‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 53 sur 220 · X. — l'organisation judiciaire · texte numérisé non relu

X. — l'organisation judiciaire

A proprement parler, il n'y avait pas en Egypte, pas plus d'ailleurs que chez les autres peuples sémitiques, d'organisationjudiciaire régulière, comme on en a dans les nations modernes. La justice

L Maspero, Histoire, t. I, p. 335-336.

Cil. II. — ÉTAT SOCIAL DE [/EGYPTE

n'était pas une branche administrative distincte. Elle était aux mains du pouvoir politique; elle était exercée par lui. Cette fonction se concentrai! entre les mains de n'importe quel chef : militaire ou civil. Quiconque, dans une province ou dans une ville, exerçait le droit de gouverner, était par le l'ail même investi de l'autorité judiciaire. La procédure n'avait rien de l'appareil moderne. Elle était lonl à la l'ois plus simple et plus expéditive. En certains jours du mois, le chef s'asseyait à la porte de la ville ou de sa résidence pour entendre les différends qui s'élevaient entre ses sujets et rendre la justice. Toutes les notabilités du pays ou de la localité pouvaient prendre place à côté de lui comme assesseurs. C'étaient les qonbîtiou, les « gens «le l'angle». La cause entendue, le juge portait sa sentenecet tranchaitle litige. Tout se faisait en quelques instants; il n'y avait pas d'appel possible contre le jugement. Quelquefois, pour faciliter la recherche de la vérité et couper court aux discussions, on employait le bâton. On prétait toujours serment sur la faveur des dieux ou la vie du roi. Les peines variaientdansune large mesure: la prison, l'amende, la bastonnade étaient relativement légères ; on les employait contre les petits crimes. Les délits grai es étaient punis des travaux forcés dans les mines d'Ethiopie ', de la perle des oreilles et «lu ne/.

1. Diodore, III, \n-\iv ; Agatharchide, De mari Erytl x\iv-wi\, dans Mûller-Didot, Frag, Geogr, Grec, t. Le 124 L2fc v. Diodore, I, lx, lxxviii, (cf. Hérodote, h. ccxii .

de la mort de diverses manières : par la décollation *, par le pal. La femme adultère montait au bûcher -. Les criminels de haut rang obtenaient l'autorisation de se faire justice eux-mêmes et de remplacer le supplice par le suicide. Ils mettaient donc fin à leurs jours. On estimait que le suicide était moins humiliant que le supplice imposé par autrui.

Le plaignant, surtout le pauvre fellah, n'avait aucune chance d'obtenir justice. Comment y réussir, quand on paraissait devant un tribunal où le même individu était juge et partie ? Car le fellah avait toujours à se plaindre de ceux qui le pressuraient et ceux-ci étaient toujours ses chefs, des personnages appartenant à l'administration. Le paysan avait la ressource d'en appeler au Pharaon ; mais ce n'était là qu'une duperie. Comme il s'attaquait à plus fort que lui, la décision du roi confirmait et, bien souvent, aggravait le premier jugement. Pour éviter ces perspectives, et surtout de longues démarches et des procédures compliquées, on se résignait à son sort, on se soumettait à la première sentence, et c'était encore le parti le plus avantageux. Le pauvre paysan était en définitive exploité, pressuré par tout le monde. Il était soumis à tous les degrés de l'administration, à partir du plus bas jusqu'au plus élevé. Tous pesaient sur lui, et il n'y

1. La strangulation était aussi connue, Gen., xl, 19, 22 ; xli, 13.

2. Hérodote, II, cxi ; cf. Maspero, Les contes populaires, 2 édit p. 63,

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avait aucun moyen de se défendre. Les simulacres de justice, qu'on exerçait à son égard, ne remédiaient jamais à son état. Après comme avant, il était dans les mêmes conditions ; el si les Pharaons protestaient de leur sollicitude pour la basse classe, ce n'était qu'une manière de se décerner des élogeset un brevet de probité administrative. L'étal politique de l'Egypte condamnai! le fellah à être un esclave perpétuel. Les complications administratives l'enserraient comme dans un réseau. Il ne se détournait d'un côté que pour tomber dans un autre encore plus dur ; il s'échappait à une misère que pour en rencontrer une autre. Telle qu'elle nous apparaît dans les textes, sa vie étail matière à exploitation. Il était livré à toutes les influences toules les oppressions, et s'il se permettait de faire entendre des plaintes, il n'avail aucune chance d'améliorer son sort. Aussi en prenait-il son parti et acceptait-il tous les mauvais traitements, auxquels il était en butte, avec résignation et même avec un certain plaisir, car les plaisanteries des paysans entre eux, que les textes se son! plu à enregistrer

dans bien des circonstances, ne sonl que l'indice

de cel étal d'âme.

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