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grands viscères du mort: le cœur, le foie, les poumons, la rate A\
Le dieu Anubis avait doue- inventé l'ail de la momification, prélude de l'embaumement. Le pro- "> cédé de l'embaumemenl devint normal eu Egypte. D'ailleurs il avait été pratiqué pour la première fois sur le corps d'un dieu, sur Osiris. 11 était dès lors impossible que les simples mortels pussenl s'en dispensée Puisque l'embaumement se rattache à UsTris lui-même, il sera utile de dire comment, et de retracer sommairement les vicissitudes du corps osirien après sa mort.
Des dieux qui avaient régné sur l'Egypte, Osiris l'ut le premier que frappa la mort. Dégoûté el fatigué des hommes, Râ sélait, en effet, réfugié au ciel et ne songeait plus à revenir sur la terre au milieu de ses sujets. Shou avail disparu au milieu d'un ouragan -, épisode où Ion surprend un mythe qui se répétera de tempsà autre quand on voudra célébrer l'apothéose de certains personnages importants. Ouanl à Si bon, il s'était contenté à la fin de son règne, de retourner tranquillement dans son palais. Osiris eut un sort plus mouvementé «■! «les destinées plus poétiques. Comme il avail vivement frappé l'imagination populaire, celle-ci ne se résigna pas trop facilement à le laisser partir avec la simplicité or-
1. ()n peul voir un ii<v ces chacals dans Maspero, Histoire, l. I. p. 113.
2. (ir.n i 1 1 n, The antiquities <>/' /'<•//-<•/ Yuhûdtyeh,p\. ixv, lig ■■ 8
dinaire. Elle s'attacha donc à le soustraire au sort assez misérable qui frappait les morts dans l'autre monde. N'était il pas l'époux de la sorcière Isis, le père d'Horus, le sage et le maître de deux fameux magiciens : Thot l'ibis et Anubis le chacal ? Comment, entouré de tant de garanties, aurait-il été soumis aux conditions ordinaires de la mort ? On perfectionna donc en sa faveur l'art de la momification découverte par Anubis. Cette tâche échut à Thot, à Tsis et à Horus. Ces trois divinités s'appliquèrent à corriger les imperfections premières de lenbaumement, pour en faire bénéficier la momie osirienne. L'embaumement tel qu'il avait été institué par Anubis, se pratiquait au moyen de manipulations. Thot, Isis et Horus conservèrent ces manipulations, mais ils leur infusèrent, au moyen de la magie dont ils possédaient les secrets, de nouvelles forces, des vertus inconnues, une efficacité toute particulière. Lorsqu'on embaumait le corps, on l'enveloppait de bandelettes. Les trois dieux prévoyants et pleins de vigilance pour Osiris, dessinèrent sur ces bandelettes des figures, et y inscrivirent des formules préservatrices ; ils garnirent ensuite les membres d'amulettes pénétrées de vertus bien assorties au but qu'ils avaient en vue, ils ornèrent les parois du cercueil de desseins représentant les diverses scènes de la vie terrestre et de la vie après la mort. Le Rituel de U embaumement, dont nous ne possédons plus que la fin, contenait les incantations qui accompagnaient toutes
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ces opérations '. Avec cet art perfectionné ils procédèrent à l'embaumement du corps d'Osiris. On peut s'en rendre compte par un tableau qui retrace la scène2. La momie est couchée sur son lit funéraire. Anubis étend les deux mains pour allonger la momie sur son lit ; l'âme, planant au-dessus de la poitrine, sous la forme d'un papillon à tête humaine, porte aux narines de la momie le sceptre el la voile gonflée, qui sont l'emblème de la respiration et de la vie nouvelle. Ayant rendu la chair incorruptible, ils lui restituèrent successivement tontes les facultés et les forces dont la mort l'avait privée. Ils portèrent même plus loin la (iction : les tableaux nous ont aussi conservé cette cérémonie :!. Ils dressèrent la momie à l'entrée du tombeau, placèrent à ses côtés une statue représentant le vivanl et feignirent de leur délier les bras el les jambes, de leur ouvrir la bouche, les yeux el les oreilles el de restituer le souille à leur poitrine et les palpitations à leur cœur. Sous l'influence de ces opérations magiques, Osiris repril vie, se réveilla de son engourdissement, recouvra tous les sens, parla, mangea, vit, entendit el se servil de ses membres
1. Mm.ii mi. Papyrus égyptiens <ln musée de />"///</</, I I. pi. \i\i\ ; Dévéria, Catalogue des Manuscrits égyptiens qui sont conservés au musée égyptien du Louvre, p. 168 169 . Maspbro, Mémoire sur quelques pain/rus du Louvre, p. Il 104.
2, Rosbllini, Monumcnti civili, pi. « \wi\, 2, En voir la repro*
«ludion dans M 18P1 RO, Histoire, t. I. p. 179
:{. ld., ii'iil., pi. cxxix, n' l; Champollion, Monuments de l'Egypte ti de la Nubie, pi. < i.wvin. En voir la reproduction dnnS MASPERO, Histoire, i. i. j>. 180,
aussi facilement et aussi librement que de son vivant. Ainsi équipé, il aurait pu revenir parmi les hommes; suivant même certaines légendes, il daigna apparaître quelquefois à ses fidèles. Mais, en fin de compte, il imita l'exemple de Râ, Schou et Sibou, quitta cette terre et se retira dans un domaine dont il avait personnellement la propriété. Les cimetières, qui servaient aux habitants de Busiris et de Mendès, portaient des noms prédestinés et suggestifs ; ils s'apelaient Sokhît Inlou, la « prairie des Souchets », Sokhît Rotpou, la « prairie du Repos»'1. Ces prairies étaient situées au milieu des marais, dans de petits îlots, à l'abri de toutes les inondations. Elles constituèrent le premier royaume d'Osiris. Ce royaume ne fut cependant pas stationnaire et immobile ; il se déplaça dans la suite, recula ses frontières, franchit les mers, fit peutêtre une halte sur la côte phénicienne et s'envola dans le ciel, où il se colloqua dans la voie lactée, entre le Nord et l'Est. Ce royaume était plus gai et moins sombre que celui des autres dieux morts : Sokaris ou Khontamentit, par exemple. Les prés dlalou étaient éclairés par le disque de la lune 2. A vrai dire, c'était un royaume de délices. La chaleur trop forte du jour était tempérée par le vent du Nord ; et les récoltes y étaient luxuriantes et
1. Lauth, Aus Aegyplens Vorzeit, p. 53 et suiv. ; Briîgsch, Dulionnaire géographique, p. Gl-02 ; Religion und Mithologie, p. 17r>-170 -, Maspero, Études de Mythologie, t. II, p. 12-16.
2. Lanzone, Dizionaric de Mitologia, pi. v. Cf. Maspero, His-
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vigoureuses !. De hautes el épaisses murailles le défendaient contre les aventuresde Sît el l'invasion des esprits malveillants2. Il y avait un palais superbe entouré de délicieux jardins, où l'on pouvait jouir cl se délassera volonté. Osiris y trônait dans le faslc el la pompe, entouré «le ses fidèles partisans; il y menait une vie douce el heureuse, à l'abri de toutes les misèresetde Ions les soucis qui avaient troublé son existence ici-bas.
Le culte des morts était un des riles fondamentaux delà religion égyptienne. On priait pour eux, el on invoquai! pour eux, dans des formules solennelles, le Dieu Grande l'Osiris de Mendès ou « Anubis, résidant au palais divin, pour qu'une sépulture soit donnée dans 1 Amentît, la contrée de l'Ouest, la 1res grande el la très bonne, au féal du Grand Dieu, pour qu'il marche sur les voies où il est hou de marcher, le féal du Dieu Grand ; pour qu'il ait des liturgies en pains, gâteaux cl liqueurs, a la fête d'Ouagait, à la grande fête du feu, à la procession du dieu M mou, à la fête des offrandes,
aux fêtes du mois el du demi-mois, el cluupie
jour ». La niche qui se trouve d'ordinaire dans les tombeaux, contienl la statue du défunt. Et ces tombeaux étaient de véritables lieux de pèlerinage, où l'on venait, à certaines époques, rendre aux morts
L. Le chapitre ex <l u Livre deê morts (édil. Naville, t. I, pl< cxxi-cxxm ; cf. Li.i'sn -. Todlenbuchi pl.xLi . en donne la description détaillée cl incline la topographie.
?. Livre des morls, chap cix (édit. Naville, 1. 1, pi. <\\. lu:. 7 ; cf. Lbpsius, Todtenbuchf pi. xxxix, chap. i<>'.\ lig. 1.
les honneurs qui leur étaient dus : « Aux jours de fête et d'offrande, quand le prêtre et la famille présentaient le banquet rituel, cette grande figure [du mort] peinte et lancée en avant s'animait tout entière à la lueur tremblante des torches et des lampes fumeuses : c'était l'ancêtre lui-même qui semblait jaillir de la muraille et apparaître mystérieusement au milieu des siens pour demander leur hommage. L'inscription du linteau répète une fois de plus son nom et son rang. Les bas-reliefs taillés sur les montants représentent son portrait fidèle et celui des personnes de sa famille. La petite scène du fond nous le montre assis tranquillement devant sa table, et même on a pris soin de graver à côté de lui le menu de son repas, depuis l'instant où on lui apporte à laver jusqu'à celui où, toutes les ressources de l'art culinaire étant épuisées, il ne lui reste plus qu'à regagner son logis, satisfait et béat. La stèle symbolisait en effet pour les visiteurs la porte qui conduit aux appartements privés du défunt: si on la clôt à tout jamais, c'est que nul vivant n'en doit franchir le seuil. L'inscription qui la couvre n'est pas seulement une épitaphe destinée à enseigner aux générations futures que tel ou telle reposait là. Elle perpétue le nom et la généalogie de l'individu et lui établit un état civil, faute duquel il n'aurait pas conservé de personnalité dans le monde au-delà ; un mort anonyme, de même <|n'un vivant anonyme, était comme s'il n'existait pas. Là toutefois ne s'arrêtaient point les vertus
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de la stèle : la prière ei les images qu'on retraçail sur elle assuraienl comme autant de talismans la subsistance de l'ancêtre dont elles rappelaient le souvenir. Elles obligeaienl le dieu qu'on implore, Osiris ou le chacal Anubis,à servir d'intermédiaire entre les survivants et celui qu'ils avaient perdu ; elles lui accordaient la jouissance du sacrifice à la condition qu'il prélevai la part de l'homme sur les bonnes choses qu'on prodigue à la divinité el donl elle vit. Grâce à lui, l'âme ou plutôt le double du pain, des boissons, de la viande, émigrail dans l'autre monde et y réjouissait le double humain. Kl celte offrande n'a va il pas besoin d'être réelle pour devenir effective ; le premier venu, répétant à haute voix la formule et le nom inscrits sur la pierre, procurait par cela seul à l'inconnu qu'il évoquait la possession immédiate de Ions le> objets donl il récitail l'é numération ' ».
Ce culte se manifeste aussi (buis le choix ei la composition du personnel desliné à eu assurer l'entretien : « Chaque particulier qui se bâtissait une maison éternelle, ou bien y attachail un personnel de prêtres du double, d inspecteurs, de scribes, d'esclaves, ou bien passail un contrai avec les prêtres d'un temple voisin, qui devaient le desservir à jamais ; des terres, prises sur son patrimoine cl qui devenaient les domaines de la maison éiernelle, les rétribuaient de leurs peines <'t leur four-