V. GOLOSCHMIDX
reprendre, nul acte ne se peut réparer) est un art de tromperie. Le drame philosophique ne se termine jamais ni dans le désarroi ni par un cri de victoire ; (( achevés » ou aporétiques, les dialogues s’achèvent par une exhortation à la philosophie ; aucun échec h’est définitif, aucune découverte n’est acquise.
D’où enfin l’absence, chez Platon, de tout élément pathétique. Il lie faut pas se complaire dans les difficultés du « combat )),^ où nous sommes engagés. La victoire qui nous est proposée ne se remporte ni par une décision ni par un acte ; elle s’obtient au bout de patients efforts et conduit à un état, à cette vie calme et sereine que mènent les divinités astrales^, non précisément en vertu d’une victoire dramatique, mais par une nécessité fondée en être. Rien n’eût été aussi antipathique à Platon que le culte du « sentiment tragique de la vie ». La tâche de l’homme ne consiste pas à aviver et à exalter les déchirures de sa conscience, ni à faire cause commune avec les coups du hasard qui l’accablent et à leur témoigner par ses gémissements® une considération qu’ils ne méritent pas. Le drame spirituel, au delà des péripéties qui voudraient forcer notre adhésion, tend vers l’hymne^ qui ne conte pas quelque récit, toujours mensonger, mais qui rend témoignage de l’Être intemporel.