LA SITUATION FINANCIÈRE ET L'EFFORT FISCAL DE LA FRANCE
par Bertrand Nogaro, professeur d'économie politique à VUniversité de Caen.
La situation financière de la France est envisagée sans optimisme, aussi bien à l'intérieur du pays qu'à l'étranger , et les méthodes fiscales françaises sont souvent jugées avec sévérité. Dans cette courte étude, le lecteur ne trouvera ni parti pris de critique, ni désir d'apologie, mais simplement un elïort sincère pour interpréter correctement les faits.
On peut évaluer à deux cents milliards, en chiffres ronds, les dépenses effectuées par l'Etat français depuis le l'^'" août 1914 jusquau 31 décembre 1919. Ces dépenses n'ont été couvertes par les impôts que jusqu'à concurrence de 31 milliards, soit 16,5 °/o du total. Les autres ressources budgétaires ont été fournies par l'emprunt, savoir 25 milliards sous forme d'avances de la Banque de France, 55 milliards fournis par des emprunts consolidés, et 50 par les bons et obligations du Trésor, enfin 33 1/2 milliards, résultant de crédits à l'étranger. Ainsi, cette dette nouvelle, s'ajoutant à la dette d'avant-guerre, formait un total de près de deux cents milliards, et représentait une charge annuelle d'une dizaine de milliards.
Aussi le budget normal de 1920, grossi à la fois par les intérêts de la dette et par les dépenses nouvelles des services publics (augmentation des traitements des fonctionnaires, du prix des