‹ La Religion de MiltonChapitre 22 sur 35 · ET TE · texte numérisé non relu

ET TE

rité (1) et à la Raison (2), on y soupçonne toujours le dramatique intérêt du poète. Sous des vérités sublimes dignement exposées, nous voyons reparaître l'intense et inquiète personnalité de Milton. Le second pamphlet en est la preuve. Après avoir poussé son cri lyrique, l'auteur essayera de prouver encore la légalité du divorce, et la légalité du remariage. Et voyez comme la situation désespérée où il se trouve l'inspire presque entièrement. Le voici maintenant qui trouve des argüments chez les Pères, et qui se met ainsi en contradiction formelle avec lui-même. Dans les pamphlets épiscopaux, Milton nie l'autorité des Pères; maintenant il s'appuie sur elle. Il cite les « anciens pères », il s'appuie sur Origène. On pourra dire à la défense de Milton qu'il ne fait que citer les opinions de Bucer ; mais nous savons qu'il les partage. Pour confirmer ses vues antérieures, il cite Mathieu, Il. 15, 16 : « Que personne ne

traite injurieusement la femme de sa jeunesse. S'il la

(1) « L'Évangile sans doute exhorte à une perfection plus haute (que la loi) mais il supporte l'infirmité la plus faible mieux que la loi » : car « la loi fut toujours faite d'œuvres, et l'Evangile toujours fait de grâce ». Milton voit très clair quand il se confine aux généralités abstraites.

(2) C'est la raison qui confirme en l'esprit de Milton l'opinion anglicane que les mots : Prenez, mangez, ceci est mon corps, élémentairement compris, sont opposés au bon sens. Elle lui dicte l'épithète de « rêves fanatiques » appliquée en passant au Familismè, à l'Anabaplisme et à l'Antinomianisme. Elle en fait un antisabbatarien et fortifie son horreur du péché « toujours étranger et vassal, l'éternel hors la loi ».

SP ue hait, qu'il la renvoie, » Le pamphlétaire fait feu de tout bois et rappelle les lois civiles de Justinien, qui perinettent de répudier la femme adultère, meurtrière ou sorcière. Mais l’auteur s'intéresse surtout, dans le second traité, à la question du second mariage. Méditerait-il d’en faire lui-même l'expérience ? IL n’y voit pas d’obstacle. Les papistes, dit-il, défendeatile divorce et le remariage,r ais ferment les yeux sur l’adultère, Christ est-il venu donner des lois? Non, il est veru prêcher le repentir et la rémission. Combattons l'ignorance et la « servitude ecclésiastique » (Milton, les Presbytériens sont donc si génants?); écartons la coutume,qui a plus de poids que la vérité, et puisque Origène et d’autres Pères le permettent — pour éviter la fornication —

lemarions-nous !

Nous savons déjà à quelles hauteurs l’esprit de Milton peut atteindre quand il est débarrassé du souci du moment. L'illumination de la pensée libre fait la beauté

du Tetrachordon (1). Mise à part de la discussion en

(1) Oa l’« Exposition des quatre principaux passages del'Écriture concernant les nullités du mariage ». On a appelé son second pamphlet un.« mauvais » livre, on a blâmé l'imprudence de l’auteur qui osa le dédier au Parlement. Milton relève le gant; il va s'inspirer de ces heureux temps d'Edouard VI, temps si « purs » où l'Eglise d'Angleterre brillait de sa clarté primitive, Une fois de plus, il va en appeler aux Pères, à Justin Martyr, à Tertullien et à Origène.Il citera les lois civiles de Théodose et de Valentinien; bref, il mettra à contribution tout l'arsenal des docteurs.

EP OGtEZ cours et de toutes contingences vulgaires, c'est comme une inspiration des réalités supérieures. Marchant sur les traces des grands princes de la Réforme,de W ycliffe, cet « Anglais honoré de Dieu pour avoir le premier prêché la réforme générale à toute l’Europe », de Luther, ce « grand serviteur de Dieu », et de « Melanchton, le troisième grand luminaire de la Réformation », Milton s'attaque aux hommes qui ont voilé et faussé la pensée de Dieu. Il y a longtemps que les lois furent falsifiées à cette époque « si aveugle et si corrompue de la papauté ». Le divorce, quelle bonne occasion pour le Pape de s’introduire dans les familes et d'acquérir l’autorité séculière! Que les « papistes et autres hérétiques » se taisent à la voix de la raison! Et librement, intelligemment, Milton fait entendre sur la religion en général et le divorce en particulier de hautes considérations de Chrétien. Il haït les « syllabes et lettres rigides », la « raideur verbale d’un texte ». Aujourd'hui plus que jamais, Evangile signifie Liberté. La différence entre le Vieux et le Nouveau Testament, c’est que l’un prescrit la « loi écrite », et que l’autre « guide par l'esprit intérieur ». Est-il donc si difficile de connaître les préceptes de l'Evangile ? Il n’en est qu’un et c'est la Charité, « fin et accomplissement de chaque commandement » ; « pas de foi sans elle, pas de vérité sans elle, pas de culte, pas d'œuvres agréables à Dieu, si ce

n’est qu’en tant qu’elles partagent de la Charité ». (est

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