‹ La religion de MolièreChapitre 21 sur 25 · PIERRE PUGET ET VERSAILLES · texte numérisé non relu

PIERRE PUGET ET VERSAILLES

Un article de Paul Gruyeu dariR les » Débats », /2 octobre 1919.

A l'entrée du Tapis-Vert de Versailles où, les majestueuses frondaisons du parc commencent à se dorer des tons roussis de l'automne, s'arrondit en arc de cercle une demi-lune, où deux socles de marbre rectang-ulaires portent en pendant deux groupes sculptés. Ce sont deux copies de Tanlique, représentant : l'un Pœtus et Arria^ œuvre da l'école de Pergame, assez mal définie ; l'autre, le Laocoon et ses enfants se débattant sous l'étreinte des serpents qui les enserrent, ouvrage célèbre de l'Ecole de Rhodes. Ces deux groupes ne sont point ceux qui figuraient à cette place sous Louis XIV, et ils ont remplacé deux grands chefs-d'œuvre français, le Milon de Crolone elV Andromède, de Puget, aujourd'hui au Louvre.

L'histoire des groupes disparus et celle des rapports malheureux du génial sculpteur avec le Grand Roi est une page douloureuse et trop oubliée de l'histoire deVersailles.il n'est pas sans intérêt delà rappeler au passant, de lui remémorer ce poignant drame de l'art, perdu depuis dans la splendeur ambiante.

Esprit fier et indépendant, tète chaude et généreuse, conscient de sa valeur et n'admettant pour son art aucun marchandage, peintre, sculpteur, celui que l'on a surnommé le Michel-.Ange français s'était révélé dans toute sa puissance, à Toulon, en 1656, avec ses magnifiques Cariatides de l'hôtel de ville. Venu à Paris, il fut mis en rapports avec Fouquet, s'engagea avec lui, après avoir refusé les offres tardives que Mazarin lui fît faire par Colbert, au nom du jeune roi, encore mineur, et partit en Italie, afin d'y choisir lui-même et acquérir les marbres dont il avait besoin pour les travaux qu'il méditait. La disgrâce de Fouquet étant survenue durant ce temps, en 1662, il se fixa à Gênes, où il produisit des œuvres importantes, traité avec honneur et avec une largesse pécuniaire digne de son génie.

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