IV. NOTRE SECOND EMPIRE COLONIAL
Pourquoi il est né. — 1** Parce que la France, arrêtée dans son expansion européenne par les traités de 1814 et de 1871, a cherché au delà des mers l'emploi de son activité ; la myopie de Bismarck encouragea les Français dans cette voie, et lorsque Guillaume II voulut réparer l'erreur commise par le fondateur de l'unité allemande, il se heurta à des situations acquises (Route des Indes, Maroc) qu'il essaya en vain d'ébranler. — 2° Parce que le formidable développement industriel dû au machinisme a engendré une « lutte pour la vie » économique entre les grandes puissances mondiales, qui ont essayé, par une sorte de retour atténué au colbertisme, de se créer outre-mer des féserves de matières premières et des débouchés industriels : l'impérialisme colonial a été la conséquence de l'impérialisme économique.
Son extension. — AfriqueduNord (Alger, 1830 ; Tunisie, 1881 ; Maroc 1907-1912). — Afrique Occidentale (Faidherbe fonde Médine en 18î>o, Galliéni prend pied sur le Niger en 1880). — Afrique E(|uatoriale (Brazza atteint le Congo en 1880). — Madagascar (expédition de 1895). — Djibouti (fondé en 1888). — Indo-
chine (occupation de Saïg^on, 1859: expédition du Tonkin, 1882). — Iles océaniennes (Taïti, 1843; Nouvelle-Calédonie, 1853). — Vieilles colonies (La Réunion, cinq villes de l'Inde, Antilles, Guyane, etc.).
Empire essentiellement africain, dont une partie, la Berbérie, est et sera de plus en plus simple prolongement de la France par dessus la Méditerranée.
Au total, comme pour notre premier empire colonial, 10 millions de km. -, peuplés d'au moins 50 millions de blancs, de nègres et de jaunes. L'Afrique du Nord nous est plus précieuse que le Canada, mais ni les « Indes noires )> ni Tlndocliine ne nous compensent l'empire qu'avait rêvé Dupleix, et que l'Angleterre a réalisé .
Son oi^ganisation, sa valeur économique. — Organisation très souple, depuis les colonies à départements français (Algérie), en passant par les colonies à vie administrative purement indigène (Tonkin, Madagascar), jusqu'aux pays de protectorat (Tunisie, Maroc) et aux pays simplement contrôlés (demain, sans doute, la Syrie).
Richesses extrêmement variées : minerais de fer et phosphates (Afrique du Nord), nickel (Nouvelle-Calédonie), céréales et vins (Afrique du Nord), riz (Indochine), oléagineux (olives de l'Afrique du Nord, arachides du Sénégal, palmistes de Guinée), café, cacao, épices, caoutchouc, bois d'ébénisterie (Côte d'Afrique, Madagascar, Indochine), moutons et bœufs (Afrique du Nord, Madagascar), etc., et dans l'avenir, peut-être, coton et canne à sucre (Sud marocain, Cambodge, Soudan).
Avant la guerre, le commerce de la métropole avec ses colonies s'élevait à près de deux milliards de francs. Au moment où se posent de façon si aiguë la question des matières premières et le problème du change, il y a là pour la PVance un atout de premier ordre.