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V. CONCLUSION

La France conservera-t-elle son second empire colonial ? la réponse à cette question doit s'appuyer sur des considérations d'ordre extérieur et d'ordre intérieur.

Le jour où les ambitions mondiales de l'Allemagne amenèrent l'Angleterre à se rapprocher de la France (accord de 1904) disparut pour nous le risque d'une nouvelle guerre de Sept Ans, ovi nous aurions eu à soutenir une double lutte continentale et coloniale. L'issue victorieuse delà Grande Guerre a consolidé et accru notre domaine d'outre-mer, qui ne paraît plus avoir rien à craindre de rivaux européens.

Mais nos adversaires continentaux (Allemagne, Russie bolchevique) peuvent essayer d'ébranler notre puissance coloniale en soulevant contre nous les millions de musulmans et de bouddhistes chez lesquels le regret d'une civilisation jadis florissante s'allie avec le désir de se gouverner librement dans le sens de leurs traditions séculaires. Les tendances de certains systèmes sociaux, favorables à l'égalité complète et à la liberté absolue de tous les êtres humains, sont de nature à encourager et à favoriser ces aspirations nationales.

Comment prévenir le danger?!" Vis-à-vis des théoriciens, en leur faisant comprendre et admettre que, s'il est exagéré d'opposer, comme les Allemands, des races « supérieures » à de soi-disant <( races inférieures », il n'en est pas moins évident que certains peuples sont encore à un degré très peu avancé de civilisation, et que c'est un devoir pour leur aînés de les guider dans la voie du progrès économique, politique et social. — 2° Vis-à-vis des musulmans, des bouddhistes et des fétichistes dont nous avons la charge, en les associant de plus en plus étroitement à la direction administrative et politique, comme à l'exploitation économique de leur propre pays ; en leur montrant que notre appui est pour

eux une condition de bien-être intérieur et de sécurité extérieure.

Le tempérament français, exclusif de toute morgue et perlé à la sympathie pour les faibles, supprime plus rapidement les distances entre races différentes que le tempérament anglo-saxon, et facilite le rapprochement avec les populations protégées. D'autre part la médiocre natalité française et la répugnance de très nombreux Français à quitter pour toujours une patrie où il fait si bon vivre maintiennent chez nous à un chiffre très bas l'émigration colonisatrice : les Français n'apparaissent pas aux indigènes comme des concurrents de même niveau social et de même rôle économique (tels les Siciliens en Tunisie), mais comme des organisateurs, des directeurs techniques e-t des éducateurs.

Ainsi s'explique la confiance mutuelle qui s'est très vite établie entre éléments français et indigènes de nos si diverses colonies. La preuve décisive de l'attachement inspiré par la France à ses sujets d'outre-mer a été fournie par la Guerre : malgré les efforts désespérés des agents turcs et allemands, les incidents ont été très rares même dans les pays (Maroc) oîi notre domination venait à peine de s'établir, et oOO.OOO soldats indigènes, de race blanche, noire ou jaune, sont venus combattre sous les plis du drapeau français, pour défendre une civilisation et une patrie qui si récemment leur étaient encore étrangères.

La France peut donc espérer que le xx° siècle verra grandir de nouvelles Frances africaines et asiatiques, qui donneront à notre pays le nombre sans lequel il est condamné à ne plus jouer bientôt dans le monde qu'un rôle de second ordre: Réduite à son seul territoire continental et à ses 40 millions de citoyens, la France ferait bien petite figure vis-à-vis des empires anglo-saxons et des multitudes jaunes. Forte de cent millions de Français chrétiens, musulmans, bouddhistes, fétichistes, répartis sur un territoire aussi grand que l'Europe, la France pourra faire rayonner indéfiniment dans le monde sa langue et sa civilisation.

Conserver ou perdre son empire colonial, c'est donc pour la

France une question de vie ou de mort. Dire aujourd'hui « périssent les colonies plutôt qu'un principe » — si tant est que ce mot ait jamais été prononcé — , ce serait dire « périsse la France ! »

BIBLIOGRAPHIE. — Paul Lehoy-Beaulieu, La colonisation chez les peuples modernes, G*" éd., 1908. — De la Roncière, Histoire de la Marine française, 5 vol. parus. — Bonnassieux, Les c/randes Compagnies de commerce, 1852. — Léon Descuamps, Histoire de la question coloniale en France, 189L

Des bibliographies spéciales accompagneront les articles consacré aux diverses parties de notre histoire coloniale.

'Enquête sur la "France actuelle.

par Pierre Conard,

professeur d'histoire au lycée Lakanal et à CEcole normale de Sèvres.

Lorsqu'on connut en Europe la lettre écrite le 8 mars dernier par le président Wilson au sénateur Hitchcock relativement k l'article 10 du traité de Versailles, la presse et l'opinion en négligèrent généralement la majeure partie pour en retenir surtout le passage suivant : « Les ambitions militaristes et les visées impérialistes n'ont nullement cessé de peser sur les conseils des nations en qui nous avons la plus grande confiance et avec lesquelles nous désirons le plus partager les tâches de la paix. D'un bout à l'autre de la conférence de Paris, il fut évident qn un parti militariste, ayant à sa tête les chefs les plus influents, cherchait à jDrendre l'ascendant dans les conseils de la France. Ce parti a été vaincu à ce moment-là, mais il a aujourd'hui la haute main. » Le sénateur Lodge, principal adversaire de l'œuvre diplomatique du président, quelques grands journaux anglais, les principaux journaux français protestèrent aussitôt avec vivacité ou avec ironie. Certains organes de la presse américaine cherchèrent alors à expliquer de façon acceptable pour nous l'opinion émise par M. Wilson. D'autres au contraire maintinrent fermement ou même développèrent et précisèrent l'accusation que le président n'avait fait qu'esquisser incidemment, au cours d'une vaste démonstration.

De tout le bruit fait autour de l'incident il est surtout resté, dans la presse étrangère, une formule péremptoire, le « militais

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risme français ». Depuis des mois les nombreux journaux de tous pavs qui, par hostilité, par calcul, par doctrine ou par habitude, critiquaient âprement la politique de la France, tournaient autour de l'expression ou s'en approchaient, sans l'adopter résolument. Elle n'avait pas encore reçu la consécration d'une grande autorité mondiale. On accusait donc notre « chauvinisme », notre « nervosité maladive », notre «politique impérialiste », nos « sentiments extrêmes de nationalisme », notre (( excitation fanatique », notre «politique de haine et d'aveuglement », notre « hégémonie militaire », notre « virus colonialiste », etc. Mais il n'y avait pas encore de cliché consacré, et la gallophobie variait ses formules. Depuis la lettre du président Wilson, et à la faveur de l'impression produite par l'occupation des villes du Main, l'alliance du substantif « militarisme » et de l'adjectif « français » semble adoptée. Elle devient usuelle en Allemagne, en Hollande, en Autriche, dans la Suisse alémanique, en Italie, chez les radicaux d'outre-Manche, et probablement ailleurs encore.

Ceux des publicistes étrangers qui nous sont hostiles croient donc tenir enfin l'explication définitive de notre politique, une explication en deux mots. Et cela est grave. Car c'est souvent condensées en formules courtes et stéréotypées que, justes ou fausses, les idées se cristallisent le mieux parmi les hommes. Il est plus facile de réfuter un raisonnement d'apparence logique que de démonétiser une association de mots consacrée par l'usage. Pour le grand public, la formule « le militarisme prussien » a souvent paru contenir toute l'explication de la guerre et de ses épisodes les plus affreux. La formule « le militarisme français » va-t-elle maintenant fournir au monde la pseudo-explication des aspects inattendus et troublants que semble revêtir la paix, cette paix tant souhaitée et encore si imparfaite ? II dépend en partie de nous, Français, qu'il n'en soit pas ainsi. C'est à nous de faire connaître le vrai caractère de nos institutions militaires et de

notre politique étrangère ; c'est à nous de montrer que ni celleci, ni celles-là n'ont du militarisme autre chose que des apparences passagères ou extérieures. « Les Français croient qu'en tant que peuple ils haïssent le militarisme », dit le New-York Times du 12 mars. Gomment faire partager notre croyance à l'opinion mondiale?

Avant tout, il nous faut d'abord discerner de quoi on nous accuse. En d'autres termes, il nous faut d'abord définir le vocable, sous lequel on tente de nous accabler. Le mot de militarisme est un mot international, qui n'a vraisemblablement pas soixante ans d'existence et que certains milieux emploient beaucoup depuis sa naissance, mais avec des acceptions assez différentes. Examiner ici par le détail les définitions très variées de ceux des lexicographes qui ne se bornent pas à définir le mot d'une façon très générale serait fort long. Il suffit de constater qu'elles peuvent se ramener, en somme, presque toutes à celleci : K Prépondérance des militaires professionnels dans la vie sociale, dans l'organisation gouvernementale, dans la politique intérieure et extérieure de l'Etat. « Il importe toutefois de remarquer aussi que, pour certains orateurs ou publicistes (généralement d'opinion socialiste ou appartenant aux nations anglosaxonnes), le seul « fait d'entretenir de grandes armées » suffit à constituer le militarisme. C'est en partant de cet essai de définition que nous devons maintenant nous efforcer de répondre à la question : y a-t-il un militarisme français ?

Pour quelles raisons le monde était-il habitué, jusqu'à la paix de Versailles, à reconnaître dans la Prusse ou dans l'Empire allemand la puissance militariste entre toutes, celle où, selon l'expression si souvent citée, l'armée disposait d'un Etat, et non pas l'Etat d'une armée ? Tout d abord parce que, en Prusse et en Allemagne, du roi-sergent à Guillaume II, le souverain était avant tout le « chef de guerre » et n'admettait, comme tel, aucune

restriction à son autorité absolue, même depuis l'établissement des institutions représentatives : à preuve le conflit entre Guillaume P"" et le Landtag prussien (1861-1866), et plus tard les dissolutions du Reichstag-, quand celui-ci prétendit s'immiscer dans les questions militaires. Régissant l'armée par le grand état-major et le cabinet militaire, maître de briser, à toute heure et sans explication, la carrière de tout officier, le roi de Prusse, devenu en 1871 l'empereur allemand, plaçait au-dessus de tous ses autres droits et de tous ses autres devoirs ses prérogatives et ses obligations <( d'officier prussien ». Et Bismarck a pris soin de nous expliquer comment il avait maintes fois utilisé, pour triompher des hésitations de son maître, cette conception spéciale du devoir militaire du souverain.

Ensuite parce que les officiers, recrutés en majeure partie dans la noblesse, dressés pour la plupart dès l'enfance dans les écoles de cadets, étaient considérés et se considéraient eux-mêmes, individuellement et en corps, comme les maîtres non seulement de l'armée la plus disciplinée du monde, mais encore comme 1 os premiers dans la société et dans l'Etat. L'opinion acceptait en fait toutes les prétentions du militaire ; de hauts fonctionnaires civils s'effaçaient sans difficulté devant de jeunes lieutenants ; et « l'habit du roi » suffisait adonner au jeune ./u/iA:e/" l'entrée aux bals de la Cour, où n'étaient pas toujours invités des ministres roturiers. Dans chaque régiment, le corps des officiers constituait une sorte de cercle aristocratique, libre d'accepter ou de repousser les candidatures, indépendamment de toute question d'aptitude ou de savoir.

Enfin parce qu'à leur tour les officiers, admirablement secondés par les sous-officiers les plus exacts dans le service, les plus sévères et les plus instruits que le monde ait jamais connus, tenaient complètement dans leurs mains autoritaires toute la puissante machine militaire prussienne. En fin décompte la politique intérieure et In politi({ue extérieure se ressentaient inévitablement de la prépon-

dérance de l'armée. Le mouvement intellectuel même subissait l'influence de cette prépondérance. Et le général de Bernhardi se chargeait, à la veille de la grande guerre, de construire la philosophie doctrinale du militarisme, une philosophie que personne n'a jamais essayé d'instituer chez nous.

La France, au contraire, a eu dans Napoléon P'' son dernier souverain réellement militaire. Tout en se montrant parfois en uniforme, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe étaient essentiellement les chefs d'un gouvernement civil. Et Napoléon III, s'il prétendit parfois jouer le rôle d'un « chef de guerre », en fut surtout la caricature. Depuis 1871, l'Etat français est, en pratique, gouverné par le Conseil des ministres, responsable devant les Chambres pour les questions militaires comme pour toutes les autres. Dans les années antérieures à 1914, le ministre de la Guerre était de plus en plus fréquemment lui-même un civil. A deux reprises, sous la troisième République, les partis conservateurs tentèrent d'opposer l'élément militaire à l'élément civil à la faveur du boulangisme et de l'agitation issue de l'affaire Dreyfus, L'effondrement de la première tentative consolida le régime républicain, l'échec de la seconde favorisa le succès politique du parti radical, champion déterminé de la suprématie du pouvoir civil, et donna une incontestable puissance à l'agitation antimilitariste. Chez beaucoup d'hommes politiques influents, régnait alors la conviction ou l'espérance qu'on ne verrait plus de grandes guerres. Aussi bien pratiquement que constitvitionnellement, l'armée française n'était absolument, depuis 1871, et n'est aujourd'hui encore qu'un mo^^en d'action défensive aux mains du gouvernement. Et c'est uniquement par la persuasion que le haut commandement peut, chez nous, faire partager ses vues au pouvoir civil.

Le corps des ofiîciers de carrière ne constitue par ailleurs, en aucun sens, un corps privilégié dans la nation. Dès 1818, la loi

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militaire Gouvion-Saint-Gyr, confirmant mi principe essentiel de la Révolution, rendait impossible l'accès des grades militaires par droit de naissance. Il y a, à coup sûr, dans notre armée, un certain nombre d'officiers titrés, dont quelques-uns portent des noms illustres dans notre histoire. Ils sont une minorité, et la plupart n'ont que des grades modestes. Ils ont d'ailleurs obtenu l'épaulette exactement dans les mêmes conditions que leurs camarades d'origine roturière, soit en passant avec succès les concours qui donnent accès aux écoles militaires, soit en servant comme soldats et sous-officiers. Les règles de l'avancement dans l'armée sont, sinon identiques, du moins analogues à celles qui régissent les carrières des fonctionnaires civils. Les chefs que la récente guerre a illustrés portent presque tous des noms plébéiens ; et très certainement aucun de nos maréchaux n'aspire à jouer le rôle d'un Saint- Arnaud ou .d'mi Boulanger.

Quant au soldat, s'imagine-t-on vraiment à l'étranger que, parce qu'il a vaillamment fait face aux extrêmes dangers et aux souffrances presque continuelles d'une guerre atroce, il soit prêt à se prêter à des « aventures militaires » quelconques ? 11 faut qu'il comprenne la nécessité des efforts qu'on lui demande. Il n'a pas subi le drill prussien ; il serait impossible de le lui faire subir ; il déteste la vie et l'esprit de la caserne ; il est très sensible aux procédés et à la valeur de ses chefs. 11 n'est pas soustrait au contact de la nation, et l'esprit qui l'anime est exactement l'esprit du pays. Pour qu'il se donne vraiment à une tâche, il faut qu'il en sente l'utilité; et il ne peut être un rouage utile de la machine militaire que dans une guerre qui lui paraisse vraiment de défense nationale. Or il â du bon sens, et ce n'est pas lui qu'on déciderait à marcher au feu sans regret en appelant K guerre imposée » une guerre d'agression.

Enfin, quand avons-nous eu une politique extérieure justifiant le reproche de « militarisme )>? Au xix*^ siècle, uniquement jusqu'en 1815; et, à un moindre degré d'ailleurs, de 1850 environ jus-

qu'à 1870 : deux périodes assez lointaines, et dont nous avons déjà assez sérieusement expié les erreurs (par des traités que personne ne proposa de « reviser » ou d' « ajuster ») pour qu'on n'en exploite pas éternellement le souvenir contre nous. Depuis 1871, notre politique européenne a toujours été dominée par le (( péril allemand », péril dont des incidents fréquents venaient sans cesse nous rappeler la réalité. C'est ce sentiment d'un danger toujours suspendu sur nous qui explique nos elforts continuels pour maintenir nos effectifs militaires à un total aussi élevé que nous le permettait notre population. C'est encore par lui que s'explique l'alliance russe, constituée de 1891 à 1894, alliance dont les clauses, aujourd'hui connues, étaient aussi strictement défensives qu'il était possible ; par lui que s'explique notre entente avec Tx^ng-leterre depuis 1904, entente qui ne comportait même pas d'eng-agement formel de secours mutuel contre une agression. Les événements n'ont que trop montré depuis que notre bouclier militaire et notre armure diplomatique étaient tout juste suffisants contre le glaive affilé qui nous visait au cœur.

« Mais vous occupez la rive gauche du Rhin ! M;.is vous avez occupé Francfort ! Mais vous conservez sept ou huit cent mille hommes sous les armes (un journal américain dit même un million; mais il exagère) ! Mais vous êtes en Thrace, en Cilicie, en Syrie 1 Mais certains de vos publicistes et de vos orateurs souhaitent le démembrement de l'Allemagne ! » Nous ne pouvons pas empêcher des écrivains ou des parlementaires, qui parlent au nom d'une faible minorité d'exprimer des vœux, que la grande majorité des Français sait irréalisables. Nous serons fort satisfaits, quand nous pourrons retirer nos troupes de la Thrace et de la Cilicie, où elles remplissent des tâches ingrates et parfaitement désintéressées. En ce qui concerne la Syrie, terre de très ancienne influence française, la nation et le gouvernement sont certainement désireux de n'y jouer qu'un rôle discret et utile. Et depuis San-Remo le monde entier sait que nous

n'étions à Francfort que de façon toute temporaire. Enfin nous pensons pouvoir affirmer, sans crainte d'être démenti, que la classe 1918 se laissera très volontiers démobiliser, dès que la situation générale le permettra.

Il V a, il est vrai, des milieux où on critique tout entretien de forces militaires importantes, quand bien même cet entretien résulte d'un simple besoin de relative sécurité . Pour ces milieuxlà, nous l'avons remarqué, une nation qui a une armée considérable n"a pas d'excuse à alléguer: elle pratique le « militarisme ». On ne pourra jamais empêcher certaines gens de regarder la gendarmerie comme responsable des crimes qu'elle essaie d'empêcher Concédons donc à ceux-là qu'il j a, si l'on accepte leur définition du militarisme, un (( militarisme français ». Mais qu'ils nous accordent à leur tour que celui-ci est un milifurisme l'elatif.

Au reste, partout où on a des raisons de craindre la menace allemande actuelle ou future, on ne se plaint pas certes que notre armée soit trop forte, Belges, Tchèques et Polonais n'incriminent pas notre attitude. Le difficile est de la faire apprécier avec équité à ceux qui n'ont pas à craindre d'être jamais sous le coup d'une invasion immédiate. A ces derniers nous nous permettrons de rappeler le fait suivant, révélé un peu avant la guerre de 1914 par la publication partielle des papiers de Lord Lyons, ambassadeur britannique à Paris à la fin du second Empire. A la demande du gouvernement récemment constitué par le naïf Emile Ollivier, le secrétaire d'Etat anglais aux alTaires étrangères Lord Clarendon avait accepté de transmettre à Bismarck une olTre française de désarmement simultané. 11 était autorisé à déclarer que, avant même de savoir si la Prusse faisait bon accueil à la suggestion, le ministère français s'engageait à diminuerde 10,000 hommes le contingent appelé annuellement sous les drapeaux. Naturellement Bismarck repoussa énergique-

ment la proposition. Parmi ses arguments, figurait celui-ci : « L'Autriche, la France, la Russie ont chacune une armée qui sur le pied de paix est supérieure en nombre à la nôtre ». Moins de six mois après, deux cent mille Français étaient écrasés en Alsace et en Lorraine par quatre cent mille Allemands. Emile Ollivier aurait mieux fait d'augmenter le contingent annuel que de le diminuer. Et les statues de Bismarck sont toujours debout dans la République allemande.

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