‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 128 sur 220 · Lefébure, Le tombeau deSetil", 4e part. pi. xv, lig · texte numérisé non relu

Lefébure, Le tombeau deSetil", 4e part. pi. xv, lig

2. Livre des morts, cbap. xvn, lig. 29, édit. Naville, pi. xxiv.

3. Livre des morts, chap. clvi. Cf. aussi, Mirinri, lig. 774.

4. Le souhait qu'on adressait aux rois : « Vie, Santé, Force», doit avoir sa raison d'être dans la réception du sa.

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les en préservait cependanl pas. Elle arrivai I fata- 1 cnic ii I pour eux, coin me pour lescorps humains, el tes acheminait vers le tombeau.

Le mythe magique du sa a une signification, sur laquelle il semble impossible de se méprendre. 11 suggère tout naturellement une théogonie anthro-

pomorphique. Les dieux sonl conçus c ni'- <\<-s

li oui mes. Ils s'affaiblissent comme eux avec le temps, et ont, dès lors, besoin de se préserver contre la faiblesse. Les Infirmités et la vieillesse les guettenl comme les simples mortels. Soumis à loul<-> les vicissiludes, ils n'ont chance de les surmonter qu'en ayant recours à des remèdes. Le sa esl précisément le remède puissant et infaillible qui répare les forces affaiblies et les met en état de fournir une nouvelle course.

Mais le mythe du sa suggère aussi une idée théogamique. On entrevoit, à travers ces explications, une tendance assez nette el assez caractéristique. Chaque dieu a besoin de renouveler de temps à autre sa provision de sa. C'est la loi commune et inexorable. Mais nous remarquons une différence bien sensible. Les jeunes s'approvisionnent auprès des vieux, el les vieux s'approvisionnent à l1 • Etang du sa ». Si Ton saisit bien celle donnée, il semble que les dieux se soient engendrés les uns les autres, qu'ils descendent les uns des autres. Les jeunes s'approvisionnenl auprès des vieux parce que probablement ils son! leurs descendants, ils viennent d'eux, ils ont été nourris par eux. Us reviennent par

conséquent, aux heures de faiblesse, à leur source, pour y puiser l'aliment qu'ils y avaient déjà puisé, et pour retremper leurs forces. 11 y a là, à tout prendre, une idée de filiation et de paternité. Les adultes nourrissent d'ordinaire les petits. C'est ce qui arrive habituellement parmi les hommes. Les Egyptiens appliquèrent ce phénomène aux dieux.

Les dieux communiquaient aussi le sa aux hommes. Ces derniers n'en avaient donc pas la réserve. Ils étaient obligés de le recevoir des dieux. Le mythe suggère alors une autre idée. Le sa est un fluide vital qui circule à travers les membres. C'est ainsi que les Egyptiens concevaient la vie. C'est un souffle que les veines charrient de membre en membre ; aussi tous les membres avaient-ils des veines pour cette fonction, « La tête comprend vingtdeux vaisseaux qui amènent les esprits en elle, et les envoient de là à toutes les parties. Il y a deux vaisseaux pour les seins, qui communiquent la chaleur jusqu'au fondement. Il y a deux vaisseaux pour les cuisses ; il y a deux vaisseaux pour le cou ; il y a deux vaisseaux pour les bras ; il y a deux vaisseaux pour l'occiput; il y a deux vaisseaux pour le front; il y en a deux pour les yeux, deux pour les paupières, deux pour l'oreille droite, par lesquels entrent les souffles de la vie, deux pour l'oreille gauche, par lesquels les souffles de la mort entrent également ». Puisque les dieux distribuaient le sa aux hommes, ils étaient donc les dispensateurs de la vie. La vie paraît ainsi, d'après les conceptions des Egyptiens,

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venir <l<\s dieux. Ils en sonl la source el le principe. C'est d'eux que les hommes la reçoivent.

Sans doute les Égyptiens n'ignorai en I pas que les enfants sonl engendrés par leurs parents, mais ils semblent avoir entrevu que les dieux -oui les auteurs premiers de la vie. Si tous les hommes reçoivent le sa des dieux, pour se mettre à l'abri du dépérissement, c'est que les dieux sonl comme un réservoir de vie et de jeunesse. C'est à eux qu'on s'adresse lorsqu'on est sur le point de faiblir el qu'il esl urgent de faire une nouvelle provision de vie. L'homme dépend ainsi des dieux dans les fonctions les plus importantes, dans celles qui touchent à la conservation même de son être. La vie circule des dieux aux hommes, obéissanl à des lois qui don en( exister, mais que les Egyptiens n'onl pas formulées.

La communication du sa aux hommes par lesdieux à l'aide de passes magiques, évoque une analogie que l'historien ne saurai! négliger. Le récil jah\ îste de la création de l'homme dit, Genèse, u, 7, que Dieu souffla dans les narines de l'homme un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. Aucune des cosmogonies égyptiennes oe nous a fourni ce détail. (Tes! peut-être une idée transportée sur un autre plan ; et il est permis de croire qu'elle apparat! ici. Le sa, que les dieux égyptiens infusent aux hommes, ressemble bien au souffle de \ ie que lahveh souffla dans les narines du premier homme, qu'il venail de former de ses mains. 11 existe cependant une différence : lahveh souffle le souffle tic vie dans les na-

rines et par conséquent dans la partie antérieure du visage humain. Le sa, au contraire, du moins pour ce qui concerne le roi, était communiqué par la nuque, par la partie postérieure de la tête, et se répandait de là dans tout le corps. C'était la suite de l'anatomie des Égyptiens : il y a deux vaisseaux pour l'occiput. Ils croyaient dès lors que le fluide vital pénétrait dans l'organisation par ces deux vaisseaux. L'auteur jahviste s'arrêta au contraire au phénomène extérieur ; voyant le souffle sortir par la respiration des narines, il fut conduit à penser qu'il a là son siège.

Ce qu'il faut retenir du mythe égyptien, c'est le caractère caduque et précaire des dieux. Leur existence n'échappe pas aux vicissitudes ordinaires de la vie humaine. Leur vie est mesurée, limitée, épuisable. La provision du sa retarde l'échéance fatale, conjure pour quelque temps la catastrophe finale, mais elle est impuissante à les rendre immortels. La nature suit inexorablement son cours, et, tout comme les hommes, les dieux descendent aux tombeaux. Une fois de plus l'anthropomorphisme avait sans doute respecté les privilèges des dieux, mais il n'avait pu les isoler complètement des hommes. S'ils sont plus parfaits, ils ne semblent pas être d'une essence supérieure.

Les dieux étaient par conséquent sujets à la mort comme les hommes. Eux-mêmes avaient conscience de cette inéluctable fatalité et ils le déclaraient : « Je suis cet Osiris dans l'Occident, et Osiris con-

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