‹ La Religion de MiltonChapitre 17 sur 35 · AL TUE · texte numérisé non relu

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revient à la charge dans un quatrième pamphlet (1). Quel « esprit libre et splendide » peut prospérer sous le joug du prélatisme ? L'ordre de Dieu manque à l'institution épiscopale,et Jérôme nous dit qu’elle n’est qu’un produit de l'habitude. Ses partisans soutiennent qu’elle prévient les schismes. Mais pouvons-nous croire, insinue Milton en pressant l'attaque, que les prélats s’effarouchent des « schismes cousins » (moucherons) quand ils « avalent l’hérésie chameau de Rome »? Le prélatisme lui-même est un schisme. « Votre prélatisme n'est autre que votre ambition, révérente gloutonnerie et sanctimonieuse avarice ». Et c'est vrai des évêques de Charles I. Et Milton voit juste encore quand ilaffirme que « de pouvoir juridique dans l'Eglise, il ne devrait pas y en avoir du tout ». Tout au plus peut-on admettre une censure ecclésiastique. « Mais dès qu'une Eglise a recours à une juridiction temporelle, c'est que la vie véritable l’a quittée. Lorsqu’'au lieu de s'asseoir sur un âne, comme le Christ, elle monte sur un lion, alors, au lieu d'hosannas, elle ne reçoit que des pierres. » Ici, Milton met le doigt sur la plaie. « Quand la force de l'Eglise est employée à des fins charnelles, elle détruit jusqu'aux institutions de l'État. » La haine voit clair et frappe ferme, Le prélatisme, c’est « le tyran naturel de la religion, et, dans

(1) «The reason of Church Government urged against Prelaty ». Le pamphlet est signé du nom de Milton, tandis que les autres étaient anonymes,

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l'Etat, l'agent et le ministre de Ia tyrannie. » Pouvaiton mieux définir l'épiscopat de l’époque? Mais le malheur, c’est que Milton généralise. Encore quelques mots mordants dans le cinquième pamphlet (1) ; encore quelques invectives à ces prélats « écarlates », à ce « gouvernement d'église auquel il ne manque qu’un nom pour être simple papauté », et nous serons fixés sur la pensée de Milton. Ce n’est pas seulement le prélatisme éhonté de Charles qu’il condamne, c’est l'organisation épiscopale entière de l'Eglise 'anglicane qu’il vise et qu’il ébranle. D'accord avec la nation, il s’en est pris aux abus. Seul avec les révolutionnaires, il veut abolir l'institution en principe. Que propose-t-il à sa place ?

Milton reconnaît (pour le moment) qu'il faut une discipline à l’Église comme à l’État. « Les ministres de l'Évangile ne s’occuperont que de l’œuvre de salut,

(1) Dans son quatrième pamphlet, Milton exposait les raisons qui l'avaient arraché à ses rêves pour le plonger dans cette « mer troublée de bruit et de rauques discussions ». Sur ces entrefaites, l’évêque Hall publia une réponse immonde aux « Animadversions », où il accusait Milton d’avoir passé une jeunesse débauchée. Le cinquième pamphlet de Milton, « An Apology against a pamphlet called a modest confutation of the Animadversions of the Remonstrant against Smectymuuus, 1642 », est d'une lecture extrêmement pénible. Nous y retrouvons l’érudilion scolastique qui emplit les autres opuscules ; et le ton s’y affaisse beaucoup. L’atmosphère est alourdie de polémique vulgaire. Le livre est plein de grossièretés et de mots malodorants. Pourquoi nous parler des prélats et de leurs chaussettes sales ? Cette controverse mesquine étouffe par endroits la pensée et le jugement souvent si éveillé de Milton,

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chacun dans les limites de sa charge. » C’est bien : pas de politique, c'est ce qui à perdu l’épiscopat. « Et pourquoi n’aurait-on pas confiance en la piété et la conscience des Anglais en tant que membres de l'Église, pour l’élection des pasteurs à des fonctions qui ne concernent en rien un monarque? » Sous de vagues allusions au « suffrage universel », c’est la tendance indécise, mais réelle, au presbytérianisme. Cette tendance se précise dans le quatrième pamphlet, où Milton affirme de nouveau la nécessité d'une diseipline (1)et demande que le ministre du culte soit assisté, dans les occasions solennelles (2) de trois ou quatre « frères ». Cette très importante revendication est nettement exposée par Milton au coursde l'ouvrage. « Tous les Chrétiens devraient savoir ceci, que Saint- Pierre donna le titre de clergé à tout le peuple de Dieu. » C’est le Pape Higinus qui, le premier, imagina de séparer de son clergé les laïques, ainsi qu'un troupeau infect. « Les fonctions ecclésiastiques devraient être libres et ouvertes à n'importe quel Chrétien, — si laïque fût-il, — si sa loyauté, sa foi et sa prudence le recommandent. » Nous allons droit au presbytérianisme (et même plus loin), et Milton, en vrai doctrinaire, n’y voit « ni difformité, ni ride, ni tache ». Evi-

(1) « L'Evangile prescrit un gouvernement d’Eglise, et il est faux de dire autrement ». Et plus loin, Milton affirme que « Dieu s’est réservé le droit de gouverner l'Eglise » : vue étroite, qui ne tient

pas compte de l'élément humain inhérent à toute organisation ecclésiastique.

(2) Par exemple, l’'excommunication.

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