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chez presque tous les peuples, au début de leur existence, le roi, le chef et le prêtre sont identiques. Que ce soit le patriarche, le chef du clan ouïe roi, il concentre dans ses mains les fonctions sacerdotales. La théorie égyptienne nous explique ce phénomène quisemblese ramener aux relations familiale-. Les Pharaon s égyptien s étaient tous, sans exception, les fils de Râ\ Le dieu solaire était leur père céleste. Or dans les familles, il est assez ordinaire que les enfants servent à manger à leur père et que ce dernier reçoive la nourriture des mains de ses enfants. Il semble donc naturel que les Pharaons, convaincus de leur filiation divine, se fissent un devoir de donner à manger à leur père divin. Eux-mêmes n'avaientils pas dans leur palais une nombreuse domesticité, prête à les servir, à subvenir au moindre de leurs besoins ? Et chacune des branches de cette domesticité n'avait-elle pas un chef? Dès lors ne furentils pas amenés à concevoir la cour céleste sur le modèle de leur propre cour, et à se persuader que les dieux avaient besoin d'être servis et de s'asseoir à de somptueux banquets tout comme les rois? Il n'y a là rien qui ne soit très plausible. La cour céleste devait avoir le faste el les habitudes de la cour terrestre. C'étail un devoir pour les Pharaons de montrer leur sollicitude et leur reconnaissance pour leur père don haut. En lui offranl des sa-
eriliees, ils agissaient eu fils respectueux el dociles.
Il serait aussi intéressanl de connaître la nature intime de ce sacrifice. On sait que les mythologues
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sont divisés sur ce point. On distingue deux sortes de sacrifice : le sacrifice-don et le sacrifice-communion. L'école anthropologique estime que c'est le dernier qui est le plus ancien. On a pensé à s'unir à la divinité, avant de songer à lui offrir des dons. La communion avec la divinité paraît être une des aspirations fondamentales de la conscience, parce qu'elle a son origine dans le passé le plus lointain du genre humain. Elle date de la période totémique des religions. Les clans s'étaient choisi un totem : plante ou bête, qu'ils regardaient comme leur chef, leur protecteur et leur éponyme. Il existait naturellement un contrat d'alliance entre le clan et son totem. Mais cette alliance tendait toujours â devenir plus intime et plus étroite, plus profonde et plus intense. Elle se transforma parla force des choses en communion, par laquelle le fidèle s'efforce de s'identifier avec son dieu. La communion n'est donc que l'alliance renforcée, l'alliance portée au plus haut degré de cohésion et d'attachement.
Il est certain que les Egyptiens pratiquaient le sacrifice-don. Les pages que nous venons d'écrire, le prouvent avec évidence. Connurent-ils aussi le sacrifice-communion ? Si l'on s'en tenait aux lois générales du développement des idées religieuses, on serait porté à le croire. Gomme la religion primitive des Egyptiens fut fétichiste, animiste et lotémiste, il dut inévitablement se produire dans la conscience égyptienne, comme dans toute autre
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conscience, une tendance à s'unir ;'i la divinité qu'elle adorait, qu'elle vénérait. On peut aussi voir un indice de cette tendance dans la conscience el les prérogatives des Pharaons. Ils étaient les représentants, les (ils de Râ sur la terre. Or l'union existe toujours entre le père et le lils, el cette union est une vraie communion, parce qu'elle repose sur l'identité de nature. Le caractère religieux de la royauté pharaonique pourrait doue être regardé comme une preuve de cette union. Et l'évhémérisme lui-même n'est-il pas un effort vers la communion entre l'humain el le divin ? Dans l'évhémérisme ordinaire, l'homme ne devient-il pas dieu ? Or l'Egypte a connu une double forme d'évhémérisme : les dieux deviennent hommes et les hommes deviennent dieux. Ce double mouvement gravite tout entier vers la communion, vers l'identification du divin et de l'humain. On s'efforce de combler l'abîme qui les sépare, de supprimer les distances qui les éloignent, de les rapprocher, de les unir el de les confondre.
Ou'on voie, si Ton veut, dans Ions ces détails des traces du sacrifice -commun ion. Un témoignage (les textes ou des monuments serait Infiniment précieux ; mais ce témoignage, on ne le possède pas encore. 11 faut donc se résigner au doute, <'l attendre peut-être de l'avenir el des progrès de l'archéologie des lumières qui nous l'on! présentement défaut.