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l’'excommunication qu’il définit poétiquement : « une contestation amoureuse entre Christ et l'âme d'un homme régénéré prêt à tomber. » Il semble qu'il soit Sabbatarien ; car, dit-il, le dimanche a été fait « pour examiner et augmenter notre connaissance de Dieu, pour méditer sur notre foi, notre espoir, notre éternelle cité dans le ciel ».
Pour l4 morale, elle reste la même que celle du voyageur au pays italien. Elle est toute de pureté et de lumière. « Je ne vois pas, dit Milton superbement, comment un homme peut être vraiment éloquent, s’il n’est en même temps homme de bien. » Pour bien écrire, il faut être soi-même un vrai poème. Son idée de la chasteté est toute chrétienne. « Le corps, dit-il, est pour le Seigneur, et le Seigneur pour le corps. » Et remarquons que la chasteté s'impose à l’homme aussi bien qu'à la femme. « Si l'impureté chez la femme, . que St-Paul appelle la gloire de l’homme, est un si grand scandale et un tel déshonneur'; chez l'homme, qui est à la fois 1a gloire et l’image de Dieu, elle doit certainement être encore plus... déshonorante. » L'amour n’a rien à voir avec le corps. « La première et principale fonction de l'amour commence et finit dans l'âme, et produit ces heureux jumeaux, savoir et
vertu. »
Telle est là somme des opinions religieuses de Milton qu'on peut tirer de ses pamphlets anti-épiscopaux: Il
— Q ms
faut naturellement y faire la part des exagérations de la polémique. Mais on est forcé d'admettre que Milton n'a pas donné de solution au problème : sa méthode est trop personnelle. Aussi bien ses contradictions, ses accès et ses boutades, plus ou moins conscients, ne sont-ils que les manifestations tangibles de l'esprit qui les dicte. Milton peut se faire illusion à lui-même. Mais pour lui, ses opinions sont basées sur la parole de Dieu. Nous avons vu comment le jugement de Milton pouvait — sciemment ou non — modifier le Verbe écrit du Très-Haut. Le pamphlétaire combat pour l'Ecriture contre la Tradition. « Les prélats ont peur de la plaine ouverte des Écritures. L'Écriture est notre refuge. » Milton célèbre en poète « la douce odeur de l'Évangile revenu qui baigne l'âme du parfum du Ciel ». Pourquoi nous nourrir des livres des Pères « entre deux graves et saintes nourrices, la doctrine et la discipline de l'Evangile »? Il faut peser « les Pères à la balance de l’Ecriture, et non l’Ecriture à la balance des Pères ». Pourquoi l'Eglise d'Angleterre s’est-elle séparée de Rome ? C’est parce qu’elle « a tenu pour les Ecritures contre toute l’Antiquité ». Ce n’est vrai qu’à moitié, car l'Eglise anglicane s'était gardée de tomber dans le piège où Milton va se prendre. Au lieu de se livrer les yeux fermés à la parole plus ou moins inspirée, elle avait reconnu à la tradition chrétienne des vertus au moins égales à celles de lEcriture, et elle avait entrepris d’amender l’une à la lumière de l’autre.
Milton a une foi aveugle en ce qu'il croit être la parole de Dieu. Si cette croyance comporte des dangers, ce sont les dangers de la liberté et non de la tyrannie. Milton s'élève très haut quand il parle de la liberté du chrétien. Religion et liberté sont deux choses que Dieu & « inséparablement unies », et « la liberté de conscience est la première prérogative de l'Evangile ». Elle est nécessaire parce que les hommes ne sont pas tous bâtis sur le même modèle, et qu'à des tempéraments différents il faut des enseignements différents. « Aucun homme n’est obligé de dissoudre entièrement ce fonds de nature que Dieu a créé en lui. » C’est très beau et très profond, mais comme cette libre-pensée brise déjà les chaines du presbytérianisme !
Milton ne craint pas les sectes (il n’a pas encore assisté à leur infernal déréglement). « Ellesne sont que l'exercice de notre savoir, non le dérangement ou l’interruption de notre foi. » Ainsi l'Ecriture est pour Milton la clef magique de toutes les Sésames de la religion. La conception ne manque pas de grandeur, de ce chrétien maître de lui, et qui n’a d'autre surveillant que sa conscience et le respect de la divinité qui l’anime. Si vous représentez à un homme la religion comme tellement inaccessible qu’il ne peut s’en approcher, il ira ailleurs. Donnez-nous plus de liberté, plus de familiarité même avec l'Evangile, avec la Commu-
nion et les vérités chrétiennes.
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Telle est la théorie dont Milton s'inspire au cours des pamphlets anti-épiscopaux. Elle à sa beauté, et elle recèle de merveilleux. principes de vie. Nous venons de voir ce qu’elle peut donner mise en pratique sur un point ferme de discipline et d'organisation. Nous la verrons de nouveau à l'œuvre au chapitre suivant, où le grand esprit de Milton, en l'unique compagnie de son jugement et de la parole de Dieu, se débattra lamentabiement dans une querelle de ménage, désolante autant que banale.