CH. VIII. — LES C08MOGON1I
supposer, car le recours aux coïncidences n'explique
aucun des problèmes que pose la science. Il y ;i donc lieu de croire que ces idées étaienl en l'air, qu'elles circulaient parmi les hommes ;el comme les Hébreux furent, de bonne heure, en conhid avec les Égyptiens, on n'est probablement pas loin de la vérité en supposant qu'il y a eu emprunt d'un côté on de l'autre. Peut-on remonter plus haul el soutenir que ces conceptions sont une survivance <!<' l'humanité primitive? La chose est possible. Mais coin un- ce lie cosmogonie anthropomorphique ne se rencontre pas dans les autres systèmes religieux, que nous connaissons par l'histoire, il resterait à expliquer pourquoi ces vues n'ont pas été partagées par l<>u- les peuples, par toutes les races. ( )n est dès lors amené à limiter ces conceptions à certains peuples, <>u même a une expression géographique. Le littoral de la Méditerranée, qui s'étend de In Phénicie à l'Egypte, aurait eu le monopole de ce système cosmogonique, et aurait matérialisé l'opération divine. Cette élaboration aurait, dans ce cas, vu le jour sur les côles <Ie la Méditerranée.
L'historien n'est pas en étal d'arriver à une solution scientifique. 11 ne peul que proposer des hypothèses capables de suggérer d<-s indications <•! «l'ouvrir la voie à des recherches ultérieures. 1 1 Bera sans doute intéressanl de cherchera connaître l'origine de ces analogies cosmogoniq ue s. I liverses sciei peuvent concourir à ce résultai : la philologie, l'ethnographie el môme l'histoire son! au premier rang.
En tout cas, une conclusion paraît désormais acquise: c'est que l'anthropomorphisme est l'une des phases de l'évolution religieuse. A des degrés plus ou moins profonds, toutes les religions l'ont traversé. A une époque de son existence, l'homme n'a pu parler de Dieu qu'en fonction de lui-même ; il n'a conçu Dieu que comme il se conçoit lui-même, parce que l'expérience ne lui avait montré aucun être supérieur à lui-même, et sa raison n'en avait pas encore dégagé la notion. L'anthropomorphisme est en fonction d'une psychologie très imparfaite, et cette psychologie est celle de l'humanité primitive.
La cosmogonie du Delta est très probablement un mythe phallique. Shou sépare violemment le ciel Nouît et la terre Sibou. Mais au moment où il les sépare, Nouît et Sibou, enlacés l'un dans l'autre, accomplissent l'œuvre de la chair1. Il est impossible de fixer l'origine de ce mythe2. On peut présumer que pour les auteurs de cette cosmogonie tous les êtres de la création étaient issus de l'accouplement du ciel et de la terre, de Nouît et de Sibou. Le ciel et la terre ont joué un rôle important dans d'autres cosmogonies, et, suivant le récit biblique, Dieu