VII. — LA FAMILLE
Les maisons égyptiennes étaient assez simples. Celles des bourgeois avaient un certain luxe. Celles des pauvres étaient tout à lait primitives. Klles n'avaient en général quedeux pièces, et quelquefois, une seule. Toute la famille, quelque nombreuse qu'elle fut, y logeait pêle-mêle, comme elle pouvait. Elle passait l'hiver à l'intérieur, à côté du bétail, car la maison servait aussi d'étable. En été, on employait des procédés plus expéditifs, et l'on passai! la nuit sur le toit. La douceur du climal permettait sans doute de coucher à la belle étoile, niais la santé s'en ressentait, car on contracta il A^s maladies de ventre et d'yeux, douloureuses el tenaces. Le mobilier de ces maisons étail eu rapport avec le logis. En guise de lits, on avait des cadres bas, analogues aux angarebs des Nubiens actuels, ou des nattes qu'on roulail pendant le jour pour dégager la maison. La nuit, on se couchait tout babillé sur ces milles en appuyant la tête sur un chevet de bois ou de terre cuite. Deux sièges tout au plus, en pierre, quelques tabourets, des coffres
pour les outils et le linge, des pois à parfum, I a|>-
pareil à faire le feu, se composant de petits bâtons et d'un archet pour les mettre en mouvement, enfin un peu de vaisselle en bronze ou en argile, composaient tout le mobilier des maisons ouvrières.
La vie de l'époux et de l'épouse était partagée en deux. A l'homme les travaux du dehors, à la femme ceux du dedans. L'homme en effet passait toute la journée au dehors et ne rentrait le soir à la maison que pour y prendre son repas et pour y dormir. La femme vaquait aux occupations intérieures, sauf dans les maisons des riches, où elle était remplacée par des esclaves. On peut s'imaginer quelles étaient ses occupations, par ce qui se passe, même aujourd'hui, dans nos campagnes. « Elle file, elle tisse, elle taille et raccommode les vêtements, court à l'aiguade et aux provisions, cuit le dîner, fabrique le pain de la journée. Elle répand quelques poignées de grain sur une dalle oblongue, creusée légèrement à la face supérieure, puis les écrase avec une pierre plus petite en forme de molette, qu'elle mouille de temps en temps. Une heure et plus, elle peine des bras, des épaules, des reins, de tout le corps : l'effort est grand et le résultat médiocre. La farine, ramenée à plusieurs reprises sur le mortier rustique, est lourde, inégale, mélangée de son et de grains entiers qui ont échappé au pilon, souillée de poussière et d'éclats de pierre. Elle la pétrit avec un peu d'eau, y incorpore en guise de levain un morceau de pâte rassise de la veille et en façonne des galettes rondes, épaisses
Cil. II. — ÉTAT SOCIAL DE L'EGYPTE 71
comme le pouce, larges d'environ dix centimètres, qu'elle étale sur un caillou plat et qu'elle recouvre de cendre chaude. Le pain, mal levé, souvenl mal cuit, emprunte au combustible animal sous lequel il est resté enterré, un fumet particulier H un goûl sûr auquel les étrangers ne s'accoutumenl pas sans peine. Les impuretés qu'il contient triomphent à la longue de la denture la plus solide: on le broie plus qu'on ne le mâche, et il n'est pas pare de rencontrer des vieillards dont les dents se sont usées graduellement jusqu'au ras des gencives, comme celles d'un ane ou d'un bœuf hors d'âge » '.
La maison égyptienne, du moins celle du pauvre, servait aussi de tombeau. « L'usage en effet, au moins parmi le peuple et chez les gens de la classe moyenne, était d'enterrer au milieu de la maison, les enfants morts à la mamelle. On enfermait le petit cadavre dans un vieux coffre à outils ou à linge sans se donner la peine de l'embaumer, et l'on y déposait avec lui ses jouets favoris el des amulettes : souvent deux ou trois bébés se partageaienl une même caisse » 2. La vie du pauvre égyptien s'écoulait tout entière dans de pareilles maisons.