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CHAPITRE XVI

Analogies entre la religion égyptienne et la religion d'Israël.

Cette comparaison s'impose (huis un travail comme celui-ci, el elle s'impose au nom de l'histoire. Tout ce qui concourt à illustrer une religion, doit être mis à contribution comme un document historique. Car l'histoire comparée des religions jetle, par des rapprochements, une grande lumière sur l'étude systématique d'une religion particulière. 11 Importe donc de relever les principales analogies qui existent entre la religion de l'Egypte ancienne, telle que nous la connaissons par l'exposé que nous venons d'en faire, et la religion du peuple d'Israël, telle qu'elle est contenue dans l'Ancien Testament.

D'abord la création de l'homme. Le rédacteur jahvisle, qui anthropomorphise l'acte divin, le décrit ainsi, Genèse, II, 6 : « Le Seigneur Dieu forma donc l'homme avec du limon de la lerre : il souffla sur son visage un souille de vie, el l'homme devint vivanl el animé ». Ce récil si imagé el si

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accessible à l'imagination populaire, se rencontre presque identique dans la religion égyptienne. Nous avons vu que, suivant la plus ancienne cosmogonie de l'Egypte, le dieu Phtah avait modelé l'humanité de ses propres mains. Le dieu Khnoumou avait aussi façonné l'humanité sur le tour à potier. La ressemblance est très frappante.

L'anthropologie suit l'anthropogénie. Deux points méritent d'être signalés : la nature de l'homme et l'immortalité de l'âme.

D'après l'Ancien Testament l'homme se compose de deux substances : l'âme et le corps. Pour les Egyptiens, l'homme se composait aussi de deux parties : l'âme et le corps. De part et d'autre la représentation de l'âme tend vers la simplicité. Le nephesh biblique a toutes les chances d'être un principe simple en lui-même. Le Ka égyptien est un élément subtil, agile et volage. Israël croyait à l'immortalité de l'âme. Les Egyptiens y croyaient aussi. Ils nous ont légué surtout deux attestations de cette croyance. La première est la Scène du jugement au tribunal d'Osiris, racontée au chapitre cxxv du Livre des morts. Nous l'avons décrite avec assez de détails. La seconde nous vient des rites funéraires. On considérait le tombeau comme la demeure du défunt, où l'âme venait de temps en temps visiter le cadavre, et s'unir à lui pour y vivre d'une vie semblable à celle qu'elle avait vécue sur la terre. L'embaumement du cadavre était une pratique de cette croyance. Qu'on y ajoute

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les pérégrinations de l'âme dans l'autre vie, et l'on aura une nouvelle preuve de cette croyance

L'archéologie religieuse constate aussi des points de ressemblance. L'arche, qui était le centre du culte d'Israël (huis sa vie errante, avait élé construite sur le modèle d'un naos égyptien. Le^ dunes, dues au temple et à la caste lévitique, étaient une importation égyptienne. Les analogies relatives aux rites et aux cérémonies du culte sont bien plus nombreuses. Les Égyptiens connurent et pratiquèrent la circoncision, un des rites fondamentaux des Hébreux. Hérodote nous l'affirme ' et la plupart des égyptologues le reconnaissent. 11 est vrai que jusqu'à présent on n'a pas trouvé de mot absolument précis pour désigner la circoncision. Le page- Henouf avait rapproché le mot égyptien naaqer du copte nouqer qui peut signifier « circoncision » : malheureusement ce rapprochement était dû à une fausse lecture ; le mot égyptien, qu'il avait lu naaqer, doit se lire ââqer. Si de la circoncision nous passons au sacrifice, nous constaterons sans difficulté que la théorie en était presque la même chez les Hébreux et les Egyptiens. Nous axons vu que le roi, en Egypte, était à l'origine le véritable sacrificateur, qu'il allait aux champs chercher la victime, la liait, ['égorgeait, en brûlait une partie à

1. II, civ. L'historien grec <nt que <lr ions les peuples, seuls les Colcbides, avec les Égyptiens et lèa Éthiopiens, pratiquaient la circoncision dès les Lemp9 les plus anciens. Les Phéniciens elles Syriens, habitant la Palestine, reconnaissent avoir reçu la circoncision «les Êgj ptiens.

la face de l'idole, et distribuait le reste aux assistants. Les mêmes procédés se retrouvent facilement en Israël. Chez les Egyptiens le sacrificateur, nous l'avons vu encore, était astreint à une grande propreté matérielle. Nous connaissons d'autre part les ablutions auxquelles se livraient les prêtres d'Israël. Les vêtements des prêtres et des lévites hébreux étaient une reproduction de ceux des prêtres égyptiens. L'éphod, le pectoral, la couronne et le méhil du grand prêtre, les vêtements des lévites, l'étoffe même des vêtements sacerdotaux, tout était un emprunt fait à l'Egypte1. Les formalités du sacrifice étaient également semblables. Mêmes détails des deux côtés, même formalisme, mêmes minuties dans les cérémonies du culte. Depuis certaines cémonies imposantes jusqu'aux prescriptions qui règlent les moindres actions, on constate beaucoup de ressemblances et parfois la même signification symbolique. En Egypte, comme en Israël, tout était prévu, minutieusement réglé d'avance : l'espèce, le poil, la couleur, l'âge de la victime, la manière de ramener au lieu du sacrifice, de lui lier les membres, tous les détails de l'abattage, du dépeçage. On dirait que les deux Rituels, à quelques différences près, avaient été conçus et rédigés par le même auteur. La hiérarchie sacerdotale elle-même présentait les plus fortes analogies. Au sommet de la

1. Voir, pour plus de détails, V. Ancessi, L'Egypte et Moïse, première partie, Les vêlements du Grand Prêtre et des Lévites, Paris, 1875.

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hiérarchie sacerdotale de L'Egypte on trouve un grand prêtre, qui seul jouissait du privilège <!«' p'énétrer dans le sanctuaire et d'y contempler le dieu face à face. En Israël aussi, seul le grand prêtre pouvail pénétrerdans le sain! des saints. Au-dessous du grand prêtre il y avait une multitude de prêtres de rang inférieur. Toute cette hiérarchie était appliquée au service des temples. La hiérarchie aarpnique et lévitique des Hébreux nous apparaît avec les mêmes cadres et les mêmes attributions.

Les fêtes revêtaient en Egypte les mêmes caractères et présentaient la même périodicité que chez les Hébreux. Le chapitre consacré au culte, permet de le constater sans de nouveaux commentaires. Les Egyptiens célébraient les grands événements de l'année. Leurs l'êtes étaient principalement agricoles et aussi astronomiques, parce qu'ils avaient remarqué une correspondance, une coïncidence entre les grandes époques de l'année agricole et certains phénomènes sidéraux. Les derniers liavaux permettent même «le combler une lacune. La mythologie égyptienne, telle qu'on l'avail étudiée pendanl bien longtemps, ne faisait aucune mention

expresse de dieux agraires, aujourd'hui on ne doute

plus qu'Osiris, un des principaux personnages de celle mythologie, ail élé un dieu agraire '. La vie champêtre conditionnait «loue le calendrier égyptien. Or il est aujourd'hui certain que le-, trois

1. .1. l.ivv, dans Année sociologiquet i. VII, p. 322, à propos da VOsiris végétant <!»' A. Wiedemann.

grandes fêtes des Hébreux, auxquelles on se plaisait autrefois à attacher un but mystique, étaient des fêtes agraires. D'ailleurs les peuples agricoles ne semblent avoir jamais connu des fêtes d'une autre sorte. La végétation de la terre frappait leurs regards et absorbait les pensées de leur esprit. Ils y concentraient leur vie et en célébraient, par des fêtes, les grandes phases. Les Egyptiens et les Hébreux se rencontraient sur ce terrain.

Il est peut-être permis de dire que les Hébreux empruntèrent aux Egyptiens leurs principales fêtes. Le séjour des Hyksos en Egypte ne fut ni une promenade archéologique, ni une excursion. Ils y séjournèrent assez longtemps et durent se mêler d'assez près aux indigènes du pays. Il se fît, nous Pavons vu, des échanges. Les Egyptiens introduisirent dans leur panthéon des dieux étrangers ; mais de leur côté les Asiatiques ne durent pas manquer de faire des emprunts au culte égyptien. Il est impossible qu'ils aient séjourné longtemps au milieu des Egyptiens sans se pénétrer, à un degré quelconque, de leurs usages, de leur genre de vie, de leurs idées religieuses et de leurs rites. Et si, par ailleurs, on constate des analogies entre les deux Rituels, on est presque obligé de conclure à un emprunt, à moins qu'on ne préfère voir dans ces fêtes semblables une survivance de Page primitif, survivance qui se retrouve plus ou moins chez tous les peuples. Quelle que soit, de ces deux hypothèses, celle que l'on embrasse, le point de vue religieux

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n'en est nullement modifié: de grandes ressemblances existent entre les rites égyptiens et les rites hébraïques. On a le devoir de le souligner d'autant plus que ce point se rattache directement à l'étude comparée des religions.

Les lecteurs de cet ouvrage connaissent assez l'Ancien Testament pour pouvoir achever le tableau des analogies rituelles. Il serait superflu de relever tous les détails, d'autant plus que nous tomberions inévitablement dans des redites. 11 sera peut-être permis de se livrer à des considérations philosophiques, capables d'éclairer les origines de tous les rites religieux. Sur ce sujet, nous avons déjà exprimé notre pensée.

Lorsqu'on remonte le cours de révolution religieuse, et que l'on approche de la source, on ne doit pas être surpris d'y découvrir des éléments communs et identiques. La psychologie religieuse, comme toutes les autres psychologie^, est partout La même. Elle évolue, en obéissant pourtant à certaines lois très simples parce que fondamentales. De même que l'humanité paléoniologique a traversé partout, dans le domaine Industriel, à peu près les mêmes phases: l'âge de la pierre, l'âge du fer, l'âge du bronze, qui sont, autant d'étapes de ses progrès, de même elle a parcouru les mêmes formes rituelles dans le domaine religieux. Il semble exister un parallélisme étonna ni entre les diverses évolutions de l'âme humaine. Dans tontes les sphères où elle évolue, elle parcourt, sa carrière, emportée par le

mouvement ascensionnel de ses énergies, et s'achemine continuellement vers le terme final en laissant cependant sur sa marche des traces de toutes les phases qu'elle a parcourues. Ces traces, quel'histoire enregistre, sont le témoin de ses conquêtes successives. L'humanité se perfectionne toujours par son travail et par l'épuration de ses idées.

Ceux qui ont cette conception du passé et qui appliquent aux phénomènes religieux, comme à tous les autres, la grande loi de l'évolution, trouvent naturel que les premiers pas des Egyptiens et des Hébreux dans la carrière religieuse, se ressemblent par quelque côté. Ces ressemblances ne sont, à tout considérer, que le résidu indélébile de l'âme humaine. Et ce résidu persiste, quel que soit le secours extérieur qui vienne compléter le travail de la raison, et lui apporter des lumières qu'elle ne saurait se procurer par ses propres forces, qu'elle ne soupçonne même pas. Et ce résidu c'est le travail naturel de la raison, qui est, lui aussi, un don de Dieu.

Si donc on constate un parallélisme assez sensible entre les formes rituelles de la religion égyptienne et celles de l'Ancien Testament, il ne faut y voir qu'une des nombreuses manifestations de l'esprit humain dans sa marche vers l'idéal, vers le parfait. Le domaine religieux est très complexe, le plus complexe de tous. Rien donc d'étonnant que l'esprit humain, en évoluant dans ce domaine, passe par une série de formes très nuancées et reproduise

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partout les mêmes phénomènes. Le contraire serait étonnant, car, il prouverail que l'esprit, en face des idées religieuses, marche à l'aventure sans suivre une courbe rationnelle el forcémenl déterminée dans une certaine mesure. Le produit religieux de l'esprit humain doit avoir chez Ions les peuples des éléments identiques, parce que ce produit tient à des causes identiques et a été peut-être élaboré dans des circonstances semblables. Constater ces ressemblances entre les religions, ce n'est donc autre chose que constater l'identité fondamentale de l'esprit et certaines lois générales auxquelles il ne sa ui-ait se soustraire dans son fonctionnement .

Si je me suis arrêté un peu sur ce sujet, c'est pour montrer combien il est naturel que les rites des deux religions: l'égyptienne et la juive, aient entre eux des points de ressemblance. En laissant de côté les communications ethnographiques, qui amènent des échanges el des infiltrations, les seules lois psychologiques suffiraient à expliquer ces ressemblances. Nous ne sommes pas trop entrés dans les détails de l'analyse, car les Faits sont connus de tout le monde. Nous avons préféré attirer l'attention sur ce qu'on pourrai! appeler leur raison d'être, (mi d'à ni res termes, sur leur explication scientifique.

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