‹ La Religion de MiltonChapitre 5 sur 35 · ART NE · texte numérisé non relu

ART NE

Au début, les Presbytériens sont plus dangereux que les Indépendants, et Elizabeth a beaucoup de peine à défendre l'Eglise contre ces ennemis subtils, qui persistent h se dire enfants de l'Eglise. En 1572, elle ne peut empècher l'établissement des « classes », où les puritains choisissaient le ministre que l'évêque devait ensuite ordonner sans commentaire. En 1576, elle supprime les discussions théologiques ou « prophesyings ». Mais l’archevêèque Whitgift doit accepter les articles de Lambeth (1595), extrêmement calvinistes et contenant la cruelle doctrine de la prédestination. Il réussit bien, etc'est là son grand mérite, à maintenir intacte la charpente de l’organisation ecclésiastique. Mais, si les fondations restent inébranlées, le vent de réforme suscité par l'esprit puritain souffle toujours plus fort. L'Angleterre religieuse est puritaine, le héros et le poète (1) du temps sont puritains. Puis, les défauts inhérents à l'Eglise établie s’amplifiant sous le règne de Jacques, le théologien ergoteur, le courant puritain lui aussi s’élargit. La « Millenary Petition » de 1603 et la Conférence de Hampton Court (1604) marquent la seconde phase de l’histoire de l'Anglicanisme. Les Puri-

l'Eglise. En 1574, il prévoyait les excès puritains, et craignait que « sous couvert de simplicité on ne cachât l'orgueil, l'ambition et l'arrogance ». Whitgift était grand ami d'Elizabeth.

(1) Spenser et Sir Philip Sidney sont unis par des aspirations communes. Sidney chante l'amour pur, et Spenser, que Milton

appelle « notre sage et sérieux poète », définit l'idéal viril de la religion : tempérance, chasteté et justice.

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tains déclarent la guerre à l'Eglise, dont ils restent membres, et où ils comptent devenir les maîtres. Sous Elizabeth on s'était querellé surtout à propos de vétilles, et il y avait eu des espoirs d’arrangement. La deuxième phase, qui mène jusqu’au long Parlement, conduit à labîme infranchissable,

La question 8e complique de plus en plus. Les Puritains ne demandent rien d’extravagant — du moins en apparence — dans la pétition millénaire, de ton calme mais visant à des changements radicaux (1). Les mille membres du clergé qui l'ont signée réclament la réforme des cours ecclésiastiques, l'abolition de la dime et des pluralités, et quelques modifications au dogme. Ce n’est pas la Conférence de Hampton Court qui portera remède au piteux état de l'Eglise, pauvre corps sans âme, simple service gouvernemental, à qui manquent encore et l’enseignement de l’histoire et l’évidence d’un culte et la sensation de ja vie. Non, sous la puissance factice de l'Eglise, il n’y a pas de foi concrète. Le sang ne coulc plus. Cependant, on ergote à Hampton >ourt. On y ordonne une mesure excellente, la traduction de la Bible; et c'est tout. Le roi y commet faute sur faute ; il y sacre l'Eglise corps politique avant que religieux, les évêques s’y affirment fonctionnaires d'Etat, et cette alliance de l'épiscopat et de la monar-

(1) Trois cents Puritains seulement refusent d'admettre le canon VI

de 1604, qui impose à l'Église le régime épiscopal comme d’autorité divine.

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chie, de deux disciplines également tyranniques, inaugure la séparation entre l'Eglise et la nation, et creuse l’'abîme où le roi et les évêques vont s’engloutir.

Mais l'Eglise? L'esprit puritain lui apporte la vie. Il lui apporte la religion plus intime, l'élan vers Dieu. La lettre presbytérienne lui apporterait la mort. Voilà pourquoi le problème se complique, et va se compliquant de plus en plus. Insistons bien sur ce fait que les putitains proprement dits, les presbytériens militants, font partie de l'Eglise. Et s'ils ont la foi qui signifie la vie, ils ont aussi la dangereuse manie génevoise, qui veut dire la mort de l'Eglise historique. Et si ces extrémistes restent d'accord avec l'Eglise c’est avec le ferme espoir de la transformer selon leurs vues au moment opportun.

L'Eglise au contraire soutient que les « churchmen » doivent se conformer dans leurs pratiques à ses lois. Voilà la grande question au xvu° siècle et voilà la clef de la crise. L’Angleterre en tant que nation se séparera-t-elle de la chrétienté historique, des principes chrétiens tels qu’on les a compris pendant seize siècles ? Le puritanisme réussira-t-il, ou non, à s'établir légitimement dans le domaine de l'Eglise d'Angleterre ? Autrement dit, l'Eglise ne recevra-t-elle l’élémént de vie puritain que pour en mourir, et cesser d'exister en tant qu'Eglise ? Voilà le problème important, assez |

important pour engager l'attention de générations, et

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