‹ La religion de PlatonChapitre 122 sur 164 · Crcd„ 39G d · texte numérisé non relu

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DESTINÉE DE L’hOMME

puisque toute l’éternité du temps lui est olîerte pour s’assimiler à Dieu qui, lui, est hors du temps. Mais l’exigence et l’exhortation veulent être écoutées constamment, et c’est pour cela que chaque instant du temps où l’âme entend cet appel est un « instant critique ».

La Cité platonicienne renvoie de son territoire les poètes tragiques, parce que, dans la paix et dans la guerre, elle représente elle-même le plus beau des drames^ ; de même l’homme libre ne se fera ni auteur ni acteur^, parce qu’il devra, par sa vie même, composer le seul poème dramatique qui soit digne de lui : celui qui imite, non des images, mais les Valeurs. Mais ce drame vécu semble exempt de tout élément dramatique : rien d’irréparable ne peut arriver à l’âme ; il ne comporte ni péripéties tragiques, ni même de dénouement, puisque la mort n’y met pas un terme.

Il ne saurait donc y avoir de drame sacré dans la religion de Platon. Les âmes ne s’amendent qu’au cours d’innombrables existences ; la dialectique a besoin du loisir et n’accepte pas d’être « pressée par l’eau qui s’écoule »®. Le temps et l’instant où se nouent, se condensent et se concluent les drames des poètes et les drames humains, font naître l’illusion que la Nécessité aveugle l’emporte sur l’action du Bien. La poésie dramatique (où chaque acte, chaque parole sont chargés de sens et lourds de conséquences, où rien n’est indifférent, où nulle parole ne peut se

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