CENT
inutiles, peut-être les cruels remords. Milton ne considère que les droits de l’homme, et ignore ceux de la femme et des enfants. Et voila où un génie peut en venir, à la lumière de la seule conscience individuelle. La question du divorce était trop complexe et trop pratique pour être saisie dans ses multiples détails par l’esprit théorique de Milton. Il ne put pas la saisir. En criant trop haut que le Christ a mis toutes les lois sous les pieds de la charité, il n'est pas de licence qu’on ne permette. À vouloir marcher seul, on court le risque de trébucher et de tomber.
C’est ainsi qu'en 1645, Milton marque à la fois la hauteur où le Puritanisme peut atteindre, et les profondeurs où il sombrera en tant que système de religion. Les pamphlets sur le divorce, éloquemment inspirés sur plusieurs points de théorie générale, échouent lamentablement quand il s’agit d'éclairer le point en litige. [Ils montrent les envolées que peut prendre l'âme chrétienne illuminée par la foi, mais ils confirment la règle — déjà prouvée par les errements des sectaires — que l'esprit et le cœur humains, livrés à eux-mêmes sur ces questions vitales, sont sujets à l'erreur, même quand il s’agit d’un Milton.