Naville, La des truction des homme* par U$ dieux, t i
pi. ii, li^VT-'J'» ; l. \ III. pi. h. lig. 34-37.
rèrent contre les ennemis. Râ leur dit alors : « Vos péchés vous sont remis, car le sacrifice exclut l'exécution du coupable. Ce fut là l'origine des sacrifices sanglants sur la terre » *.
Ce mythe de la destruction du genre humain par Râ provoque quelques réflexions. Nou déclare que Râ est « plus grand que le dieu qui l'a fait, plus ancien que les dieux qui l'ont créé ». Quelle idée se cache dans ces paroles ? Je présume qu'elles visent la cosmogonie d'Héliopolis. D'après cette cosmogonie, Râ, le soleil visible, avait été créé par le dieu Khnoumou. Les auteurs du mythe, que nous étudions en ce moment, ne purent se résigner à cette infériorité de Râ. Nou, l'abîme ténébreux, proclame donc que Râ est plus grand que le dieu qui l'a fait et corrige ainsi les témérités de la cosmogonie héliopolitaine. La même préoccupation explique la fin de la phrase et rejoint ce qui est le fond même de la cosmogonie héliopolitaine. Râ, en tant que soleil visible et rayonnant, avait sans doute été crée par Khnoumou et, sous ce rapport, était plus jeune que lui. Mais Râ, en tant que soleil précosmique, était de toute éternité caché, enseveli dans le sein de Nou ; et, sous ce rapport, il était bien plus ancien que Khnoumou, dont le commandement l'avait tiré de cette torpeur et ramené à l'état éclatant, qu'il a dans notre système cosmique. Comme Râ avait eu une double existence, il était, sous deux
1. Naville, La destruction des hommes par les dieux, t. IV, pi. n, lig. 27-36.
Cil. VI. — LES DIEUX DE I \ THÉOLOGIE 191
points (le vue différent, à la fois plus ancien el moins ancien que les «lieux qui l'avaient crée : plus ancien dans son existence précosmique, el moins ancien dans son existence cosmique. Ces expressions ne peuvent pas avoir d'autre signification. La création de Râ n'est <|uele simple passage d'un état à un autre, une manifestation, une apparition. Avec notre culture moderne, nous parlons toujours du « soleil levant » ; c'est le soleil apparaissant . se montrant à notre horizon. Nous comprenons liés bien la nature de ce phénomène. Les Égyptiens s'y étaient, eux aussi, habitués. Mais, en se plaçant à l'origine des choses, ils durent avoir une autre conception. Râ, s'échappant du lotus où il était enfermé, Râ sortant des eaux obscures du Non el prenant sa course resplendissante à travers l'espace, ce n'est, d'après toutes les vraisemblances, que la première apparition du soleil sur notre horizon. La cosmogonie égyptienne voulut expliquer cette première manifestation, et pour l'expliquer elle ne trouva rien de mieux que de supposer que le soleil s'était échappé des langes, où il étail enveloppé. Envisagé en lui-même, le mythe de la destruction des hommes par Râ présente un frappant parallélisme avec le déluge biblique. Les grandes lignes du cadre en sont presque les mêmes. Hun côté comme de l'autre, l'inconduite «les hommes irrite le dieu. Iahvch se repent d'avoir créé les hommes Râ, courroucé, convoque les dieux pour savoir ce qu'il a à faire à l'égard des hommes, qui lui ont manqué
de respect. D'un côté comme de l'autre, les hommes sont frappés et détruits. Râ ne détruit cependant pas tous les hommes, il s'oppose même aux desseins féroces de la déesse Sokhît, qui veut détruire les hommes jusqu'au dernier. Une famille aussi échappe au déluge biblique. Après les premières menaces, Râ dit qu'il sauvera les hommes de la fureur de la déesse. Aprèsle déluge, Iahveh déclare qu'il n'anéantira plus le genre humain. Après le déluge, Noé offre un sacrifice à Iahveh et Iaveh agrée ce sacrifice. Il est aussi question de sacrifice dans le mythe égyptien. Râ remet les péchés des hommes. Et pourquoi? Parce que le sacrifice exclut l'exécution du coupable. Cette réflexion laisse évidemment entendre que les hommes, qui avaient échappé à la main de Sokhît, avaient offert un sacrifice. La marche des deux épisodes se ressemble d'un bout à l'autre. Le développement des idées n'est pas, non plus, sans analogie. Et, ce qui est encore plus frappant, c'est que le sacrifice, dans les deux cas, est lié à la destruction des hommes, et»gagne les faveurs des dieux. Le mythe du déluge semble donc avoir été commun aux religions des peuples qui ont eu des rapports avec Israël, qui ont été en contact avec lui, à un moment donné de son histoire. Il a donc circulé à travers tous les pays bibliques, en ne subissant que de légères modifications, dues à des causesquinouséchappent. Les briques de la Ghaldée nous avaient déjà livré le déluge, en termes à peu près identiques à ceux de la Rible. Les textes égyp-
tiens, à leur tour, en fournissent des traces non équivoques.