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- Si la mythologie est là qui meurt, elle chante avant de mourir, elle gazouille dans tout le morceau comme un clair ruisselet. Et remarquons que ce n'est pas là un simple exercice d'université, mythologie de commande. L’enthousiasme païen y est réel, comme dans les vers d'un Keats. Milton regrette Anubis et Isis, forcés de fuir, et il se lamente avec les Lémures et les Lares. Si bien qu'on se demande s'il ne se désole pas plus de la mort des dieux qu'il ne se réjouit de la naissance du Christ (1).
C'est en tout cas l’idée chrétienne qui dicte à Milton son poème sur la Circoncision, si mystique qu'on le croirait d'Herbert, plein du dévouement de Jésus, qui, « sur son haut trône de secrète béatitude, vida sa gloire pour nous, frêle poussière » (2). Mystique encore cette imparfaite « Passion » que le poète lui-même trouva si défectueuse. Partout se représente la mentalité originale du poète religieux. Nous la retrouvons dans le morceau serré sur le « Temps », où le poète a la vision du bonheur éternel : « Alors, la longue éternité saluera notre bonheur d’un baiser à chacun de nous, et la joie
(1) Encore un peu mièvre. On voit la paix qui « de son aile de colombe fend les nuages amoureux », st, 3 de l'hymne ; avec cela, des touches inspirées, dignes du sujet : « les vents, muets d'étonnement, baisèrent doucement les eaux, murmurant au calme océan des joies nouvelles », st, 5. de l'hymne.
(2) « High throned in secret bliss, for us frail dust, « Emptied His glory ». Str. 2.
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nous surprendra comme un déluge » (1). La pensée, surtout dans les vers touffus de la fin, y est sérieuse et condensée, forte d’un optimisme confiant dans les destinées ultimes de l'humanité, grâce au Christ, qui nous aidera à triompher du temps, du hasard et de la mort (2). Ainsi, en dépit du chant tout païen sur le « Matin de Mai », en dépit de ce très païen Arcades, avec tout son cortèce de divinités antiques, le même sentiment religieux revient toujours, plus ou moins vaguement exprimé en de beaux vers, comme par exemple dans la « Musique Solennelle » (3).
Telle est, au moment où Milton a vingt-quatre ans, la somme des renseignementsquenousfournissent etsa vie et ses œuvres. Réunissons ces traits divers, essayons d'en tirer un Milton qui ne soit pas trop fugitif. Certainement, ce jeune homme est chrétien. Et s’il a en lui du sang fanatique, ce sang n’a pas encore parlé. Ce qui est certain aussi, c’est qu'il est fier, orgueilleux et hautain. Il est avant tout imagination et songe, il à grandi au milieu de mœurs tranquilles qui n’ent pas entravé ces penchants rêveurs, tandis que ses lectures les développaient. Avec cela, Milton ne connaît pas le monde,
(1) « Then long eternity shall greet our bliss, With an individual kiss, And joy shall overtake us as a flood ».
(2) « We shall forever sit Triumphing over Death, and Chance, and thee, O Time. » (3) Où se trouve exposée la conception puritaine du péché, cette « fausse note dans le Carillon de la Nature ».
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manque de sens pratique. Rappelons-nous qu'il n’a pas gagné un sou avant trente-deux ans. La fantaisie le pousse un peu au hasard vers les mystères chrétiens et la mythologie païenne. Étrange promiscuité, —remarquable aussi, d’ailleurs, chez les jésuites et leurs élèves — du Rédempteur et des dieux de l'Olympe, du paganisme sensuel et du sérieux chrétien. Il haïit les papistes comme tout Anglais de son temps. Il est bon protestant, il est même excellent protestant. Son entourage est puritain et ses tendances sont puritaines. Mais il est Anglican, il communie à Ia table de l'Église établie : il est impossible de ne pas admettre ce point important. Ses actes nous le prouvent, puisqu'il signe les articles, et il n’y a rien dans ses œuvres qui s'y oppose. Voilà pour le culte. La métaphysique et le dogme ne l’ont pas encore tellement intéressé qu'il nous ait fait part de ses idées sur le sujet. Pour la morale, il semble qu’il ait déjà la vision de la grande idée chrétienne que Spenser lui a enseignée et que son caractère digne et réservé l'ont aidé à ne pas perdre de vue. Pour lui comme pour tout vrai chrétien, la pureté et la chasteté sont au rang des vertus primordiales. Culte encore anglican et pureté primitive, voilà la religion de Milton a vingt-quatre ans. Et c’est en cet état d’esprit qu'en 1633 il refuse de prendre les ordres dans l'Église établie.
Était-ce done un acte si grave d'entrer dans cette
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Église, comme pasteur, en l’année 1633? Le père de Milton, en envoyant son fils à Cambridge, le destinait à l'Église. Pas de décision en 1632. En 1633, refus formel. Quelles sont les raisons qui dictent au jeune homme cet acte nettement défini, et qui devrait nous renseigner sur ses convictions intimes ? Essayons de l'expliquer.
Nous avons suivi pas à pas, au premier chapitre, les transformations de l'Église anglicane depuis sa fondation jusqu'aux environs de l'année 1625. Nous avons assisté à la décadence de cette Église, au mouvement puritain, qui veut l’amender, mais en se substituant à elle, et enfin au contre-mouvement arminianiste, qui soutient les droits historiques de l’Église. Tandis que le puritanisme s'élevait peu à peu au-dessus des querelles du début, et que son idéal s’élargissait de plus en plus, l'arminianisme, lui, se rétrécissait et se rapetissait. Nous ne sommes plus au temps de Hooker (1) ou de Whitgift, et l’évêque =ndrews (2), dont tout le monde admirait la dévote piété, meurt en 1626. Aujourd’hui, l’arminianisme, c’est Laud. On a dit beaucoup de mal de Laud, et on en à dit beaucoup de bien. Il mérite les reproches autant que les louanges. Après
(1) Le « judicieux » Hooker adhère à la doctrine caiviniste de l'élection et parle toujours de Calvin avec respect. Mais il s'oppose au puritanisme exagéré d’un Travers. Sa « Politique Ecclésiastique » est basée sur la vérité primordiale que la loi naturelle est de Dieu au même titre que l'Écriture, et qué l'Église, aussi bien que le gouvernement civil, doivent se conformer à cette loi.
(2) Voir Notes précédentes. Chap. I, pages 23 et 28. \