Tim., 90 c
LE CULTE SPIRITUEL
Dans VEuthyphron, Socrate avait raillé une définition proposée par le de^n : la piété est un soin consacré aux dieux. Tout soin améliore celui qui en est Tobjet ; les dieux, parfaits en tout point, faudrait-il, par nos soins, les rendre meilleurs^ ? Mais le Timée découvre un sens nouveau à cette formule, et confie à nos soins la divinité là où sa perfection est la plus fragile, la plus vulnérable : le démon incarné en nous.
On ne saurait imaginer une surveillance plus étroite de l’homme par Dieu. Dieu est logé en nous, et l’homme, à tout instant, vit dans sa présence. Plus même : ce dieu, en un sens, c’est l’homme même. Mais l’homme n’en est aucunement divinisé ; ce « génie en lui », il tient à l’homme de l’offenser, de le dégrader, et, par une vie d’injustice et d’ignorance, de le « mortaliser »* entièrement.
« S’assimiler à Dieu »®, prendre soin de son âme, il ne suffit pas de dire que c’est mener une vie d’intelligence et de vertu. L’animal, qui nous persuade à chaque instant qu’il est nous-mêmes, guette la raison là où elle semble la plus forte, là où elle semble exercer sans défaillance sa fonction hégémonique, La partie basse de notre âme, contrainte à la volonté du meilleur et résignée à sa défaite, voudra assurer une subtile revanche à ses penchants humiliés et rapporter au moi la victoire qui revient à la seule raison. Or le seul vainqueur est le « démon en nous » et le Bien dont il a pris les ordres.