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de la religion miltonienne en formation, les pamphlets anti-épiscopaux (1).
À cinq reprises différentes, en deux ans, Milton assène aux évêques des coups terribles qui les laisseront étourdis pour longtemps. Les cinq pamphlets sont encombrants, mais non rebutants ; et ils sont très instructifs. Que ce soit dans le traitement du problème particulier (ici, l’épiscopat), ou dans l’exposé des bases renouvelées de la religion chrétienne, Milton n’a pas pris la plume qu’il se trahit déjà de toutes parts, lui et son temps. C’est le « moi » du poète, c’est sa bouillante combativité, c’est l’esprit du temps pris sur le vif.
Faut-il des évêques ? Non. Milton lance le défi sans tarder. S'il en reste, c’est que la Réforme s'est arrêtée en route, en cette Angleterre qui l'avait commencée. Les Antiquitariens défendent les évêques parce que les Pères les soutenaient. Mais les Pères vivaient dans un temps corrompu ; Milton ne reconnait pas leur autorité. Les politiciens soutiennent les évêques qui, disentils, sont le meilleur appui de la monarchie. Quelle erreur ! L’épiscopat, c’est «l’ambition et l’usurpation » ; c’est la hiérarchie, aussi dangereuse que tétrarchie ou heptarchie. Ici et là, une volée d'invectives révèle le
(4) Le 1° pamphlet parut sans doute — selon Masson — en Juin 1641. Il était intitulé : « Of Reformation touching Church Discipline in England and the courses that hitherto have hindered
it ». Milton n’a pas de mots trop lyriques pour qualifier la Réforme : « bright, blissful ».
désir de la vengeance; mais nous ne sommes encore qu’au début de la lutte. Prenant fait et cause pour les prélats, Usher publie son «Judgement of D' Rainoldes », où il exposeles vues d'un certain Rainoldes (1550-1607) qui avait refusé l’'épiscopat et était par conséquent peu suspect de prélatisme (1). Milton prend Usher à partie comme chef des Antiquitariens et le foudroie de son second pamphlet (2), où Masson nous dit (sans d’ailleurs nous convaincre) que l’érudition du poète y met en échec celle d'Usher elle-même.
Encore une fois, faut-il des évêques? Milton résout la question en se plaçant du côté de l’Ecriture contre la tradition. L’épiscopat est divin ou humain, nous pouvons le garder ou le rejeter à notre gré. Mais s’il est divin? L'Ecxiture seule peut nous l’apprendre. Milton veut empêcher le peuple de « fourrager la paille ». Il veut lui montrer l'insuffisance des Pères, dont les livres dits saints ne sont que fatras et vermine (3). Or, l’Ecriture ne fait pas de différence entre l’évêque et le prêtre. Milton sans doute ne contredit pas une certaine « constitution d’évêques », mais il n’admet
pas qu’ils aient jamais été élevés au-dessus des prêtres,
(1) Usher se fait une idée en somme modérée des origines de l'épiscopat.
(2) « Of Prelatical Episcopacy ».
(3) Du moins pour le moment. Les Pères sont pour l'Episcopat, que Milton ne songe qu'à détruire. Quand ils seront pour le divorce, le pamphlétaire changera d'opinion.
Mn puisque l'Evangile considère évêqueset diacres comme un seul et même ordre. Jusqu'ici, Milton s’est tenu. Mais la querelle peu à peu s’envenime, et le troisième pam phlet, dirigé contre Hall, est férocement « root and branch » (1). Ce n’est pas un livre à lire pour s'instruire, car la haine y parle plus souvent que la raison. Mais cette virulente et très injuste attaque nous avertit dès le début de la part qu’il faudra toujours faire, dans les opinions religieuses de Milton (surtout quand il s'agira de discipline) à la nervosité personnelle. Remarquons que ce procès en règle du prélatisme n’est pas sans éloquence, ni sans renfermer au moins une part de vérité. ILest vrai que l’épiscopat de Charles 1 n'est qu’une grande « imposture »; il est vrai que les évèques ont - soif de lucre. Mais comme on seut à chaque page le désir d’assommer l’adversaire ! « Faut-il que les Anglais, après s'être débarrassés d’un tyran, le Pape, soient maintenant sous la domination d’une mèr2, l'Eglise ? Puisse Dieu au Ciel et notre juste Parlement nous délivrer de ces bêtes éphésiennes » ! L’injure nous fait sourire, mais la pensée nous alarme. Déjà, nous pressentons les extrémités où Milton va nous mener.
Ses raisons sont d'autant plus fallacieuses qu'elles
(1) Smectymnuus avait répondu à l’ « Humble Remonstrance » de Hall et Hall avait répliqué à cette‘réponse deux mois après. Smectymnuus répond maintenant par «A Vindication of the answer to the Humble Remonstrance from the unjust imputations of frivolousness and falsehood », et par le troisième pamphlet de Milton, « Arimadversions upon the Remonstrant’s Defence against Smectymnuus ».
OPA
sont exposées avec la logique imperturbable d’un doctrinaire. Commentant l'acte de saint-Paul imposant les mains, Milton affirme que l’ordination des prêtres par les évêques « ne crée rien, ne confère rien. Ce n'est que la forme régulière de recevoir un homme déjà éprouvé et de lui confier une tâche particulière ». Si cette cérémonie si simple est si peu importante, nécessite-t-elle le maintien d’un ordre supérieur ? Non. Fautil alors le maintenir dans les intérêts de la juridiction? Le Christ, « suprême juge des âmes », a refusé toute judicature temporelle. Alors, si nous n’avons besoin d’évêques ri pour l’ordination, ni pour la juridiction, n'est-ce pas folie de les garder? « C’est Dieu qui fait un évêque (au sens apostolique, un pasteur des âmes), et c'est le Diable qui lui fait accepter un évêché prélatique ».
Comme si cette bataille de mots avait produit son effet, treize évêques sont « impeached » (1) en 1641, et c’est une bataille personnelle qui s'engage entre les Communes et l’Episcopat. En novembre et décembre 1641, la grande Remonstrance marque l’abaissement pour vingt ans de l'Eglise établie ; l'attentat contre les cinq membres a lieu en janvier 1642, et le bill qui exclut les évêques du Parlement est voté en février 1642. Mais John Milton n'est pas satisfait. L'abolition des prélats, voilà son « Carthago delenda est » ; et il
(1) Mis en accusation.