LE DÉSIR DU BIEN
de posséder. Les choses ne sont utiles que pour qui s’en sert et, plus précisément, pour qui s’en sert comme il faut. En sorte que tous ces « biens » ne sont, au juste, ni bons ni mauvais ; ils ne deviennent tels que par l’usage, bon ou mauvais, que nous en faisons. Or tout usage judicieux requiert un savoir. Disons donc, en fin de compte, qu’il n’est de bien que la science, de mal que l’ignorance^. La science du bonheur devrait nous enseigner à la fois à acquérir les biens et à en user.
Où trouver cette science ? — Tous les métiers, toutes les techniques qui savent acquérir ou produire des choses, ignorent comment en user. Chasseurs et pêcheurs sont obligés de remettre leur prise au cuisinier qui seul sait en tirer parti. Les généraux sont capables de prendre une ville, mais seul l’homme d’État sait exploiter leurs victoires^. Touchant tout objet, il est une technique de production (ou d’acquisition) et une technique d’usage, et, chaque fois, celle-là est subordonnée à celle-ci ; ainsi, c’est le cavalier qui instruira forgeron ou sellier de ce que doit être un bon mors ou une bonne bride, c’est le tisserand qui dirigera le travail du fabricant de navettes^. Arts, sciences, techniques se hiérarchisent selon que l’une produit ce dont l’autre se sert, jusqu’à aboutir à une science suprême de l’usage qui dominera l’ensemble des techniques. Quelle est cette « science royale ?
Il est certain que cette science la plus haute s’ap-