‹ La religion de l'avenirChapitre 13 sur 53 · Comp. Lang , ouvr. cité, p. 290 et suivantes · texte numérisé non relu

Comp. Lang , ouvr. cité, p. 290 et suivantes

il4 LA BEU6I0N DE L'ATÏINIR

ICaîs il y a pis. Le prGrtestantiane iib^al s'aperçoit bien de ce fait^et ne lorolt plus tnen Icà-mênie à sa métaphysiopie. Il n'y tient qae faute de mieux, et pour conserrer son pomt d'attadhe avec le christianisme. Il nous enseigné, il eât vrai, rimmortalité de rindividu et son progrès indéfini ; mais îl si^pose que nous iie naos inapnéteronspas davatftafe deœtte doul^ftse existence à venir* H nous enseigne ta liberté Bi(M:aleY la providence paternelle de Dieu; mais fl admet comme allant de soi que nous croyons «vec bscience moderne aux lois invariables eitnêœsmres <|ui gouvernent le monde. Ck)mment ne piss être tenté de penser que la métapbTsiciue théiste n'e^ i[u*ttne fausse fistçade cachant la réalité d'un édifice d'une toute autre ardûtecfture : je veux dire ie natur<a]isme modenie avec sa M superstitianse à tat aubstantialité de la matière^Il ne sert à «ien de se déSendre et de^e débattre icontre un £ait : la vietUe OGâ^ïoeption tbéôste du moMe lest devenne ineonça* tiUe avec la conscience modieme qm n'a ptais ée choix qu'entre le naturalisme matérialistie à ia Strauss et le monisme ^u panthéisme ^piritualtste. Si l'on désire le premier, on p^it s'adresser pour Fao-

quérir à quelqu'une des form^ du matérialisme ; le second, tant qu'une religion panthéiste manque àrOccident, ne se trouve que chez de vrais philosophes.

Le déisme et le matérialisme ont une remarquable affinité gui tient sans doute h leur commune platitude et à leur commune ant^>athie contre tout ce qui est profond et incompréhensible. Tous deux sont rationalistes dans le mauvais sens du mot, pour autant qu'ils nient avant toute recherche tout reste irrationnel, et trouvent tous les problèmes aussi simples et aussi plats que l'est leur propre entendement. Pendant des siècles tous deux se sont très-bien entendus en France et en Angleterre, car le monde du matérialisme est une machine purement matérielle que Dieu, ajoute le déisme, a faite et mise en mouvement à un certain jour. Mais cette paix apparente finit toujours par la résolution que prend le matérialisme de renvoyer le mécanicien. Il lui parait superflu de s'en embarrasser, dès qu'il s'est avisé que les rouages ont bien pu frotter l'un contre l'autre si longtemps et si bien que la machine a fini par aller. Est-ce que par hasard les protestants libéraux auraient le sentiment que leur Dieu est menacé d'une destitution prochaine? Est-ce que l'excès de leur €olère contre Strauss tiendrait surtout au fait qu'il leur a mis si crûment sous les yeux cette désagréable perspective?

Quoi qu'il en soit, la perte parait peu considérable. En effet, ce qui importe essentiellement au sentiment

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religieux, le mystère, se trouve déjà aussi peu daas le déisme que dans le matérialisme. Ici comme là tout est si bien éclairé et expliqué qu'il ne reste plus un seul point obscur où puisse se prendre le sentiment religieux. Il se peut que la philosophie allemande ait tort et que la platitude déiste et matérialiste ait raison; mais alors il faut renoncer à la prétention de fonder les moyens d'éveiller et de satisfaire le sentiment religieux sur une vérité de cette sorte qui reste étrangère à la métaphysique ou qui n*a qu'une métaphysique de paille. Quand Strauss demande que nous éprouvionsunsentiment de piété religieuseetd'amour pour son univers,qui n'est que l'agrégat de toutes les substances matérielles particulières^et qui menace à chaque instant de nous broyer sans l'ombre d'une raison entre les roues et les dents de son impitoyable mécanisme, nous trouvons l'exigence un peu forte ou plutôt bien naïve. C'est un point où Tex-théologien joue un mauvais tour au penseur moderne. Mais plus hasardé encore que cette assertion est l'essai qu'il a fait de la démontrer à l'aide d'une expérience isolée, c'est-à-dire en constatant la réaction de son sentiment contre le pessimisme de Schopenhauer. Ce qui réagit en ce cas chez Strauss, c'est précisément le sentiment de satisfaction et de bonheur aisé que ce monde lui fait éprouver, c'est-à-

dire le sentiment mondain, irréligieux S en opposition au point de vue antimondain, c'est-à-dire vraiment religieux, deSchopenhauer.

Dans les sacrements chrétiens, le mystère était présenté au peuple et mis à sa portée sous une forme pour ainsi dire palpable : le protestantisme libéral a-t-il à offrir quelque équivalent religieux de ces mystères devenus inacceptables comme contraires à la raison ? Serait-ce peut-être la prière adressée à un Dieu dont Tintervention surnaturelle dans la marche de ma pensée et dans les déterminations de ma volonté est pour moi aussi inadmissible que la même intervention dans les phénomènes de la nature extérieure, en sorte que le prier pour lui demander la force dans les luttes morales ou la consolation dans les peines du cœur ne serait pas plus raisonnable que de le prier pour solliciter le beau temps pendant la moisson ou l'éloignement d'une épidémie ?

i. Celui qui ne s'est pas encore rendu compte du degré de pauvreté artificielle et de trivialité où l'on fait descendre la doctrine de Strauss, peut consulter l'écrit souvent cité d'Oyerbeck (p. 71-78), mais surtout le délicieux persiflage de Bruno Bauer dans l'écrit intitulé « Philo, Strauss und Renan und das Urchristenthum > (Philon, Strauss et Renan et le christianisme primitif) Berlin, Hempel, 1874,) p. 36 et suivantes. La 1'* livraison de « Unzeitgemaesse Betrachtungen » (Réflexions inopportunes) de Nietzsche renferme aussi d'excellentes remarques ; mais en général, il dépasse le but et laisse aussi à désirer au point de vue de la forme.

il8 LA RELIGIGN DE L'AVENIR

Mais oae fois qu'on ne Toit ptes dans la prière qu'one iUusion dont on a soi-même cooscienoe, mais ifM cependant il est bon 'de pratMt[iier II raison de ses heureuxefitets psychrio^qoes, on i'abnsse an niveau ^u juron ônergiqpie par lequel on portefaix s'^mte lui-mêmei de iMMU^eaux «fiorts pour •chaîner nn iauv deau qui met sa puissance masoulairo à une trop forte épreuve.

Véihique du protestantiame liDéral ne Taui pas mieux que sa métaphysique. Comme nous i'a^P^ons déjà remarqué, le Ihéîsme ne peut, s'il re^e oonsé* quent avec lui-même, t^igendrer qu'une morale hétéponome. HaisceUe-oiiiepeiAagrëeriilaconscieDoe saodame, et le protestantisme libéral a trop âeeon- ^ààration pour la cottore moderne pour proposer zBaladroitemeDt <à aotro époque xme morale béAéro* nome basée sur la volonté diviiie. Or» comme aon tliâsme est jpassablement honteux 4e lui-même, couvrant sa nudité métaphysique du manteau de l'amour (dirélien , le moyen le plus simple pour échapper à cette âcheuse Mtéronomie , c'est 4b déclarer la morale indépendante et de la détatâi» de la métaphysique reléguée d'ailleurs k rsotièreplan. Ici l'on peut invoquer l'exemple de Herbart et de Eant (quoiq[ue la Baiaon praUqtie de ce dernier n^aît pas du tout un caractère purement psychcdo-

gique, mais, si Ton y regarde de près, un caractère très-métaphysiqae parle fait de son univecsaUté)» on peut se répaadre à plaisir en dôciainations.8eiilûneatales sur a un amour sans fin » et, par l'adorati^Nide l'idée de l'humanité^, s'élever à ia hauteur delà culture contemporaine. Avec une telle morale on n'est du moins pas exposé au reproche d'hétéronomie, et Ton est abondamment pourvu de siyets peur prdcher. Mais, a s'il est facile de jDrècher ia morale, il est dif - £cile de lui trouver un fondement i. » Sur quelle base va-t-on faire tenir les sermons de mwate ? Évidemment le prédicateur sera réduit à fisâre «i^ii^l aux penchants et aux instincts moraux dei rhomnie. S'ils sont assez forts, l'appel réussira, et eAcecas il était superflu ; s'ils ne le sont pas, le sermon^de morale sera un objet de moquerie et de dérision, et le prédicateur sera fort empôdié de démotttrar, même théoriquement, k ses raiUeurs qpi'îls ont tort En effet ceux-ci en appellent aussi bien que lui à des instincts et à des penciiantsdu cœur bumaia, et pour décider quels sont ceux qu*il faut préfëner, si c'est rafm\Mir ou la haine, le pardon ou la vengeance, le renoncement ou Tégoïsme qui doivent diriger nos actions, le prédicateur, encore une fcds, n'a pas

i. « Moral predigen ist leicbt, Moral bogrunden ist echver. > (Schopinhauàr).

d*autre moyen à sa disposition que de faire appel au sentiment ou au goût, choses qui diffèrent d'individu à individu. » Une fois détachée de la métaphysique, r éthique reste comme suspendue entre ciel et terre; elle peut bien encore statuer des règles, mais elle est réduite à Fimpuissance si Tindividu ne trouve pas ces règles à son goût. Sans métaphysique. Té* tbique est tout au plus l'histoire naturelle des intérêts et des penchants humains, considérés dans leurs conséquences pour la société ; quant à la prétention d'être la norme des actions humaines, elle peut bien encore l'élever, mais elle ne peut plus la justifier si l'égoïsme rebelle à toute règle lui demande ses titres de légitimation *, En tant qa'é-

1. Voyez Max Stimer « Der Einzige und sein Eigenthum. > (L'inâividu et sa propriété, Leipzig, Wigand, 1845), spécialement le chapitre « Der humane Liberalisniius » (le libéralisme humanitaire), p. 145 et suiv. et p. 478 et suiv. Cet ouvrage, plus riche d'idées que les Œuvres complètes de tel philosophe célèbre, est, dans la folie carnavalesque de ses résultats parfaitement logiques, la preuve indirecte la plus brillante de Timpossibilité de fonder Téthique sur la base de Tindividualisme et de la nécessité de chercher cette base dans le monisme. On a fait contre ce Uvre la conspiration du silence, même dans les cercles les plus libéraux, et l'on s'est voilé la face avec une indignation vertueuse ; mais le secret effroi que trahit cette façon d'agir prouve seulement qu'on n'a pas su trouver le point fatt>le de rad« versaire mcommode, ou qu'on a reculé devant la nécessité de ceindre les seules armes avec lesquelles on soit en étaft de frapper l'égoïsme au cœur, le monisme et le pessimisme.

thique au vrai sens du mot, c'est-à-dire en tant que science de la réforme de la réalité, Féthique n'est possible que fondée sur une métaphysique montre. Cette métaphysique^ en effet, réduit la volonté indi» viduelle qui dans son apparente substantialité se figure être absolue, à l'état de simple phénomène objectif, et la dépouille ainsi de Vaséité^ de la souveraineté qu'elle s'arrogeait. Au contraire le théisme la confirme dans Tillusion de la substantialité et provoque formellement la révolte renouvelée de Prométhée contre le créateur qui Fa créée sans lui en demander la permission .

Que l'éthique du protestantisme libéral manque du caractère scientifique, cefe ne serait pas après tout si fâcheux en présence du fait que, si elle ne favorise pas la moralité, du moins elle ne lui est pas directement contraire, comme c'est le cas pour la

pseudo-morale hétéronome du véritable théisme chrétien qui d'ailleurs n'est pas scientifique non plus. Mais ce qui nous importe ici, c'est qu'elle n'est plus une éthique religieuse comme l'était de tout point l'éthique hétéronome du christianisme. Une éthique, en effet, ne saurait être religieuse qu'en étant plus qu'une simple explication du jeu psychologique des instincts, en s'appuyant sur les bases métaphysiques de la religion,et en tirant de là sa force.

Nous n'avons pas brisé avec la loi de Moïse et avec les 'CommaBdeinents de l'Église iobiUible pour doiis laisser dicter par quelque prédicateur libéral les Joîs de la inorale,<|ui d'ailleurs resteraient ainsi hétéronomes pour nous. Le prêtre orthodoxe peut se •donner des airs d'oracle, mais le libéral doit y renoncer; dans l'éthique aussi bien que dans la métaphysique, il doit se tenir prêt à établir la valeur intrinsèque de ses prescriptions, là où Torlhodoxe «'en réfère à l'ordre de Dieu. Quand le prédicateur libérai se voit obl^é de descendre de la positâonMtoritaire qu'il refuse en théode et rflpouspe bitfi loin, mais que dans la pratique il sersât sonvent Inen «se de partager avec son eoUègue ortheApKa^ il a coutume de s'en tenir 4 l'^imour eommo principe jQocaL Mais si l'on devait aboutir e^Mà^ osm^ ^ oetle concUiaion que la moraUté est iàMtitifmk ramoiir et à la bonté da oœur« les ppédiortaum n'auraient qu'A cesser sor-le-dïaaap de prêidnr k morale, car jamais ils ne réussiront pue lears 8e^ mons k créer l'amour chez celui qui a'aime fêS.Sif i latce de psychologie, on ne veut voir dana la nligion que la morale et, à f(»rce de deuceor, ae voir 4aB3 la morale que l'amour, si en un mot <m lédât toute la religion à l'amour, on renonce k tout ce >qui donne 4 l'amour son caractère religieux; m

IRRÉLIGION Dr PROTESTANTISTME LIBÉRAL 125

d'autres termes, on avoue qnTon s'efforce d'éle^^er 4 la dignité 'de reUgion l'in^inet >âe iramour, parce qu^ion a perdu le sens de ce qa'«st proprement la religion. Sans doute la religion n'est pas un requin, comme le croyaient les inqfuss^urs, mais elle n'est pas non plus une méduse : te Feqfoin peut du moins ^e redoutable, la méduse n'est jamais que fade^ dégoûtante.

En faisant ceftteTemarquejUous ne voulons œ au^ fsane façon nier la haute Taleur de f amour, mate seulement rappeler qu^on n'a pas te droit de prendre ta partie, fM-ce la plus nobte, pon* le ton^. L'arnoor B^'est qu'une des nombreuses fecmes dsmB tesqaetteB la moralité se produit cohmm seiMmeiit; te sentie ment, à son tour, n'est qu'une des formes sous lesktpélles l'élément moral se produit dans l'Ame, €it la iréritable base de la tneralité ne 88 trouve dans aucun db kses bcteurs psycfaok>giqœs. L'amov pei:^ éfee 9Utopel, il peut même être moral, sansamr te mfli^ du iMnde le caradièM religiemu Donner Tamour camm tA pour de la religion, c'est nier l'osseaeè delareU^cm; attribuer la qualification de rel^^Sauaes à toutes les relations mondiûnes pénétrées d'iamour, e'€dt détourner s&a regard de ce qui seid est wénr tablaneoi; religieux.

.11 n'est pas étonnant qci'«ra aiyatème ifui a toutes

il4 LA RELIGION DE L'A^P^NIR

Mais il y a pis. Le protestantisme libéral s'aperçoit bien de ce fait^et ne «croit plus tnen lui-même à sa métaphysiq^ie. U 11*7 tient que fa^te de mieux, et pour conserver son point d*attadhe avec le christianisme. Il nous enseigné, il est vrai, ritmnortalité •de rindi^ti et son progrès indéfini ; mais il sui^^ose que nous ine noos icKfiiiéteroiis pas davantage de «oette douteuse exist^ioe à venîr« U nous enseigne la liberté ino]:^ale, la providence patemdle de Dieu; mais fl Mmet comme allant de soi que nous croyons avec ia science moderne aux lois invariables et nëcessaireB -qui gouvernent le monde. CSomment ne pas être teskté de penser que (la métaj^jâque théiste n'est <iu'une fausse £stcade cachant la réalité d*an édifice d'uae toute autre architecture : je veux dire le aatunalisme moderne avec sa lioi superstitieux à ia sobstantialité de la «aatière?Il ne sert à (rien de se défeedre et de se d&attre contre un £ait : la mîlie OQfioeption tbâste dm inonde lest devenave iasoB^a* tibie avec la consci^ice moderne ^i n'a ptes de choix qu'entre le naturalisme matérialiste à ia Strauss et le monisme ^u panthéisme spirituaUste. Si l'on désire le premier^ on peut s'adresser pour Faoquérir à quelqu'une des formes du matérialisme ; le second, tant qu'une religion panthéiste manque àrOccident, ne se trouve que chez de vrais philosophes.

c*est-à-dire qu'il est en voie de s'occuper de questions et d'intérêts qui dépassent les intérêts de ce monde. Que l'un accentue plus fortement le mal de la douleur, l'autre celui du péché, c'est toujours le mécontentement des choses de ce monde qui conduit & la religion, mécontentement des maux qu'il faut subir ou mécontentement de sa propre nature qui fait tomber dans le péché. Si les sensations douloureuses causées par la souffrance et par le péché ne sont pas assez fortes pour servir de contre-poids aux sensations agréables de la vie mondaine, les élans religieux ne seront que des velléités fugitives, des accès passagers sans influence durable sur la disposition habituelle de l'âme. Ce n'est que lorsque le doute douloureux causé par le mal ou les angoisses de la conscience l'emportent dans la balance sur les joies de la vie et deviennent la disposition habituelle de l'âme, c'est-à-dire lorsqu'elle est arrivée au point de vue pessimiste^ c'est seulement alors que la religion peut s'établir dans le cœur d'une manière fixe et stable. Là où n'existe pas la disposition pessimiste, la religion ne saurait croître, du moins spontanément ; le respect inculqué par l'éducation pour les formes extérieures de la religion fait seulement contracter l'apparence de la religiosité.

Le christianisme, comme toute religion digne de

œ nom, dut son origine à une conception pes8i«inislie dn monde, et la religiosité chrétienne acmhlînaé à plonger ses racines dans le pessinnsnie jos^ •qu'à la Renaissance.  cette époque conmieBça le conflit entre Tamour païen de la vie et le mépàa^ h fuite du monde qui caractérisaient le christîamsaie; puis le déclin de la foi à an bonheur d'oatra^tondM fit qu'on rechercha plus avidemei^ les inens ter rostres qu'avait fait dédaigner jusqu'alors Tespéranoa de la félicité céleste. Le rationatisme s'^a^Nreesa di justifier théoriquement Toptimisine que la touossanoe païenne favorisait pratiquement; et le protestantisme libéral, d'accord avec la culture moden^ vit «t se meut dans cette glorification païenne de la vie et dans cet optimisme agréable, c'«st-à-dire dus la théorie la plus défavorable possible 4 la religiosité. Le protestantisme libéral vitde compronûsi et c'est son talent spécifique de se tirer adroitemeol d'affaire : aussi n*a-t-dl garde de laisser ce latent sans emploi quand il se trouve en face des maux et du péché de ce monde, qui n'ont rien de si tenriUe après tout quand on sait se comporter à leur éigard avec la bonne humeur et le contentement facile d*un pasteur protestant. Et, chose remarquable, «ur ce point orthodoxes et libéraux se ressenoblent comme deux gouttes d'eau. A la vérité les réforma-

teurs avaient fait encore un lÂea sombre visage à ce nûsérable monde qui s'élait donné au diabie, ià n'y avait pas à en doulier ; mais len se(^ei pourtant ils lui avaient é&aoé le petit doigt, et Ton sait qu'en pareil cas, le diable â*empare bdeaatôt de toute la main. En thécurie les disciples orthodoxes de Luther s'expriment encore .sévèrement sur ce monde foncièrement mauvais, corromj)a9 «ouipirant sous la malédiction ^e Dieu; mdàseafSêtiifm iisse o&BâiBat parfaiitemesit à leur aise dans eo jaftécbant monde qui, pour prix de leurs injures, leur £ait 4ine position où il y a la femme, le logis, et ia vad^e ii l'étable, aiossi à leur aise que les libéraux qui vanteot ce monde comme le meilleur des mosides possibles. Cela peut être très-sensé, très-naturel, très-idyllifue; bref, tout oe qu'on voudra; mais pour cbrétien, prar religieux, cela ne Test pas. Veut-on fone preuve encore plus sûre du degré auquel est poussé eei; esprit satisfait et Hiondain, c'est-à-dire iixé- ^eux, du protestantisme: il 'svÊSt d'écouter les eris de colère que ces protestants libéraux lèvent contre ceux qui osent les déranger au milieu de leur bonne vie paSenne, de leurs doux loisirs, de leur ad- «iratkm de ce glorieux monde, contre ceux qui essaient de rouvrir les yeux à l'humanité moderne et de lui montrer le néant de tout ce que ce monde

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enserre, la profondeur et T universalité des misères, la nature illusoire de la plupart des joies de ce monde et de celles qu'on recherche avec le plus d'ardeur. Lapidezrinfâme,8'écrie-t-on, qui porte une main sacrilège sur notre sanctuaire, le bonheur terrestre ! Car si de telles doctrines devenaient une fois générales, qui sait ? peut-ôtre les hommes finiraient par redevenir religieux, et c*en serait fait du protestantisme libéral et de son doux bien-être ' t

Pour nous résumer, le protestantisme libéral consiste en une métaphysique indécise, insufQsante et plate,qui se dérobe le plus possible aux regards de la critique, en un culte heureusement délivré de tout mystère, mais nullement exempt de contradiction, et en une morale séparée de la métaphysique, etpar là même irréligieuse; il repose ensuite sur une conception du monde qui, par son caractère optimiste et satisfait, se trouve hors d*état de susciter une religion et doit tôt ou tard laisser périr d'inanition, au sein de la mondanité et du bien-être, les restes de religiosité qu'elle a conservés. Ce résultat de notre

1. Sur la valeur de l'idée pessimiste au point de vue de la moralité, de l'histoire, de l'art et de la religion, et sur le peu de fondement des préjugés généralement répandus contre elle, corop. Â. Taubert « Der Pessimismus und seine Gegner i (Le pessimisme et ses adversaires). Berlin, Cad Duncker, 1873. "

étude suffira pour justifier le reproche d*irréligiosité que nous adressons au protestantisme libéral, non pas en ce sens qu'aujourd'hui déjà tous ses partisans soient des hommes irréligieux, mais en celuici que le principe môme de la chose est irréligieux, et que, s'il influait d'une manière durable sur T humanité, il ne laisserait plus subsister de la religiosité que quelques restes chétifs k peine dignes d'en porter le nom.

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