‹ La Religion de l'Egypte ancienneChapitre 65 sur 220 · III. — l'animisme · texte numérisé non relu

III. — l'animisme

On peut déjà pressentir que l'animisme fut une des formes primitives de la religion égyptienne, ou, pour mieux dire, qu'il en fut la forme générale. L'animisme est cette croyance qui consiste à regarder comme vivants tous les êtres de la création. L'homme se figure, parce qui se passe en lui-même, qu'ils sont, sinon à son image complète, du moins à son image partielle, c'est-à-dire qu'ils participent à la vie et à toutes ses propriétés. La mythologie égyptienne fut un panthéon d'êtres vivants. Les Egyptiens ne conçurent jamais autrement les objets qu'ils adoraient et auxquels ils rendaient un culte. Ce livre tout entier est une démonstration de ce fait. Jamais contrée n'a connu un panthéon aussi riche que l'Egypte. Tout était animé pour elle, tout vivait, tout se mouvait. La vie circulait dans tous les rouages de la nature, et le inonde entier n'était qu'un réservoir de vie.

D'ailleurs l'animisme est une suite de ce que nous venons de dire. Le fétichisme, dans sa plus large

1. Maspero, Histoire, t. I, p. 102-104. Cf. V. Loret, L'Egypte au temps du Totémisme, dans Conférences du Musée Guimet, 1906, t. xvm, p. 201.

expression, la dendrolalnV el la Kool&trie, De sont que des formes d'animisme. On adore un fétiche queleonque parce qu'on le croit animé, vivant. Que l'on fasse abstraction de la vie et jamais <>n inséra porté à adorer n'importe quel objet, parer qu'on le croit incapable d'agir et dès lors de protéger. La mort est un spectacle déprimant qui, en introduisant l'inertie, est un signe d'impuissance et de faiblesse. La vie est la plus grande manifestation de la puissance et de l'activité, de l'énergie et de la force. Tous les peuples ont été, à l'origine, animistes, parce que tous se sont représenté la nature comme vivante. Toutes les religions ont travers»' la phase animiste, elles ont même débuté par cette phase, parce que l'esprit humain n'aurait aucune raison d'adorer, ne songerait même jamaisà adorer un objet qu'il ne croirait pas vivant. La théorie phallique, qui ramène tous lesmythesà la fonction génératrice, est sans doute exagérée, parce que la génération a'esl qu'une fonction, qu'une opération particulière de la vie, et que la vie ne s'épuise ni ne s'absorbe dans la génération. Elle a cependant entrevu un l'ail d'une très baute portée, qui domine L'histoire de toutes les religions, à savoir qu'aucun peuple n'a jamais adoré un dieu inanimé, destitué de vie. E1W a aussi dégagé une des lois fondamentales des mythologies en rattachant la religion à la vie, en plaçant la vie à la base des croyances religieuses. Pour le sauvage qui ignore toutes les lois physiques, chimiques et astronomiques, tout mouvement est

vie, toute activité est vitale. Il est incapable de se représenter une opération sur un autre type que celui de la vie, parce qu'il découvre immédiatement en lui-même, dans son propre organisme, l'activité vitale, qu'il se hâte de projeter au dehors. Tout s'anime à ses yeux, parce que tout reproduit le phénomène qui se passe en lui-même. Les anciens n'avaient pas tort en disant que le monde est un grand animal ; f*sY« Çwov. Ils se trompaient sans doute sur le fait. Ils n'en formulaient pas moins une des premières croyances, des premières conceptions de l'esprit humain. Transportée dans le domaine religieux, cette croyance c'est l'animisme.

L'animisme des Egyptiens apparaît clans leur conception des maladies. L'étiologie pathologique n'avait pour eux aucune difficulté. Ils s'en tiraient de la meilleure manière du monde. Toute maladie était due à la présence dans le corps humain d'un esprit invisible, d'un génie. Souvent le meurtrier de l'homme « se dissimulait parmi les invisibles et ne se trahissait que par la malignité de ses attaques : c'était un dieu, un mauvais esprit, une âme désincarnée, qui seglissait sournoisement dans un vivant, ou se précipitait sur lui avec une violence irrésistible. La maladie était la lutte du possédé contre le possesseur » '. Puisque la maladie est produite par un mauvais génie résidant dans le corps de l'homme, leur médecine devait forcément se ressentir de cette conception. On ne saurait dire que

Page 1