‹ La religion de MolièreChapitre 16 sur 25 · IV. — L'organisation scientifique du til^vail · texte numérisé non relu

IV. — L'organisation scientifique du til^vail

La Science doit pénétrer l'usine et l'atelier, non seulement par ses découvertes, mais encore, et surtout, par ses méthodes. L'organisation scientifique de la production n'est pas indifférente à nos grands industriels^ elle devrait être pratiquée par tous. Le Taylorisme nest qu'un mol ïil ne comporte pas une adaptation, spéciale à chaque fabrication, des règles générales édictées par Taylor. La restauration de nos réqions dévastées nous fournit l'occasion d'appliquer largement ses principes.

La Science nourrit l'usine par ses découvertes: matières colorantes, produits pharmaceutitiues, nouveaux aciers ou alliages doués de propriétés intéressantes, machines ingénieuses, viennent constamment renouveler les moyens d'action et les buts de l'industrie. Mais la Science est plus utile encore en suggérant les méthodes d'organisation qui rendent le travail plus aisé ou plus productif. De même que l'ingénieur étudie la marche de sa machine à vapeur pour en obtenir le meilleur rendement, l'industriel imprégné de l'esprit scientillqne analyse le fonctionnement de son usine, en remplaçant les épithètes par des chiffres et les appréciations par des bilans. Cette analyse est la préface nécessaire de tous les perfectionnements ; le but à atteindre, c'est que l'usine tout entière fonctionne, non comme une juxtaposition de pièces détachées, mais comme une machine dont tous les mouvements sont coordonnés en vue d'une tin unique, qui est de produire.

Ce serait une erreur de croire que l'industrie française se soit désin-

téressée de ce point de vue avant d'avoir reçu de l'étranger des avertissements et des exemples. On rappelle, à ce propos, que Vauban peut être considéré comme l'inventeur du chronométrage, cher aux organisateurs américains, car, à propos des terrassements de la citadelle de Strasbourg, il avait fait étudier, montre en main, les conditions du transport des terres à la brouette, afin de régler équilablement les salaires des ouvriers. Un peu plus tard, le célèbre ingénieur Bélidor déterminait à son tour, et toujours pour régler une question de salaire, le temps nécessaire pour enfoncer des pilotis. Mais il a fallu la pression de nécessités plus modernes pour que ce qui n'était qu'occasionnel devint systématique. C'est ainsi que l'ingénieur Ply écrivit un beau mémoire sur l'organisation, à la Manufacture de Saint- Etienne, delà fabrication des armes en série. Mais il n'y a pas de plus bel exemple que celui donné, depuis près de vingt ans, par M. Georges Charpy, aux grandes usines métallurgiques de Saint-Jacques, à Montluçon ; les méthodes, mûries au laboratoire, qu'il y a introduites ont rendu plus simple et plus économique le travail des métaux, au double avantage des ouvriers et de la Société de Ghâtillon- Commentry. Rappellerai-je encore qu'après la terrible catastrophe de Gourrières, les Sociétés minières du Nord établirent à Liévin une station d'essais, où les explosions des houillères furent étudiées méthodiquement ? Le résultat de ces recherches permit de régler l'exploitation des mines de façon à réduire notablement les chances d'explOvS^on ; cette intervention de la science dans le travail industriel a été accueillie avec satisfaction par la classe ouvrière, dont elle accroissaitla sécurité; mais elle a aussi payé largement les 100.000 francs qu'elle coûte chaque année en réduisant les indemnités d'accidents et l'arrêt du travail qui suit toujours les explosions ; ainsi le capital et le travail, malgré leurs conflits, s'accordent pour se féliciter de cette intervention.

Plus récemment, la fondation, par M. Wilbois, d'une école d'administration et d'affaires', la publication d'ouvrages comme celui de M. Henri FayoP, ont prouvé que nos grands directeurs d'usines se préoccupent de mettre de l'ordre dans la maison.

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