Etn. Nie., IX, 8, 1169 a
si difficile à obtenir que Platon ne tente pas, comme son disciple, un sauvetage de r« égoïsme ». L’amour de soi condamnable est si « naturel »^ à l’homme que le mouvement de délivrance devra s’élever à l’amour de Dieu et substituer à la volonté « naturelle » une volonté étrangère pour la faire nôtre : « Ce n’est pas soimême ni ce qui est à soi qu’il faut chérir, si l’on veut devenir un grand homme, mais la justice, qu’on la réalise soi-même ou qu’elle soit encore mieux réalisée par autrui... Tout homme doit donc se garder de s’aimer beaucoup soi-même ; il faut qu’il s’attache à ceux qui valent mieux que lui, sans égard pour son amourpropre. » L’égoïsme est « le plus grand des défauts »2.
Nous avons vu comment, au cours de la recherche dialectique, les thèses « personnelles » s’effacent derrière les exigences essentielles. Cette abdication de nous-mêmes, ce consentement à l’Être nous restitue notre personnalité propre, celle que l’âme a reçue de l’astre. Que nous en tirions avantage, comme le note Aristote, rien n’est plus évident. Mais ce n’est pas là le motif qui nous fait agir. La course aux avantages est le propre du prétendant non épris® ; l’amoureux authentique ne veut que la présencfe et l’adoration. En même temps qu’il cherche à rendre l’aimé le plus parfait possible, il essaie de se rendre semblable à celui qui « vaut mieux » que lui-même. C’est ainsi que l’homme sage et juste a prend soin de la partie divine et garde en bon état le génie (démon) qui habite en lui