‹ La Religion de MiltonChapitre 6 sur 35 · HOT · texte numérisé non relu

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auquel on allait ajouter, comme s’il ne suffisait pas, des questions politiques et sociales.

L'instinct conservateur du peuple anglais s’en apercut, et suscita au courant puritain un contre-courant qui était parfaitement légitime dans ses aspirations, mais qui eut la mauvaise fortune de se mêler excessivement à la politique. Ce mouvement qu’on appelle Arminianisme, (1) avait été provoqué par les tracasseries des puritains de petite envergure, qui ne connaissaient du puritanisme que la lettre et les discussions oiseuses, sans en pratiquer l'esprit. C'était, au début du xvn° siècle,une réaction très étendue contre le calvinisme tel que les presbytériens voulaient le voir établi à demeure au sein de l'Eglise. Ce contre-courant allait s’élargissant en même temps que s’enflait le courant puritain. L'expérience écossaise avait mis à jour les défauts du calvinisme, qui s'était montré à Edimbourg plus intolérant encore que les évêques en Angleterre. Et puis, la nation anglaise, conservatrice par excellence, tout en souhaitant plus de ferveur dans le culte et plus d'intimité dans les relations de l'âme individuelle avec son Dieu, avait peu de goût pour les modifications que des ignorants — même puritains — voulaient. apporter à un culte aussi ancien que le Christianisme lui-même.Les Anglais aimaient leur livre

(1) Arminius ou Harmensen, né en 1560, professait la théologie à

Leyde en 1603. Il niait la prédestination enseignée par Calvin, et admettait la doctrine du pardon pour tous les repentants,

D DQNERS de prières, leur liturgie et leurs services, si pleins de la sagesse révérente des premiers temps. Ils craignaient que le puritanisme ne pût guérir l'Eglise de sa somnolence qu’à la façon de ces remèdes qui tuent à la fois la maladie et le malade. Les arminianistes tenaient à guérir le malade, pas à le tuer.

Hooker (1), Andrews (2) et Laud représentent à des degrés différents les traits principaux de l’Arminianisme. Dans son « Ecclesiastical Polity » de 1594, Hooker défend la raison contre l’autorité exagérée des textes scripturaux et montre la vie continue de l'Eglise à travers les âges. Nous étudierons plus loin et plusen détail les opinions de Laud, qui sont l’exagération d'un mouvement excellent en lui-même. Mais prenez Andrews, qui continue Hooker ; il est l'expression la plus pure de l’arminianisme, et défend l’autorité de la Bible, sans doute, mais de la Bible interprétée par les Conciles et les Pères, c'est-à-dire par la raison collective de la Chrétienté. Tous trois ont cet esprit de révérence et d'humilité nécessaire à la compréhension des mystères chrétiens. Ils voient tous où réside la force du contre-puritanisme, ils défendent le système de

(1) Hooker (1554-1600), surnommé le « judicieux ». Il respecte Calvin, mais s'oppose aux exagérations puritaines. Il considère que la conduite humaine doit être guidée par « toutes les sources de lumière et de vérité dont l’hommese trouve entouré ».

(2) Lancelot Andrews (1555-1625), évêque de Winchester, traducteur du Pentateuque. Il abhorre la politique, mais est suffisamment de son temps pour sanctionner la mort cruelle de l’Arien Leggat.

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l'Eglise comme scriptural, raisonnable et historique. Voilà l'intérêt de l’arminianisme, dans cette compréhension vive de la continuité de la vie de l'Eglise, dans ce sens historique qui reconnaît !a filiation directe de cette église anglaise avec l’église catholique et apostolique des temps primitifs. C’était pour ces chrétiens un spectacle réconfortant et une raison d'aimer l'Eglise que de reconnaître en elle, en dépit des transformations nécessaires et continuelles, les traditions et le prestige séculaire de l'Eglise des Apôtres, la foi et la discipline, non pas romaines, mais largement et libéralement catholiques.

Si la question avait pu demeurer religieuse, puritanisme et arminianisme réunis eussent peut-être pu relever la condition de l'Église sans trop de secousses. Car, politique à part, le puritanisme manquait de cohésion ; et l’arminianisme, libre de ses attaches avec la cour, n’avait en somme rien d’odieux. L'un et l’autre étaient en possession d’une demi-vérité. Le püritanisme défendait la conscience pure, l’arminianisme, la conscience corrigée par l'expérience de seize siècles chrétiens. Le puritanisme, c’est la vie, c’est le sang de la religion, mais qui, faute d'un organisme vivant qui puisse le recevoir, se perdra sans profit dans le sable ; l’'arminianisme, c'est le système historique et centenaire de l'Église, mais qui, parce qu'il se sait historique, s'imagine pouvoir durer en tant que Système sans le secours d’un principe vital, comme un corps qui serait vide de sang. Voilà la situation aux

environs de 1625, à la mort de Jacques, cinq ans après lé départ de la Mayftower pour la Nouvelle-Angleterre, l’année où Milton entre à Cambridge. Pour être sérieux, le problème religieux du xvu° siècle anglais ne constituait en somme qu’une nouvellé manifestation du conflit qui a de tout temps existé au cours de l’histoire entre la tradition conservatrice et la hardie turbulence de l'esprit de liberté. Le malheur fut que la politique s’ajouta à ce conflit religieux entre lesprit catholique et l'esprit puritain ; ce fut que les presbytériens avaient des vues politiques derrière leurs beaux plans de réforme ; ce fut que des arminiens convaincus se tournèrent vers une Couronne impopulaire pour opérer les réformes nécessaires, si bien que l'Éplise partagea l’impopularité de quelques sycophantes et qu'arminianisme devint à tort synonyme de tyrannie. Ainsi la politique va envenimer ce conflit qui, d’une controverse mesquine à propos d'un surplis, deviendra bientôt national et englobera les plus hautes questions de gouvernement. C’est bien là le trait caractéristique du xvii° siècle anglais, ce mélange de politique et de religion, empêchant à la fois le développement et l’affranchissement de l’une et de l’autre. Milton avec sa plumé et Cromwell avec son épée essayeront, chacun à sa manière, de trancher ce nœud gordien. L'un y fatiguera sa plume, et l’autre son épée. La tolérance pourra seule apaiser le coaïlit. Maïs avant d’en voir poindre laurore, il faudra passer par vingt ans de guerre civile,

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