‹ La Religion de MiltonChapitre 19 sur 35 · D OÙ · texte numérisé non relu

D OÙ

«explications imprimées de la Bible anglaise ». Nous admettrons avec lui que Laud avait introduit dans les cérémonies anglicanes des exagérations ridicules; et nous ne lui saurons pas mauvais gré de se moquer de « ces hochetstrouvésdans la vieille garde-robe d’Aaron ou dans les vestiaires des flamines ». Car l’habit n’a jamais fait le moine. Nous comprendrons également qu’il se plaigne des « pièges dispendieux des images, tableaux, somptueux draps d'autel ». Maïs quand Milton s'attaque à la liturgie, il dépasse déjà les limites du presbytérianisme. Il montre trop de dépit quand il s’écrie : « La liturgie est mauvaise, son usage est illégal. » Ii ne comprend pas les raisons du Remonstrant, que la liturgie n’a pas d'autre but que de suppléer à la faiblesse du ministre et d'aider à la dévotion du peuple. Ces gens-là, réplique le pamphlétaire, aimeraient mieux perdre « une âme qu’une syllabe ». Le Remonstrant fait remarquer avec raison que les liturgies n’empêchent pas les prières privées, et qu’elles maintiennent l’ « ordre, l'unité et la piété ». Bien que forcé par un fond de bon sens anglais à reconnaître dans une certaine mesure la « commodité de formes fixes », Milton se bute. La liturgie, que les Anglicans révèrent à l’égal de la Bible, n’est pour lui qu’un tissu d'âneries. Elle est par endroits « fantastique, sinon insensée » (1). I ne la comprend plus.

(1) Surtout dans les « responsories », où ministre et fidèles se donnent la réplique, car le ministre, dit Milton, « est la bouche

NO 2e

Notons qu’à part les dehors presbytériens et quelques boutades à l'égard de telle ou telle cérémonie, ce pamphlétaire mal content n’est pas encore hétérodoxe en 1642. L'Église qu'il veut unie et prospère, c’est « l'Église catholique réformée ». Le dogme n’est pas encore touché. A cette date Milton n’est pas arien ; il n'est pas non plus pélagien : car ni pélagiens, ni ariens ne sont à ses yeux de « vrais amis du Christ ». Il accuse Constantin de favoriser les Ariens et traite de « plat Arien » son fils Constance. En 1642, Milton s'adresse au Père,au Fils et au Saint-Esprit comme à une« Déité tripersonnelle ». Il décoche une flèche à Tertullien, pour avoir « infidèlement » exposé les Ecritures en découvrant une « inégalité là où il n'y en avait originellement pas, entre Dieu le Père et Dieu le Fils ». Dans son bel hymne au Ciel, il s'adresse au Fiis comme à l’ «image parfaite du Père » et lui dit : « Vous êtes un Dieu... Votre nature est perfection. » Il n’est donc d'accord ni avec les Ariens ni avec les Pélagiens, et leur reproche jusqu'à leurs hymnes et ieurs formes de prières. Sans doute, Milton se plaint de la façon dont 1 Église administre le sacrement du baptême ; il regrette qu'on l’ait changé « en une £orte d’exorcisme », et qu'il soit souillé de l’attouchement du prêtre. Mais il défend seule et unique de tout le corps ». Comment ? Nous croyions tout le monde clergé dans l'Eglise véritable. Bientôt, les ministres miltoniens, s'ils continuent, seront plus tyranniques que les prélats,

et le service qu'its célèbrent plus « vicarious » que celui de l’Antéchrist lui-même.

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