CM. XIV. — LA I'IÉTK
du danger. On s'ingéniait à embellir leurs temples d'obélisques, de colonnes d'autels, de bas-reliefs,
on y ajoutait des bâtiments nouveaux, on y réparait ou Ton reconstruisait entièrement les portions qui menaçaient ruine, on y apportait journellement des dons de toute espèce, des animaux que Ton sacrifiait sur place, du pain, des fleurs, des fruits, des liqueurs, et aussi des parfums, des étoffes, des vases, des bijoux, des briques ou des barres d'or, d'argent, de lapis-lazulj qu'on entassai! dans le trésor, au fond des cryptes. Un personnage de liant rang désirait-il perpétuer le souvenir de ses dignités ou de ses services, et procurer en même temps à son double le bénéfice de prières el de sacrifices sans fin, il déposait par privilège ! sa statue ou une stèle votive dans L'endroit du temple réservé à cet usage, une cour, une chambre, un couloir de ronde à Karnak, l'escalier d'Osiris qui montait aux terrasses dans le sanctuaire d'Abydos, puis il scellait avec les prêtres un contrat en forme par lequel ceux-ci s'engageaient à célébrer l'office en son nom devant ce monument commémorai il", un nombre invariable de l'ois dans l'année, aux jours fixés par 1 usage universel ou par la coutume locale. Il leur attribuait à cet effet des rentes en nature, hypothéquées sur des domaines patrimoniaux, ou
1. « La plupart des statues votives étaient déposées dans un temple par faveur spéciale <ïun roi, — i.m h<> îItoi ni i khIr boi i*on, — pour récompenser des services rendus... quelques stèles seulement portent cette mention : il n'j avail pas besoin (l'une autorisation du roi pour consacrer une Btèle dans un temple
parfois, s'il était grand seigneur, sur les revenus de son fief, une mesure déterminée de pains et de liqueurs pour chacun des officiants, un quartier de la victime, un vêtement, souvent aussi des terres avec leurs bestiaux, leurs serfs, leurs édifices construits, leurs instruments d'exploitation, leurs produits, les servitudes dont elles étaient grevées l » .
Les Egyptiens étaient donc un peuple essentiellement religieux et pieux. Peut-on assigner les motifs de cette piété ?
Certes, comme en toutes choses, l'intérêt y avait une grande part. On voulait obtenir la protection,, la bienveillance et les faveurs des dieux. Car les dieux étaient les distributeurs de tous les dons. Ils répondent assez souvent à celui qui leur fait des offrandes : « Je te donne la santé et la force ; je te donne la joie et la vie pour des millions d'années ». L'homme sur cette terre, en lutte avec les éléments de toute sorte qui l'entourent, se sent trop faible et a conscience de son impuissance. Broyé, pour ainsi dire, par le déterminisme des lois de la nature, il éprouve le besoin de chercher aide et secours et d'invoquer la protection des dieux. Qu'on appelle, si l'on veut, cela égoïsme ; mais c'est un égoïsme qui est inhérent à la nature humaine, et dont il est extrêmement difficile de se guérir. Cet égoïsme est le cri de la faiblesse, le cri même de la conscience aux prises avec la réalité des faits.