LA SITUATION FINANCIÈRE
En ce qui concerne leffort fiscal nécessaire à l'équilibre l)udg-étaire, on peut admettre que le contribuable français est capable de l'accomplir, grâce à l'accroissement des ressources en argent qui résulte de l'inflation monétaire : accroissement factice, dira-t-on, mais qui, au point de vue fiscal, est bien une réalité ; car la charge annuelle du budg-et se chiffre par un certain nombre d'unités monétaires, déterminé en majeure partie par des eng-agements antérieurs (dette publique); or , plus il y a d'unités monétaires en circulation, plus les revenus nominaux sont élevés, et plus le contribuable est en mesure de supporter les prélèvements du fisc. Le total des revenus privés, évalué à 35 milliards environ avant la guerre, n'aurait pu subvenir à un budget de 20 à 25 milliards ; mais si, comme on l'admet généralement, le total des revenus en argent s'élève aujourd'hui aux environs de 125 milliards, le problème cesse d'être insoluble.
Il faut reconnaître cependant que, après avoir subi une telle déduction, les revenus privés fourniront sans doute assez difficilement les dizaines de milliards qu'exigeront encore les emprunts consolidés et les appels de la Trésorerie. D'autre part, la restauration économique du pays et spécialement la reconstitution des régions envahies exige des achats à l'étranger qui ne peuvent actuellement être couverts par des exportations correspondantes : il ne suffit donc pas d'un appel à l'épargne intérieure pour équilibrer des opérations extérieures ; et l'on peut dire que le rétablissement des finances publiques normales en France est lié finalement à l'exécution des clauses de réparation prévues au traité de paix, et à l'ouverture de crédits à l'étranger proportionnés, en importance et en durée, à l'œuvre de reconstruction qui reste à accomplir.