Maspeho, llisloire, t. I, p
nité. On s'imagine que les dieux sont irrités et prêts à frapper les hommes, ou du moins à se détourner d'eux et à leur faire sentir les effets de leur colère. L'homme qui, quoi qu'il fasse, est toujours plus ou moins dans la crainte de puissances supérieures, cherche les moyens de les apaiser. Et comme les dons et les offrandes sont un moyen de se réconcilier avec les hommes et de gagner leur amitié et leurs faveurs, il en conclut qu'il en est de même avec les dieux. D'où la pensée de leur offrir des sacrifices. En Egypte, la chose était même d'autant plus naturelle qu'on croyait, comme nous l'avons déjà dit, que les dieux eux-mêmes avaient établi les rites sacrificiels et qu'ils en avaient réglé tous les détails. Une fois cette institution rattachée à la volonté des dieux, il était impossible de s'en affranchir. On s'y sentait d'autant plus obligé qu'on y voyait une cérémonie établie par les dieux, imposée par eux aux hommes et sur laquelle les hommes n'avaient dès lors aucun pouvoir. Que faire en présence de la volonté des dieux? On ne peut que se soumettre et obéir. Les Egyptiens ne purent échapper à cette conclusion. Le besoin d'attirer la protection des dieux joint à l'ordre d'en haut fut donc le premier motif qui porta les sujets des Pharaons à offrir des sacrifices. C'est une donnée que la psychologie religieuse dégage un peu de toutes les religions, parce qu'elle s'harmonise avec les besoins de la conscience humaine.
Chez les Egyptiens, le sacrifice paraît aussi se ramener à l'idée de possession. Les temples possé-
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daient beaucoup de biens, H 1rs biens des tempb s étaient en définitive les biens des dieux. Puisque lea «lieux avaient un domaine absolu sur ces biens, sur ces riebesses, il était naturel qu'on leur en payât la redevance, qu'on leur en offrît les revenus. Ainsi envisagé, le sacrifice prenait donc le caractère d'une dette sacrée. On se sentait obligé d'offrir des sacrifices aux dieux, parce qu'on croyait acquitter une dette, parce qu'on pensait leur rendre ce qui leur était dû. Les dieux étaient les maîtres de ces biens. On devait donc leur en donner, de temps à autre, la jouissance et le bénéfice.
Le sacrifice pour les morts se rattache à une vieille conception anlbropomorpbique, et doit, dès lors, avoir une très baule antiquité. Les anciens concevaient la vie future d'une tout autre manière que nous. Même pour nous, la vie future est une continuation, un prolongement de la vie présente, mais elle s'en distingue, mais elle est aussi un ebangement, une substitution. On ne vit pas dans l'autre monde comme on vit sur celle terre. Les anciens et tout particulièrement les Egyptiens croyaient que l'autre vie est tout à fait semblable a la vie présente. Dans l'autre monde, le mort mange, boit, joue, se promène, va el vient, circule, respire le Irais, absolumenl comme il faisail en Lgypte de son vivant» On lira donc naturellement la conclusion : Puisque le mort, dans L'autre vie, mange et boit, il faut donc lui apporter des provisions et des offrandes, il faul qu'il ait sou- ia
main de quoi assouvir sa faim et étancher sa soif. De là, ces offrandes, qu'on faisait le jour des funérailles, ces provisions qu'on entassait dans les tombeaux. On se rappelle même que, lorsqu'on offrait des sacrifices aux dieux, on les chargeait le plus souvent d'en donner une part aux morts. C'était donc là une préoccupation constante. Le souvenir des morts accompagnait toujours l'égyptien. Il vivait sur cette terre en pensant à l'autre monde et en s'entretenant avec les morts. Le sacrifice pour les défunts n'était par conséquent qu'une suite de l'idée qu'on se faisait de l'autre vie. Faut-il aller plus loin, et voir dans le sacrifice poulies morts une survivance inconsciente des liens familiaux? On avait tant de fois mangé dans la maison, à la même table avec le mort de son vivant que l'on put être amené à conclure que ces habitudes devaient se continuer. Il est difficile de formuler un avis. A l'origine de toutes les religions, l'autel du sacrifice est dans la maison ; c'était le foyer même. Les Egyptiens enterraient les petits enfants dans la maison. Pensaient-ils continuer avec les morts la société qu'ils avaient eue et entretenue ici-bas ? C'est possible, mais rien ne le dit.
Le sacrifice divin était à l'origine un banquet servi au dieu par le roi lui-même. Le dieu « mangeait et buvait le meilleur de ce qu'on plaçait devant lui sur la table, mettait une part des provisions en réserve pour l'avenir »*. Chose étonnante,