‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 32 sur 220 · II. — LA MAISON ROYALE · texte numérisé non relu

II. — LA MAISON ROYALE

Etudions maintenant Les divers organes du corps social, les divers rouages qui en assuraient le fonctionnement. Le roi, le pharaon est au sommet de l'édifice ; il est le personnage le plus important, le centre de la vie égyptienne. Nous réservant de parler plus tard du culte qu'on lui rendait, nous nous bornerons à examiner ici son côté humain. Dans l'intimité de sa famille, le roi menait une vie simple. Il est bon avec ses femmes et ses enfants. 1 1 s'intéresse à ses serviteurs, et lorsqu'il est coulent d'eux, il leur donne des marques de bonté el de

familiarité. Le Pharaon Shopsiskaf dispense son gendre Shopsisphtah de flairer la terre devant lui, et Papi I(r accorde à Ouni le droit de garder ses

sandales dans le palais. Il se plaît quelquefois à

plaisanter avec eux et à faire ressortir leurs petits travers. Il ne repousse pas le> joies et les fêtes ; il aime boire, à tel point qu'il lui arrive quelquefois de s'enivrer et d'oublier les soucis du gouverne-

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ment. Il passe une grande partie de son temps à chasser les fauves au désert. C'est même là une de ses prérogatives. Pendant les dix premières années de son règne, Amenôthès III avait tué jusqu'à cent deux lions. 11 est aussi assez souvent en guerre, notamment contre les Nubiens, contre les Libyens, contre les Bédouins. Quelquefois aussi, il est occupé à réprimer les mouvements turbulents de quelque seigneur de sa féodalité. Il voyage fréquemment à travers son royaume, et laisse au milieu des populations des souvenirs de son passage. Son prestige y gagne, car il apparaît à ses sujets comme Toumou qui se lève pour réprimer les désordres et les injustices de toute sorte. Il s'occupe de tout, répare ou agrandit les monuments, règle la répartition des charges ou de l'impôt, tranche les procès et les différends qui s'élèvent entre ses sujets, et leur accorde même des pensions sur ses revenus.

Les audiences qu'il accorde à ses sujets sont nombreuses et absorbantes ; car, pour un rien, pour le plus léger tracas, on accourt au palais. Les suppliques pleuvent de toutes parts et l'assaillent lorsqu'il sort du palais. La vie du Pharaon est donc très occupée. Et pourtant il a, lui aussi, des heures de tristesse et d'ennui. Il ne jouit pas du bonheur parfait. 11 a besoin de se distraire, de se détendre l'esprit, et alors il se fait raconter des histoires, ou se livre à des divertissements, qui n'ont rien de la gravité royale. De temps en temps, par jalousie ou

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par dépit, il se laisse aller à des actes de cruauté. Un simple caprice de sa part coûtai! la vie ;'i quelqu'un de ses sujets. Un sorcier prétend avoir le secret de ressusciter les morts. Le Pharaon Kbéops l'ait trancher la tête à un prisonnier pour tenter l'expérience. Sa colère s'allumail facilemenl el n'épargnait personne. Aussi une locution populaire disait-elle que Sa Majesté devenait furieuse comme une panthère. Les monarques orientaux n'onl d'ailleurs jamais échappé à des excès de cette nature.

La famille ou plutôt la maison du roi étail nombreuse, car elle embrassaitun personnel de divers ordres. 11 y avait d'abord le harem. Les femmes, qui le composaient, appartenaienl à la haute société. Quelquefois, c'étaient les filles ei les sœurs de rois vaincus, emmenées comme otages en signe de soumission de leurs contrées. Les femmes du harem ne jouissaient pas toutes des mêmes faveurs. Il y avait parmi elles des privilégiées. Les unes — et c'était le plus grand nombre — demeuraienl toute leur vie de simples concubines ; d'autres, plus heureuses, s'élevaient au rang d'épouses royales : une enfin devenait grande épouse ou reine. Cette dernière était ordinairement une princesse de sang royal, une fille de Hà, et, autant que possible, une sœur même du Pharaon. Elle possédait, à l'instar de son mari, sa maison royale, composée de serviteurs de tout. rang. Elle jouissail d'une pleine liberté, par contraste avec les autres femmes, qu'on séquestrait dans les différentes pièces du palais.

Son protocole est très majestueux : elle est la « suivante de l'Horus vivant », l'« associée au Seigneur du Vautour et de l'Urœus », la « très douce », la u t rès louable », celle qui « voit son Horus ou l'Horus et le Sit lace à face ». En qualité d'épouse du roidieu, elle est reine-déesse et accomplit toutes les fonctions de sa charge. Comme toutes les femmes, d'ailleurs, elle était très experte dans Fart de la magie. Lorsque le roi offre le sacrifice, la reine est là qui le protège par ses incantations contre les mauvais dieux, qui voudraient distraire le célébrant et rendre sa cérémonie moins efficace. La reine les met en fuite par la prière et le son du sistre. Elle présente les parfums et les fleurs et verse les libations. Elle assiste aux audiences du roi, et, lorsque ce dernier est absent, elle remplit les fonctions de régente. Le veuvage, si déconsidéré chez les peuples orientaux, ne la disqualifiait pas complètement. Si le trône avait un héritier mineur, la reine exerçait la régence jusqu'à sa majorité. Si elle avait été stérile, et que l'enfant d'une autre femme montât sur le trône, elle s'unissait souvent à lui par le mariage et conservait son titre et ses attributions de reine ; aux débuts de la ive dynastie, la princesse Mintîttefsi fut successivement épouse de Snofroui et de Khéops. Mais le plus souvent, elle était reléguée dans la retraite et ne conservait, du moins à partir de la xvm« dynastie, que son titre d' « épouse divine ».

Le roi avait une nombreuse postérité. Le harem

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y pourvoyait. Certains Pharaons eurent une petite armée d'en fa ni s. L'histoire connaît à Ramsès II plus de ce ni cinquante enfants. Tout comme leurs mères, les fils du roi ne jouissaienl pas tous des mêmes privilèges. Si tous avaient, par leur descendance paternelle, du sang divin dans les \ eines, ceui qui se rattachaient, même du côté maternel, à la ligne solaire, l'emportaient naturellement sur les autres. Ces derniers étaient les héritiers du trône, et, tan! qu'il y en axait un seul en vie, aucun des autres enfants ne pouvait prétendre au pouvoir. La plupart des princesses, ne pouvant devenir reines, épousaient un haut personnage. Mlles étaient déesses d'Hâthôr et de Nit. A leur loin-, les plus favorisés d'entre les princes épousaient la fille d'un seigneur féodal et entraient ainsi en possession de ses droits. Les autres demeuraient à la cour, où ils occupaient des postes élevés dans les travaux publics, l'armée et le sacerdoce. Ce harem, bigarré et complexe, était le théâtre d'intrigues continuelles : la jalousie et la haine y régnaient. Lorsque la succession était virtuellement ouverte, les compétitions se donnaient, plus «pie jamais, libre cours. C'étaient des complots el des drames de palais, dont les cours orientales sont coutumières, et auxquels les cours occidentales elles-mêmes n'ont pas toujours échappé. nous connaissions par le menu L'histoire Intérieure de l'Egypte, (die nous apparaîtrait aussi tourmentée et aussi sanglante que celle des autres empires orientaux : les intrigues di' harem, les conspira-

tions de palais, le meurtre des enfants, les déchirements et les rébellions de la famille royale y formaient l'accompagnement presque inévitable de tout avènement » *.

On s'imagine qu'un simple palais ne suffisait pas à loger tant de monde. Il fallait toute une cité. Les pharaons l'avaient en effet : un vaste espace entouré d'un mur en briques couronné de créneaux, pour en assurer la défense. L'ennemi qui osait pénétrer dans cette enceinte, s'exposait à y être broyé. Les appartements du roi avaient des galeries sur la façade, d'où le souverain assistait à toutes les parades. Lorsque les visiteurs, d'où qu'ils vinssent et quel que fût leur rang, arrivaient au pied de l'édifice, ils se prosternaient et adoraient le monarque avec force cérémonies. Du haut des galeries, le maître leur jetait lui-même ou leur envoyait par ses ministres des dons et des présents. Les textes ne nous apprennent pas grand'chose sur l'intérieur du palais. Ils mentionnent cependant des salles « semblables à la salle d'Atoumou dans le ciel », où le Pharaon traitait les affaires importantes ou présidait à des fêtes somptueuses. Les appartements privés du roi, Vâkhonouîti, étaient séparés de ces salles, mais ils communiquaient avec ceux de la reine et le harem, où se trouvaient des kiosques, souhît. Les « Enfants royaux » habitaient aussi, avec leur domesticité, dans des appartements particuliers. Sinouhît reçut une «Mai-

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