‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 46 sur 220 · VIII. — LA POPULATION RURALE · texte numérisé non relu

VIII. — LA POPULATION RURALE

La population rurale vit disséminée dans des villages, espacés les uns des autres. Si l'on excepte quelques maisons d'assez bon aspect, qui appartiennent aux familles aisées, ces villages n'étaient qu'un amas de chaumières en briques, sans aucun confortable, aux dimensions étroites, entourées des quelques bâtisses plus pauvres encore, où l'on loge la basse-cour et les provisions. Les villages égyptiens étaient composés d'indigènes de condition inférieure et d'esclaves dont la plupart venaient de l'étranger. Les esclaves atteignaient quelquefois un nombre considérable. Un seul exemple suffira à le prouver. Dans l'espace d'une trentaine d'années, Ramsès III en donna 113.433 aux seuls temples. Le maître, le nib, avait sur ses esclaves un pouvoir absolu et discrétionnaire. Il n'y avait pour eux aucun espoir de recouvrer la liberté. La servitude était à vie. Ils travaillaient uniquement pour leurs maîtres sans recevoir aucune rémunération. Les texl es mentionnent « les esclaves royaux »,souliou, qui appartenaient quelquefois à la haute classe. Un des princes battus par l'éthiopien Piônkhi Miamoun était « un des esclaves royaux qui payent une redevance en nature au trésor royal ». Beaucoup de ces esclaves se mariaient sur place et s'attachaient définitivement au pays. Ils se multipliaient même

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rapidement et avaieni de nombreuses familles '. I les esclaves, attachés à la glèbe, perdaienl toute «lignite humaine. On en usait comme on voulait et on les changeait comme la glèbe même. Dans les textes et les inscriptions ces serfs, mirîliou, sonl énumérés entre les champs et les bestiaux, qui composent le patrimoine d'un seigneur ou d'un temple. Ramsès II donne au temple d'Abydos « un apanage en terres cultivées, en serfs mirîliou, , en bestiaux . Le scribe Anna voit clans son tombeau « les é ta blés des taureaux, des bœufs, des veaux, des vaches nourrices, ainsi que les serfs de la main morte d'Anion ». Ptolémée Iep rend au temple de Bouto « les domaines, les bourgs, les serfs, les labours, les eaux, les bestiaux, les oies, les troupeaux, toutes les choses » que Xerxès avait enlevées à Khabisha. On avait même généralisé l'expression pour l'appliquer aux peuples vaincus el soumis. Thoulmosès III disait: « Je fais (pie l'Egypte soil un*4 suzeraine, hirit, à qui loute la terre esl serve, mirîlou ». Les seigneurs de ces esclaves les logeaient soit dans des dépôts aliénant à leur résidence, les ârrîiou el les pi-habou, des sortes d'ergastules, dans des conditions misérables, ><>il dans des villages, qu'ils fondaienl exprès el qui devenaient des colonies de serfs.

Les cultivateurs libres avaieni un sorl meilleur, bien qu'assez dur el pénible. A peu de chose près,

l. On comprend la réflexion du Pharaon égyptien à propos des enfants d'Israël, Exod. i, (.'.

ils étaient ce que sont les fellahs de l'Egypte moderne. Les uns, ne possédant presque rien, se louaient comme valets de fermes. D'autres, plus hardis, louaient les terres du seigneur ou le fief d'un soldat, dont ils assuraient l'exploitation. Les plus heureux enfin acquéraient véritablement des domaines, dont ils pouvaient disposer librement. Les textes font allusion à cette classe de cultivateurs. Le prince de Mihît, Amoni, disait que « les maîtres de champs devenaient maîtres de toute espèce de biens ». Ils étaient obligés de payer un impôt foncier en proportion avec l'importance des terres qu'ils détenaient.

Les paysans étaient l'objet de toute sorte de vexations de la part des seigneurs. « Rien n'empêchait le mauvais prince ou l'officier prévaricateur de ruiner et de maltraiter à sa guise le peuple auquel il commandait. Un ordre de lui, et les corvées s'abattaient sur les propriétaires d'un bourg, leur enlevaient leurs esclaves, les obligeaient à laisser leur fonds inculte ; dès qu'ils se déclaraient impuissants à s'acquitter de leurs contributions, la prison s'ouvrait pour eux et pour leurs familles. Une digue coupée, une rigole détournée privaient d'eau un canton : la ruine venait prompte et inévitable pour les malheureux qui l'habitaient, et leurs biens, confisqués par le fisc en règlement de l'impôt, passaient à vil prix aux mains du scribe ou de l'administrateur malhonnête. Deux ou trois années de négligence suffisaient presque à détruire un ré-

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seau d'irrigation : les canaux s'envasaient, les \e\ s'écroulaient, la crue ou ne montai! plus sur les terres, ou s'y répandait trop tôt, el y séjournait trop longtemps. La famine suivait bien toi avec ^<>n cortège de maladies : hommes et bêtes mouraient à la centaine, et ce n'était pas trop du labeur de toute une génération pour rendre au pays sa prospérité » L

Les précautions cpie prennent les seigneurs à célébrer leurs vertus, leur douceur, leur bonté el leur sollicitude, montrent à leur manière combien leur administration était dure pour leurs sujets. C'est un contraste qui permef au psychologue d'entrevoir le dessous des choses et de pressentir la réalité des faits. Rien de plus touchant que les protestations des seigneurs. Chacun d'eux se proclame <( le bâton d'appui des vieillards, La nourrice des enfants, l'avocat des misérables, l'asile qui réchauffail ceux qui souffraient du froid dans Thèbes, le pain des ai'lligés qui jamais ne iil défaut ;>. la ville du midi ». Mien n'échappai! à leur sollicitude. « Il n'y a pas d'enfanl mineur que j'aie plongé dans le deuil ; il n'y a pas de veuve que j'aie dépouillée : il n'y a pas de cultivateur que j'aie chassé : il n\ a pas de chef d'ouvriers à qui j'aie pris des geus pour les travaux publies; il n'y a eu ni misérables en

mon lieu, ni a (Ta mes (Mi mon temps. S'il survenait des

années de disette, comme j'avais labouré toutes les

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