Maspero, Éludes égyptiennes, t. I, p. 179 iS(l
RELIGION DBS I '•> PTII NS. I.
et varié. 11 y a d'abord les gens qui entourent immédiatement sa personne, les Shonttiou, les « gens du cercle », les Qonbiiiou, les « gens du coin ». La personne du Pharaon est complexe. Il se divise en des aspects multiples, dont chacun exige une hiérarchie de fonctionnaires et d'employés. La toilette vient en premier lieu. Il a des coiffeurs, des barbiers ; nous connaissons par les textes des « inspecteurs des fabricants de cheveux du roi ». Il a aussi des valets qui soignent ses ongles, d'où l'office de « directeur de ceux qui font les ongles du roi ». Des parfumeurs de toute espèce, d'où le titre de « parfumeur des huiles parfumées du roi et de la reine ». Sa garde-robe exigeait aussi un personnel nombreux : tailleurs, cordonniers, ceinturiers. Les blanchisseurs royaux venaient à leur tour, suivis par ceux qui étaient préposés à la garde des bijoux. L'office le plus délicat était celui qui . concernait les couronnes. La reine a à son service à peu près le même personnel. Toute une troupe de musiciennes, de chanteuses et de danseuses était chargée de dissiper les heures d'ennui ; il y avait ainsi la « directrice des joueuses de tambourin et des chanteuses » . Plus nombreux encore était le personnel de bouche. Le roi était en effet obligé de nourrir tous les gens de sa maison et même toutes les personnes qui, pour un motif ou un autre, venaient au palais. Il y avait là un sentiment de justice et de solidarité. Le plus humble des paysans qui venait demander justice au Pharaon était nourri à
CIL II — ÉTAT SOCIAL DE l/ÉGYPTE "»1
ses frais. On voyail défiler des bouchers, des pâtissiers, des pannetiers, des confiseurs, des fabricants
de confitures.
Cette troupe de serviteurs avait des chefs, qui appartenaient quelquefois à la noblesse. Us vh aient dans une intimité plus ou moins grande avec le roi. Les lexles nous parlent des « connus du roi », rokhon souton et de ses simples « amis >>. Samirou. Quelques-uns de ces chefs 'avaient même toutes les faveurs et toute la confiance du roi. Aus>i se disaient-ils avec ostentation « Maîtres du secrel de toutes les paroles royales ». Ils avaient souvent des privilèges : ils pouvaienl garder leurs sandales dans le palais ; ils baisaient les genoux du roi. tandis que le commun di^ hommes ne baisail <|ue ses pieds ; ils revêtaient la peau de panthère, d'où le titre de Oirou bousît, « grand de ta peau de panthère ». On distinguait aussi les médecins du roi, les scribes ou « hommes au rouleau », Khri-habi. I les derniers étaient les plus considérés. On les proclamait les <( maîtres des secrel s du ciel », ceux qui savent ce qu'il y a au firmament, sur la terre el dans Tlladès, qui connaissent Ions les secrets des magiciens et des devins. Tenti porte le titre « d nomme au rouleau en chef..., supérieur des BC crels du ciel,. qui voit le secret du ciel ». Us possédaient l'art d'interpréter tous les événements de la vie. Certains jouissaient du pouvoir de faire des miracles. La littérature populaire est remplie de leurs merveilles. Khéops demande à l'un d'eux :
« Est-il vrai que tu saches rattacher une têle coupée ? » et, sur sa réponse affirmative, le monarque ordonne : « Qu'on m'amène un prisonnier de ceux qui sont en prison, et qu'on l'abatte ». Le scribe s'écrie : « Non, non, pas d'homme, Sire, mon maître ; n'ordonne pas qu'on commette ce péché ; rien qu'un bel animal ! » On apporte une oie « à qui l'on trancha la tête, et l'oie fut posée à main droite de la salle et la tête de l'oie à main gauche de la salle : il récita ce qu'il récita de son grimoire, l'oie se mit à sautiller, la tête fit de même, et quand l'une eut rejoint l'autre, l'oie commença à glousser. On apporta un pélican : autant lui en advint. Sa Majesté fit amener un taureau, dont on jeta la tête à terre : le sorcier récita ce qu'il récita de son grimoire, le taureau se releva aussitôt et il lui rattacha ce qui était tombé à terre » 4. Les grands et les rois eux-mêmes s'initièrent à la science de la magie que les Egyptiens tenaient en haute estime. Deux Pharaons, Néchepso et Nectanébo, jouirent même dans l'antiquité d'une grande réputation comme magiciens.
Le roi possédait de vastes domaines qui demandaient aussi un nombre considérable de fonctionnaires, ordinairement désignés par le titre khonou. 11 est clair que le roi ne pouvait pas gérer par luimême tous ses domaines et qu'il était obligé de faire appel au concours des autres. Lui-même