point de vue ^ du protestantisme libéral et se contente de nous

reste fidèle à l'illusion de ne voir dans le christianisme qu'une altération et non un développement de rEvângile, et de considérer ce dernier dans sa forme pure, c'est-à dire historiquement authentique, comme une base encore suffisante aujourd'hui de rénovation religieuse.

rendre attentifs à notre rupture avec la pensée orthodoxe; mais les résultats auxquels elle conduit sont cependant les seuls inattaquables de sa a confession, » dont cette sèche réponse épuise la Taleur essentielle.

Le sentiment de la faiblesse d'une telle position explique autre chose encore que la vivacité particulière de la polémique contre Strauss. Nous voulons parler de Yintolérance anti-libérale des protestants libéraux à Tégard des points de vue plus libéraux en général. Moins ils ont d'éléments chrétiens, plussent .artificiels les moyens par lesquels ils s'entretiennent dans l'illusion de leur profession de christiinisme, plus naturellement il leur faut veiller avec zèle sur l'étroite limite qui, môme à leurs propres yeux, les sépare de la non-profession. Des chrétiens qui disposent encore de tout le riche trésor d'une croyance •positive peuvent être tolérants jusqu'à un certain -degré ; mais lorsque, pour conserver Tillusion de la foi chrétienne, on est réduit à imiter, pour ainsi dire, le jeu de la marche entre des œufs, et à batailler sur les syllabes, toute tolérance est devenue simplement impossible, et la gauche chrétienne est vouée 4 rintoiérance. Ck)mme on le sait, tous les partis religieux ne sont libéraux et ne demandent la tolérance qu'autant qu'ils sont dans l'opposition et woX

opprimés par d'autres partis en possession de l'autorite ; mais aussitôt qu'ils sont arrivés à dominer euxmêmes, on ne s'aperçoit plus du tout de leur libéralisme, et, règle générale, en fait d'intolérance chacun surenchérit sur ses prédécesseurs. Ce phénomène dont toute l'histoire offre la preuve se répéterait au plus haut degré, si le protestantisme libéral d'aujourd'hui arrivait lui-même quelque part à la domination. Déjà, pour la raison qui vient d'être indiquée, il devrait surpasser en intolérance toutes les confessions qui ont jamais eu le pouvoir avant lui. Aujourd'hui, il s'accommode, tout en faisant la grimace, delà philosophie antichrétienne, entant qu'il peut tirer de son arsenal des armes pour renforcer son travail de critique et de destruction; mais jamais cette philosophie n'aurait connu d'adversaire plu» acharné que ce môme protestantisme libéral s'il était parvenu à déposséder l'orthodoxie de sa suprématie. Y parviendra-t-il ? Gomment méconnaître qu'en Allemagne les chances ne sont pas absolument défavorables, qu'en tout cas elles* se présentent de ma- ' nière à autoriser dans le camp du libéralisme de telles espérances. Tout au moins, si lui-même ne croyait pas à cette possibilité, ne s'expliquerait-on pas pourquoi il persiste avec tant d'obstination à demeurer dans l'Église évangélique unie de Prusse, où il est à

8a place comme un moineau dans un nid d'hirondelle. En tout cas le protestantisme libéral des « communautés libres 1, il y a de cela une génération, avait une allure bien plus franche . Nonobstant l'erreur où il était aussi quant à son caractère chrétien , il se doutait cependant qu'il ne pouvait rester dans une église d'état qui avait à sa base le christianisme positif. Eût- il peut-être tenu plus de compte des intérêts temporels, s'il avait pu se flatter d*être quelque jour le maître dans l'Église de l'État? C'est une question à laquelle il serait malaisé de répondre. Mais peutêtre le sort qu'a eu le mouvement des communautés libres a-t-il servi d'avertissement au protestantisme libéral de nos jours, qui a compris qu'il ne fallait pas compter sur l'appui du peuple, mais viser à s'emparer d'une position en mettant à profit de hautes influences. Il est vrai qu'une réflexion pareille serait la plus rude condamnation de la cause, qui, à dire vrai, est tout à fait impopulaire et n'a de la popularité que l'apparence. Elle équivaudrait à Tayeu que le peuple ne peut s'enthousiasmer pour ce que le protestantisme libéral a à lui oflrir, et que ce n est qu'artificiellement et avec le secours de la hiérarchie et des rouages ecclésiastiques accoutumés que ce parti peut faire du peuple un de ses leviers . Et cependant à quel signe a-t-on reconnu

de tout temps et exclusivement la vitalité d'un mouvement religieux? A sa puissance pour enflammer et entraîner le peuple. Mais comme le peuple^au sein duquel le protestantisme libéral essaie sa propagande, n'est absolument plus chrétien au sens strict, et qu'ainsi ce ne peut être la rupture avec le christianisme, dissimulée d'ailleurs le plus possible, qui effraie ce peuple; comme d'autre part, à l'exception des grandes villes, il n'est nullement encore devenu irréligieux et qu'au contraire le besoin prononcé de son cœur est de satisfaire son sentiment religieux d'une manière qui soit en harmonie avec les temps où nous vivons, il ne faut s'en prendre qu'à ce que contient ou plutôt ne contient pas le christianisme libéral si les gens ne peuvent s'enflammer pour lui que dans la mesure où il satisfait par son côté négatif leur désir de faire opposition aux autorités consacrées, c'est-à-dire non des besoins religieux, mais un besoin de liberté. Celui que la haine de l'orthodoxie ou la jouissance que procure un talent oratoire hors ligne ne pousse pas à aller entendre un sermon libéral, préfère ordinairement se promener ou employer sa matinée de dimanche au travail ou à la lecture. Bien que les causes de ce fait ne soient guère mystérieuses d'après ce qui précède, nous

allons leur consacrer un chapitre ad hoc,

L'homme qui porte en toi des conceptions meta* physiques telles qucsa sensibilité en est affectée d'une manière positive, a de la religion. En est-il affecté à un degré plus fort ou plus faible, subit-il ces impressions d'une manière purement occasionnelle et fortuite, ou bien les recherche-t-il expressément et s'y abandonne-t-il d*une manière durable, tout cela dépend de sa disposition naturelle religieuse et de la culture qu'elle a reçue. Mais il est bien rare qu'on homme n*ait pas au moins le germe de cette disposition religieuse, quoique chez certaines personnes les sentiments éveillés par certaines

conceptions métaphysiques puissent rester à Tétat j

^ purement instinctif et inconscient, tandis que ces

IRRÉLIGION DU PROTESTANTISME LIBÉRAL lOS^

mêmes conceptions exercent chez d'autres individus une action vigoureuse sur le sentiment.

Or la métaphysique appartient à la science. Mais il n'est pas donné à chacun d'arriver à la science, bien moins encore à Tétude scientifique de la métaphysique. Et cependant, comme Schopenhauer Ta admirablement montré, chaque homme a une métaphysique, chaque homme a besoin de conceptions métaphysiques pour satisfaire son besoin religieux. De là, la nécessité d'un ensemble de conceptions métaphysiques qu'il soit possible de communiquer et do transmettre par une autre voieqae celle de la science, et propre à sati^aire, chez ceux qui sont étrangers à la science, directement le besoin métaphysique et indirectement le besoin religieux. Cette métaphysique qu'on pourrait appeler la métaphysique populaire, c'est la religion. Toutefois la religion renferme en elle autre chose encore que les conception* métaphysiques du peuple, savoir en premier liea des moyens et des directions pour éveiller d'une ' manière aussi persistante et durable que possible le . sentiment religieux en partant de cette métaphysique, c'est-à-dire le cuUey en second lieu les consé- [ quences de la même métaphysique pour la conduite pratique de l'homme, c'est-à-dire la morale religieuse. Le culte appartient à la religion seule ; quant

à la morale, elle constitue un domaine que la religion partage non-seulement avec la science proprement dite (comme c'est déjà le cas pour la métaphysique, mais encore avec la coutume,dont la genèse et le dé- 1 veloppement sont inconscients. Dans la coutume, la morale se présente comme quelque chose de âxé,

d'empirique, d'inconscient, qui ostensiblement ne repose sur rien. Ce n'est que dans la science, entant qu'elle rattache la morale à des principes métaphysiques, et dans la religion, qui remplit le même office, que les préceptes moraux trouvent une justification, et cette justification oppose une digue, au moins théoriquement, auxattaquesde l'arbitraire individuel. Ainsi la religicn embrasse toute la philosophie du peuple, puisque les autres disciplines philosophiques laissent le peuple fort indifférent ; elle comprend enfin tout l'idéalisme du peuple, Tart n'étant accessàble au peuple que sous une forme trop grossière pour l'élever à l'idéalisme artistique. Tout idéal (ou plus exactement, tous les idéaux d'une nature idéale, à Texclusion de l'idéal matériaUste d'un pays de Cocagne selon le cœur de la démocratie socialiste j, tout idéal et toute tendance du cœur à l'idéal s'incarnent pour le peuple dans la religion • C'est elle seule qui l'avertit constamment qu'il y a quelque chose de plus élevé que de manger, de boire et de s'accou-

pler; que ce monde éphémère des sens n'est pas sa fin à lui-même, mais n'est que la manifestation d'un principe étemel, supra-sensible, idéal, dont nous ne voyons ici que l'ombre confuse. Tenir en éveil ce sentiment dans l'âme du simple peuple, ne fût»ce qu'à Tétat de pressentiment obscur, c'est la tâche commune de toutes les religions, dès qu'elles se sont élevées au-dessus des commencements tout à fait primitifs d'une grossière religion de la nature.

L'ensemble des conceptions métaphysiques doit toujours rester pour ITiomme religieux la source vivante d'où proviennent l'éveil du sentiment dans le culte et l'action sur la volonté dans la morale. Quand cette source tarit, le culte se pétrifie en des cérémonies mortes et sans valeur, et la morale religieuse se dessèche en préceptes abstraits ou s'affadit en phraséologie sentimentale : sûr moyen de ne faire impression sur âme qui vive ! D'autre part la métaphysique perd son caractère religieux aussitôt qu'elle cesse d'être un motif immédiat d'action sur le sentiment ou sur la volonté, et n'est plus que science et théorie : science réelle chez les philosophes, fausse science chez les théolo^ens qui se bornent à interpréter et à réduire en systèmes les dogmes traditionnels. Le peuple n'a point tiré aa clair les notions et les éléments réunis dans la reli*

gion; mais il sent bien d'instinct que c'est Tunité de ces notions et de ces éléments qu'il cherche dans la religion. Le peuple ignore le mot de métaphysique, mais il sait que ce qu'il demande à la religion, c'est qu'elle lui donne la vérité : non pas toutes les vérités, telles qu'elles sont éparses dans les diverses sciences spéciales, mais la vérité, telle que la poursuit la science universelle, la philosophie, la vérité une et éternelle, capable de satisfaire son besoin métaphysique inconscient*. Non pas qu'elle puisse jamais être communiquée au peuple dans tonte son étendue et dans toute sa profondeur, à supposer que la science l'eût réellement trouvée et formulée : non, le supra-sensible ne peut être si aisément rendu compréhensible au sens humain. L'essence de la vérité est mystère et restera mystère, son expression ne cessera pas d'être symbolique, que ce symbole consiste en notions abstraites,ou en images et en figures. Sans la profondeur pleine de promesses et la richesse infinie d'un mystère qui montre à chaque individu un côté difiërent, il n'y a pas de religion possible; en d'autres termes, une métaphysique sans mystère n'aurait aucune action sur le sentiment religieux, n en est du mystère dans la religion comme

1. Voir Henri Lang t Religiôse Reden » (Discours religieux), p. 449-151, et 254 et suiv.

•dans Tœuvre d'art : Tœuvre d'art aassi ne eom- «uence à mériter vraiment son nom que lorsque la figure extérieure n'est que le symbole d'un mystère qui ouvre un monde infini à la personne qui le médite et aux pressentiments du cœur, un monde auquel chaque âme trouve le sens qui lui convient itans pouvoir accuser les autres d'erreur. Mais d'un •autre côté le mystère n'a sa place légitime que dans les cas où le supra-sensible pénètre dans le sensible, réternel dans le temps, comme il le £ait dans la métaphysique, la religion ou l'art. On ne doit pas parler de mystère dans les questions où il ne s'agit que des relations temporaires et naturelles des phénomènes ^ntre eux, et où l'on ne remonte pas à la racine métaphysique de l'existence physique ; ainsi dans les résultats des sciences spéciales, dans l'action réciproque qui est exercée et soufTerte par les ôtres naturels dans la lutte pour l'existence, et dans la vie pratique. Introduire le mystère où il n'a que faire (par exemple dans la monarchie,. comme le veut David Strauss), c'est se mystifier soi-même et mystifier autrui; nier le mystère dans les choses dont il est l'essence (ainsi dans la religion, comme le veut encore Strauss), c'est élever la connaissance acquise par une observation vulgaire et superficielle, à la dignité de maîtresse souveraine du monde réduit à sa nudité physique, à la

place de l'idéal détruit dans son essence mystérieuse. Le peuple en somme ne voit pas d'objection à ce que le mystère qui lui est présenté comme la vérité soit contraire à la raison ; mais la culture moderne, qui repose sur l'autorité de la raison, ne veut plus consentir à accepter comme vérité un mystère contraire à la raison. Nous ne souffrons le mystère que sous la forme d'une hypothèse obtenue par voie inductive et se présentant comme nécessaire, hypothèse qui, dépassant le domaine des choses sensibles, laisse ainsi nécessairement un reste incompréhensible à notre entendement, lequel s'appuie sur le sensible : seulement ce reste ne doit pas se contredire luimême, ce qui serait être contraire à la raison.

Le christianisme offrait au peuple « la vérité », c'est-à-dire la métaphysique du moyen âge, fusion merveilleuse de la philosophie juive ^ de la philosophie grecque, système admirablement complet, ayant à toutes les questions des réponses logiquement enchaînées, et qui ne saurait être un objet de dédain que pour ceux qui à son endroit n'ont pas dépassé le point de vue de l'hostilité pour arriver à l'objectivité historique. Si dans son beau temps la vérité de cette métaphysique resta préservée des atteintes du doute, cela vient tout d'abord de ce qu'elle n'avait pas de concurrents, de ce que la

théologie était la seule science de Tépoque. Le déclin du moyen âge vit s'élever de nouveau une science libre, qui ne s'appuyait que sur la raison ou Texpérience, sans s'inquiéter de la révélation : les contradictions entre cette vérité laïque et la vérité chrétienne furent éludées grâce à Fétrange doctrine des deux ordres de vérités. Avec la Réformation commencent les essais de conciliation entre ces deux ordres de vérités, essais toujours plus éphémères et qui se succèdent rapidement. Le protestantisme, avec le défaut de logique qui le caractérise, de- "nande que Ton croie à la possibilité d'une conciliation entre la révélation et la raison, entre la foi et la science, ou quel que soit le nom qu'on leur donne. C'est seulement quand le protestantisme* a terminé sa carrière, qu'il a rompu avec la révélation, et cessé de posséder une théologie au sens propre du mot, c'est seulement alors que disparaissent ces châteaux de la fée Morgane, c'est seulement alors que la vérité du christianisme auparavant tenue pour divine cède la place à la vérité laïque de la science. Le protestantisme libéral contemporain est arrivé tout près de cette limite, et c'est pure inconséquence de sa part si le dernier pas l'effraie. U ne croit plus à une autre révélation que celle qui se produit chaque fois qu'appajr^t un génie initiateur et

itÙ LA RELIGION DE L'AVENTR

créateur, et pour lui la vérité ne devrait pas être' autre chose que le résultat actuel de Thistoire de son développement dans tous les esprits qui y coûîaborent ; or, dans cette série, Jésus et ses disciples ne pourraient occuper qu'une place fort modeste-, puisqu'bn rejette leur point de vue, en ce qu^tf a cTessentiel. En d'autres termes, la vérité ne d&» vraît plus être cherchée par te protestantisme libéraî que dans l'histoire dé la philosophie; il noterait h prendre en considération ITiistoîre de I& théologie que pour autant qu*on y pourrait trouver quelque vérité philosophique, c'est-à-dire ayant son fondement en el!e*mème, et non pas une vérité repensant sur une prétendue révélation. Mais ce n'est pas ainsi que tes choses se passent . On continue à fenre delafhéelogiee» gardant la formeextérieure de Pa»etennequf ne saurait survivre à Fidée même de révéN^ lation. On retient en lui foiisantviolenceune tferminologie qm doit son origine ^ une conception dirmendii toute diSërente, et à laqvrelte on iinpose unesignî* fieation totatem^st hétérogène a» majea des intep* prétatîons et éds sous-entendus les phss ardîtraspes. En vérité, de telles opératitms sont encore* plus vaines et phis rôpugnantes^ que Factivîté inqœète et stérile de la théologie orthodoxe vaqusmt sans relâche à son travail de Danaldes. En de tdles

IRRÉLIGION DU ffMyTESTANTISME LIBÉRAL itl

eircûnstâru^eâ oa p«at àpeinef s'étoimer knrsquie Torthodoxie bornée,, eot combattant de telles, interpré» tatioQs qai tfansEorment el qui évident les w> tioDs théologiques traditkKnmI'les> a. Fimpressîoa que son adversaire M est iaférieiir pour la bonne foi. Si Timposainite architecture gothiquâda La.tbéiylogie du moyen âge n'est plast selon notre goût, lien ne nous empêche de bâtir aatremeiat; mais qu'on n'essaie pas de nousr persuader quet la véntar ble signification des vieilles, cath^rales» enfin de» chiffrée aujourd'hui pour la. première fois, eonsâslB k n'être que des châteaux de cartes.

Ainsi le protestaolDfime. Ubéaral n!a pkia qo^un sitmdacre de théologie,, auquel il ne veut pas re^ wmc^ pour n'avoir pas l'air de; briser la chaîne historique. Â son tour ce simulacre de théologie, qu'tt laisse debout, l'empêche de prendre la vérité seienti&que comme nouvelle et unique base. U s'assied sur la chaise dont il a scié les jambes, et se tîe«l avec les mains à la chaise vdsîtoe' restée. esH tièrBi. Le peuple peut-il espérer trouver dsois un tel système « la vérité i» qu'il cherche dans la religioa ?

L'élément fondamental d'une religion, nous l'avons reconnu plus haut, c'est sa métaphysique. Mais si nous voulions demander au protestantisme libéral quelle est donc sa métaphysique, nous le mettrions

place de l'idéal détruit dans son essence mystérieuse. Le peuple en somme ne voit pas d'objection à ce que le mystère qui lui est présenté comme la vérité soit contraire à la raison ; mais la culture moderne, qui repose sur l'autorité de la raison, ne veut plus consentir à accepter comme vérité un mystère contraire à la raison. Nous ne souffrons le mystère que sous la forme d'une hypothèse obtenue par voie inductive et se présentant comme nécessaire, hypothèse qui, dépassant le domaine des choses sensibles, laisse ainsi nécessairement un reste incompréhensible à notre entendement, lequel s'appuie sur le sensible : seulement ce reste ne doit pas se contredire luimême, ce qui serait être contraire à la raison.

Le christianisme offrait au peuple « la vérité », c'est-à-dire la métaphysique du moyen âge, fusion merveilleuse de la philosophie juive ^ de la philosophie grecque, système admirablement complet, ayant à toutes les questions des réponses logiquement enchaînées, et qui ne saurait être un objet de dédain que pour ceux qui à son endroit n'ont pas dépassé le point de vue de l'hostilité pour arriver à l'objectivité historique. Si dans son beau temps la vérité de cette métaphysique resta préservée des atteintes du doute, cela vient tout d'abord de ce qu'elle n'avait pas de concurrents, de ce que la

théologie était la seule science de Tépoque. Le décUn du moyen âge vit s'élever de nouveau une science libre, qui ne s'appuyait que sur la raison ou Texpérience, sans s'inquiéter de la révélation : les contradictions entre cette vérité laïque et la vérité chrétienne furent éludées grâce à Tétrange doctrine des deux ordres de vérités. Avec la Réformation commencent les essais de conciliation entre ces deux ordres de vérités, essais toujours plus éphémères et qui se succèdent rapidement. Le protestantisme, avec le défaut de logique qui le caractérise, demande que l'on croie à la possibilité d'une conciliation entre la révélation et la raison, entre la foi et la science, ou quel que soit le nom qu'on leur donne. C'est seulement quand le protestantisme* a termiDé sa carrière, qu'il a rompu avec la révélation, et cessé de posséder une théologie au sens propre du mot, c'est seulement alors que disparaissent ces châteaux de la fée Morgane, c'est seulement alors que la vérité du christianisme auparavant tenue pour divine cède la place à la vérité laïque de la science. Le protestantisme libéral contemporain est arrivé tout près de cette limite, et c'est pure inconséquence de sa part si le dernier pas l'effraie. U ne croit plus à une autre révélation que celle qui se produit chaque fois qu'apparat un géme iaitiateur et

aO LA RELIGION DE L'AVENTR

créateur, et ponrloî la vérité ne devrait pas ôCre^ autre chose que lè résultat actuel de Fhîstoire de son développement dans toHS les esprits qui y cofl)»* borent ; or, dans cette série, Jésus et ses disciples ne pourraient occuper qu'une place fort modeste^ puisqu'bn rejette leur point de vue, en ce quIF a d'iessentiel. En d^autres termes, la vérité ne â&^ vrait plus être cherebée par le protestantisme K-^ bérat que dans l'histoire de la philosophie; il ifiBEa» rait à prendre en considération Thistoâra êe b théologie que pour autant qu'ion y^ pourrait trouver quelque vérité philosophique, c'est-à-dire a^Bt son fondement en dle*mêine, et non pas une vérité repo*sant sur une prétendue révélation. Mais ce n'est pa» ainsi que les^ choses se passent. On continue à ftnre delathéelogieeft gardant la forme extériei»re de Pas» etennequf ne saurait survivre àFidée mtaieâo rêfé^ lation .On r e t ient ea ku faisant violenceune ternûBologie q« doit son origine à^ une conception do meedi» toute diSërente, et h laquelle on itopose uneaigmôcatiir>n totaSun^At hétérogène a» wajBa dm àrîep* prétatîons et des sous^entendus les plus arftilraipes. En vérité, de telles opératitms sent encore' plue vaines et phis répugnantetr que Fadivité iiaqiHète et stérile de la théologie orthodoxe vaqumit sane relâche h son travail de Danaides. En de tdles

IRRÉLIGION DU ffRÛTESTANTISME LIBÉRAL lit

GiraonstûDces oa p«tuit àp^ne s'étonuer lorsqiAe Torthodoxie bornée,, eot comhfdteiit de telles interpré» tatioas qui iransform^ni et. qui évident les bi>tioDô théolo^qiie& traditkmml'les, a. l'kniuressÛHi que aoQ adversaire hû est inf^ieiir pour la bonne foi. Si rimposatCKte architecture gotbiquâ de la. théologie du moyen âge n'est plus selon notre goûi, nen ne noua empêche de bâtir antremeut; mais qu'on n'essaie pas de nous persuader que; la vénAa?^ ble signification des vieilles^ cathédrales, qîd&vl de» chiffrée aujourd^kai pour la. première fois, Gogûâstie à n'être que* des châteaux de cartes.

Ainsi le protestanibifima Ubéval a'a pkia qu'un SI miA^âicffa de théologie,, auquel il ne ¥eut pa& rer ncaicer pour n'avoir pas Vair de^ bris^ la chaîne historique. À son tour ce ^mulacre de théolo^y qu'à laisse debout, l'empêche de prendre la vérilé scientifique comme nouvelle et unique base. U s'asr sied sur la. chaise dont il a scié les jambes, et sa lieiatt avec les mains à la chaise yoisiae> restée, eor tiièrev la peuple peut-il espérer trouver dans ua td système « la vérité » qu'il cherche dans la religioa ?

L'élément fondamental d'une religion, nous Favons reconnu plus haut, c'est sa métaphysique^ Hais si nous voulions demander au protestantisme libéral quelle est donc sa métaphysique, nous le mettrions

dans le plus grand embarras. Ses représentants, et cela fait honneur à leur prudence, sont mystérieux sur ce sujet; ils évitent avec une crainte visible toute occasion de s'en expliquer. Ils ont pour cela deux motifs : le premier, c'est qu'ils savent que chacun d'eux a une métaphysique différente, chose dont le peuple ne doit pas s'apercevoir; le second, c'est qu'ils ont tous plus ou moins le sentiment vague d'être gênés par leur métaphysique. En effet, il leur est absolument impossible de se dégager du théisme, tant qu'ils veulent conserver la continuité historique qui les rattache au christianisme, et qu'ils acceptent Fanthropopathisme du père céleste qui aime personnellement ses enfants et qui a souci de leurs prières. Dès lors ils sont bien forcés d'accepter aussi les conséquences du théisme, à savoir d'abord Thétéronomie de la morale dont nous avons parlé plus haut, ensuite la nécessité d'une théodicée, c'est-à-dire d'une justification du Dieu personnel tout sage en présence des graves dé&uts

de la création dont il est l'auteur conscient et prévoyant, dans ce but un optimisme qui attâiue

les maux et promet pour l'avenir des montagnes

d'or, et, en dernier lieu, le libre arbitre de la

créature servant de bouc émissaire pour le mal.

Qu'est-ce à dire ? Que les protestants libéraux en-

tendent ignorer les travaux des grands philosophes depuis Kant, ou que du moins ils ne prennent d'eux que les thèses accessoires qui leur vont, et pour l'essentiel ne dépassent pas le plat théisme de c l'époque des lumières du dernier siècle. »La seule différence, c'est qu'ils amalgament le sec rationalisme de ce temps-là avec la sentimentalité du dernier théologien à qui il fut encore historiquement permis de croire à la possibilité d'une réconciliation de la foi et de la science. L'amalgame ainsi fait, ils le font passer à l'aide d*un étourdissant fatras de phrases dont les ingrédients sont empruntés habilement à tous les lieux communs sur la « civilisation moderne. » Mais aujourd'hui le déisme antérieur à Kant, avec son symbole : Dieu, liberté^ immortalitéy réussira aussi peu à se faire accepter de la philosophie que le vague systématisé de Schleiermacher. Pour autant que son théisme est sérieux, le protestantisme libéral est en dehors de la Ugne du développement philosophique des cent dernières années, et son zèle pour la vérité et pour le progrès spirituel ne se déploie au fond que dans un sens négatif, là où il s'agit de détruire le dogme positif et de renverser les barrières de l'ancienne autorité ^

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