Brugsch, Dictionnaire géographique, p
5. Lli ÉI3URE, Le tombeau de Sétiler, ivepart., pi. xv, lig. 17-18.
CH. VI. — LES DIEUX DM LA ruÉOLOGlE 183
<l;ul à toutes les demandes qu'on lui adressait. Rfl avait aussi un las de recettes el de talismans pour guérir les maladies cl chasser les maléfices.
Il éprouva cependant le plus cruel des déboires: il fui victime de la ruse d'Isis. Comme le commun des hommes, Râ avançait en âge el vieillissait chaque jour davantage. Les textes nous disenl que, dans sa vieillesse, « la bouche lui grelottait, la bave lui ruisselait vers la terre el la salive lui dégouttait vers le sol1 ». lsis cou cul le dessein de lui arracher son secret « afin de posséder le monde <-l de se faire déesse par le nom du dieu auguste Engager la lutte de vive force contre Râ, c'eûl été s'exposer à un échec. Lasluce vinl au secours d'Isis, car lsis « était une femme savante en sa malice plus <pie des millions d'hommes, habile entre des millions de dieux, égale à des million- d'espriis el qui n'ignorait rien au ciel el sur la terre, non plus que Râ » :}. Elle eul donc recours à un stratagème qui réussit à merveille. Elle occasionna à Râ un mal terrible. A.vec de la houe imbibée de bave divine, elle forma un serpenl qu'elle cacha dans la poussière du chemin, que Râ devail suivre dans sa course journalière. Râ lui pris an stratagème. Mordu, pendant sa ronde, par le serpent, il poussa «les hurlements. Les textes nous donncnl
1. Pleyti Robsi, Les Papyrus hiératiques </<• Turin, pi cxxxu, lig. v-:;.
v. Pli > n Rossi, //</</.. pi. « ixxii, lig. 1 '-'• :;. Pleyte-Rossi, Ibid., pi. cxxxi, lig M - pi. cxxxii, lig,
une courte description cle l'émoi produit par ses hurlements : « sa voix monta jusqu'au ciel et sa Neuvaine [de s'écrier] « qu'est-ce, qu'est-ce ? » et ses dieux [de s'écrier] « quoi donc ? quoi donc ? » mais il ne sut que leur répondre, tant ses lèvres claquaient, tant ses membres tremblaient, tant le venin prenait sur ses chairs, comme le Nil prend sur le terrain qu'il envahit » d. A force de maîtrise, il parvint à dire ce qu'il ressentait : « quelque chose de douloureux m'a piqué, mon cœur le perçoit et pourtant mes deux yeux ne le voient pas ; ma main ne l'a point ouvré, rien de ce que j'ai fabriqué ne sait ce que c'est, et cependant je n'ai jamais goûté peine pareille et il n'y a douleur au-dessus... Ce n'est pas du feu, ce n'est pas de l'eau, et pourtant mon cœur est en flammes, mes chairs tremblent, tous mes membres sont pleins de frissons nés de souffles magiques. Qu'on m'amène donc les enfants des dieux aux paroles bienfaisantes, qui connaissent le pouvoir de leur bouche et dont la science atteint le ciel ». Isis, qui n'attendait que cet appel, vint, et dit : « qu'est-ce, qu'estce, ô père-dieu ? Ne serait-ce pas qu'un serpent produit la souffrance en toi, qu'un de tes enfants lève la tête contre toi ? Certes, il sera renversé par des incantations bienfaisantes et je le forcerai de battre en retraite, à la vue de tes rayons » 2. Râ
1. Pleyte-Rossi, Les Papyrus hiératiques de Turin, pi. cxxxii, lig. 6-8.
2. Pleyte-Rossi, Ibid., pi. cxxxn, lig. 9 — pi. cxxxnr, lig. 3.
abonde dans ce sens : « Moi donc tandis que j'allais par les routes, voyageanl à travers mon double pays d'Egypte el sur mes montagnes, afin de contempler ce que j'ai créé, j'ai été mordu d'un serpentque je ne voyais pas. Cen'esl poinl du feu, ce n'est point de l'eau, et pourtanl j'ai froid pins que l'eau, je brûle plus que le feu, tous mes membres ruissellent de sueur, je tremble, mon œil n'es! point fermé et je ne distingue pins le ciel, l'eau coule sur ma face comme dans la saison d'été » '. Isis, qui tient un remède en réserve, le lui offre, et tente de lui arracher son secret. L<' Soleil entrevoit le piège, et se contente de répondre qu'il s'appelle « Khopri le malin, Râ à midi, Toumou le soir » 2. Le venin faisait toujours son œuvre et Râ n'éprouvait aucun soulagement. Isis lui dit alors : « Ton nom n'est pas énoncé dans ce <pi<' lu m'as dit. Dis-le moi et le venin sortira, car l'individu vil qu'on charme en son propre nom ». Accablé par la souffrance, Râ consent à dévoiler son nom : « J'accorde que tu fouilles en moi, ô mère Isis. et que mon nom passe d<' mon sein dans ton sein ;. Râ cachait son nom dans son sein. Isis pratiqua SUT
lui une opération chirurgicale, s'empara du nom de H à et, de simple femme qu'elle avait été jusque-
1. Pleyte-Rossi, Les Papyrus hiératiques '/<• Turin, pi. cxxxui, lig. 3-5.
2. Ce sont les trois i tents du Soleil '.khopri,* devenir, apparaître », /•</, « faire », toumou^ probablement être complet
« disparaître ».
3. Pli \ rE-Rossi, Les Papyrus hiératiques de Turiny pi • \\xn. lig. 10-12.
là, elle devint déesse. La ruse d'une femme avait triomphé d'un dieu.
Râ ne put cacher indéfiniment sa décrépitude. Les hommes finirent par s'en apercevoir et se permirent des réflexions désobligeantes : « Sa Majesté vieillit, ses os sont d'argent, ses chairs sont d'or, ses cheveux sont de lapis-lazuli » *. Entendant ces propos, sa Majesté dit à ses suivants : « Convoquez de ma part mon OEil divin, Shou, Tafnouît, Sibou, Nouit, les pères et les mères- dieux qui étaient avec moi quand j'étais dans le Nou, auprès du dieu Nou. Que chacun d'eux amène son cycle avec lui, puis, quand tu les auras amenés en cachette, tu viendras avec eux au grand château, afin qu'ils me prêtent leur avis et leur assentiment, arrivant du Nou en cet endroit où je me suis produit »2. Toute la famille de Râ se réunit autour de lui. Aussitôt qu'ils ont fait cercle autour de lui, Râ prend la parole : « 0 Nou, dieu aîné en qui j'ai pris l'être, et vous, dieux-ancêtres, voici que les hommes, émanés de mon OEil, ont tenu des propos contre moi. Dites-moi ce que vous feriez à cela, car je vous ai mandés avant de les massacrer, afin d'entendre ce que vous diriez à cela » 3. Nou, le plus ancien des dieux, demande qu'on juge et condamne les hommes: « Mon fils Râ, dieu plus grand que le Dieu qui l'a
1. Naville, La destruction des hommes parles dieux A. IV, pi. î, lig. 2 ; t. VIII, pi. i, lig. 2.
2. Naville, Ibid., t. IV, pi. i, lig. 1-6 ; t. VIII, pi. î, lig. 1-6.
3. Naville, Ibid., t. IV, pi. i, lig. 8-10 ; t. VIII, pi. i, lig. 9-11.
fait, plus ancien que les dieux qui l'ont créé, si< en la place et la terreur sera grande, quand lou OLil pèsera sur ceux qui complotent contre loi ». l\ù craint cependant une mise en scène hop solennelle de la justice ; il a peur que, s'il procèdeainsi, les hommes ne «se sauvent au désert, le cœur terrifié de ce que j'ai à leur dire ». Le Conseil entre dans ses vues et l'on décide d'employer une exécution sommaire. L'Œil divin exécutera la sentence: « Fais-le marcher, afin qu'il Trappe ceux qui ont médité contre toi des projets funestes, car aucun OEil n'est plus redoutable que le tien alors qu'il charge en forme d'Hâthor». L'Œil se précipite donc sur les hommes et les massacre sans pitié. Râ, qui ne veut pas leur destruction complète, lui ordonne de mettre (in au carnage, mais c'est inutile. La déesse, qui a goûté le sang, en devient 'plus avide, refuse d'obéir à Tordre de Rû et lui dit : « Par la vie, quand je meurtris les hommes, mon cœur est en liesse ». Cette cruauté fut le motif de sou QOm : Sokhil, la « meurtrière ». Elle chevaucha d'Héliopolis à Héracléopolis dans le sang. Lue autre tradition donne une version différente de cel épisode : les hommes auraient résisté au dieuel lui auraient livré bataille dans les en vironad'Héracléopis Magna1. Sokhît s'était endormie pendanl la nuit. Râ profita de son sommeil pour aviser aux moyens de l'empêcher de recommencer le carnage au lever du jour :