LES HOMMES DIVINISÉS
Gomme représentants et successeurs de Râ, les rois reçurent les honneurs divins. Le Pharaon était effectivement un dieu pour ses sujets. Aussi l'appellent-ils le « dieu bon » 2, et le rattachent-ils invariablement à Râ par la lignée des souverains qui l'avaient précédé. Son père était « fils de Raj>— avant lui ; son grand'père et tous ses aïeux de même. On arrivait ainsi jusqu'à Râ lui-même. Les Pharaons sont, par leur corps, la chair du soleil ; quant à leur âme, elle est un double d'Horus, fils
d'admetlre que le meurtrier d'Osiris pût être le patron légitime d'une moitié du pays; on plaçait alors la moitié de Sît soit en Nubie, soit dans le désert à l'Ouest de l'Egypte qui était en effet son domaine de tout temps » (Maspéro, Histoire, t. I, p. 178, n. 1).
1. Éd. Meyer, Set-Typhon, p. 31-40. L'idée des deux royaumes était tellement entrée dans la mythologie égyptienne que les deux lauriers, qui les symbolisent, interviennent fréquemment dans les formules protocolaires et les représentations.
2. Remarquons qu'on ne leur a jamais donné le titre de « grand dieu » réservé aux dieux suprêmes.
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d'Osiris. Ce double s'incarne dans l'enfant royal à sa naissance, et prend pleinement conscience de lui-môme, lorsque l'enfant monte sur le trône. A partir du moment où ils montent sur le trône, les Pharaons cessent d'être hommes. Ils ne sont plus que le fils de Râ, Ilorus vivant sur la terre, aussi bienfaiteurs que lui.
Les rois se plaisent à faire ressortir [eur pa renié divine. Un des Ftolémées (lisait de lui-même qu'il venait « comme la majesté de Thot, parce qu'il étail l'égal d'Atoumou, par conséquent de Kbopri, par conséquent l'égal de Râ ».
L'apothéose divine des Pharaons suivi! divers procédés ou plutôt s'affirma dedifférentes manières. D'abord le choix du nom, qui nous initie aux protocoles royaux. La titulature patronymique alla toujours s'amplifiant. Au débul le nom esl très simple et ne désigne le plus souvent «prune qualité : Titi, « le coureur », Mini, « le durable », Qonqeni, « l'écraseur », Sondi, « h' redoutable Ouznaslt, la « langue fleurie ». Ils consistaient aussi en une courte sentence, d'un symbolisme assez clair : Khàfri, m son lever est Râ », Mtnkaouhorou, « les doubles d'Horus durenl », Ousirkeriy « le double de lia esl tout-puissanl ». Quelquefois la phrase esl plus courir, parce qu'elle -«m,- entend le dieu : Ousirkafi son double esl loul puissanl . Snofroui) « il m'a rendu bon », K hou foui, « il m .1 protégé », pour OusirkeriyPtah-snofroui, Khnoumkhoufoui, par la suppression de Râ, de Phtab el de
Khnoumou *. C'était une habitude en Egypte d'écrire le nom de l'individu dans le signe qui indiquait sa propriété. Par conséquent, lorsqu'un fils de Pharaon montait sur le trône, on écrivait son nom dans un cadre oblong, que les Egyptologues nomment cartouche, et dont le contour elliptique à l'image du monde, représente toutes les régions parcourues par Râ dans sa course, et qui sont devenues le fief du Pharaon. Lorsque le nom du roi, précédé du signe qui indique sa filiation divine, a été inscrit dans le cartouche, par exemple RâTeti ou Râ Snofroui, on place en tête les mots : Suthet, qui expriment la domination sur la moitié de l'Egypte, le Sud. et le Nord, et l'ensemble constitue le titre du Pharaon. On avisa en second lieu au moyen d'indiquer le double d'Horus, qui avait pris possession de l'enfant royal à sa naissance. On désigna donc ce double par l'image de l'épervier-dieu, avec un titre plus ou moins pompeux, mais qui exprime toujours une qualité d'Horus .Horou nîb-mâit,«. Horus maître de vérité », Horou miri-tooui, « Horus ami de ses terres », Horou nib-Khâouou, « Horus maître des levers », Horou maziti, « Horus qui écrase les ennemis ». On parcourut une troisième étape. L'épervier simple représentait le Dieu dans son hypogée. On voulut le représenter vivant sur la terre, au milieu de ses sujets. Onremplaça donc l'épervier simple par un des symboles des deux royaumes : l'urœus lovée
1. MûLLER, Bemerkung iïber einige Koenigsnamen, dans le Recueil de travaux, t. IX, p. 176-177.
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du Nord et le vautour du Sud, puis on ajouta l'épervier doré, c'est-à-dire répervierl riomphanl quiavail délivré l'Egypte de la tyrannie et de la cruauté de Typhon. Voici un exemple de cette transformation ou substitution : le double de Snofroui, dans l'autre vie, s'appelle « Horou nibmàil, .< Horus maître de vérité » ; ce même double vivant, dans ce monde, s'appelle « maître du vautour, maître de l'urœus, maître de vérité, Ilorus triomphant », c'est-à dire, pour le premier titre, « maître des couronnes el enfin « maître des pays du Nord etdu Sud ». Enfin, dernière étape. L'intronisation du prince royal était un événement dont on voulut immortaliser le souvenir. On eut donc recours à un nouveau titre. La plupart de ces titres indiquent une relation avec son père '.Miriri, « aimant l»à », Mirniri « aiméde lia », Talkeri, la « stabilité des doubles de lîà • , \ <>firkeri, « la bonté des doubles de Râ ». Ce nouveau titre tantôt précéda le nom de naissance : Nofirkeri Papi, tantôt il le suivit : Papi Nofirkeri, I >n adopta enfin une disposition définitive : on l'écrivil immédiatement après les mots : Sûthêl « roi de la haute et de la basse Egypte » ; le nom de naissance \inl
ensuite accompagné de l'expression : « Bis du soleil ». Le tout fut enfin complété par l'inscription des noms des deux éperviers, donl l'un représentait le double au tombeau et l'autre le double .lancette vie.
Le roi apparaissait donc comme une émanation, une incarnation de la dn iûité. Il esl «le la famille di-
vine. Il est question de « ses pères les dieux », de « ses frères les dieux » . Les déesses l'adoptent en l'allaitant. Aux yeux de ses sujets, il revêt une majesté surhumaine, qui le place au-dessus du reste des mortels. On n'en parle que dans des termes pleins de vénération et entourés d'une obscurité calculée. Il est le Pharaon, Piroui âoui, « le Double-Palais », Proiuti, «la Sublime Porte »,Honouf, « Sa Majesté, Sa Sainteté », le Soleil des deux terres, Horus maître du Palais J. Quelquefois on le désigne par le pronom indéterminé On. Ces expressions sont toujours acompagnées du souhait : onkhou, oazai, sonbou, « Vie, Santé, Force ». Le roi a conscience de sa dignité et de ses prérogatives. Voilà pourquoi il jure par la faveur de Râ, comme on le constate dans l'inscription de Piônki Miamoun, lig. 24, 65, mais il défend à ses sujets d'en faire autant. Imiter son exemple serait un péché de lèse-majesté divine susceptible du plus grand châtiment. On s'explique ainsi que dans la Confession négative 2, le mort affirme qu'il n'a jamais maudit le roi. On se présente devant lui dans la même attitude que Ton prend lorsqu'on adore un dieu : on baisse les yeux, on courbe le dos, on « flaire le sol » sonou-to, c'està-dire qu'on se prosterne le front à terre. Avec ses deux mains on cache sa face, parce qu'elle ne peut pas supporter sa vue, l'éclat de son regard. Toute parole qu'on lui adresse, est précédée d'une formule