‹ La religion de PlatonChapitre 103 sur 164 · Rép., IV, 445 c · texte numérisé non relu

Rép., IV, 445 c

L^NDIVIDUALITÊ DES AMES

leur perfection unique qui, originellement, fut la même pour toutes, et s*en éloignent à mesure qu’elles s’individualisent à l’infini.

De plus, autrement que la Forme pure et « en soi », l’âme descend directement dans la matière, le flot du devenir l’emporte et la déséquilibre totalement, au point qu’« au premier moment, l’âme devient folle »^ Pour trouver un mode d’existence supportable, l’âme se croit obligée de composer avec la matière envahissante ; reniant sa fonction dominatrice, elle cède aux caprices de la cause errante et accueille en elle et près d’elle des éléments corporels qui l’altèrent, la défigurent et, à force d’habitudes, la rendent méconnaissable^. Or, le seul moyen efficace de rétablir l’équilibre est de résister aux mouvements infinis et désordonnés de la matière et de retrouver les révolutions régulières de jadis pour les imposer, en maîtresse, à l’âme mortelle et au corps®.

On pourrait donc croire que le salut des âmes consisterait à se désindividualiser, afin de rentrer dans leur perfection primitive et unique. Cela est vrai, dans la mesure où les caractères se forment et se durcissent sous l’action des deux parties mortelles adjointes à l’âme immortelle. Et cela est d’autant plus vrai que l’individualisme sans frein d’un Calliclès et, d’une manière générale, « l’amour de soi »^ prennent racine dans la partie mortelle de notre âme pour s’opposer, derrière les retranchements du moi, aux

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