Banquet, 206 a
[.R DÉSIR DU BIKN
hors concours les biens instables, biens extérieurs et biens du corps. Périssables, ils ne peuvent assurer qu’un bonheur passager à des êtres mortels. Quand même nous serions immortels, la profondeur de notre désir ne saurait être par eux satisfaite^. L’âme, elle, est immortelle. Nul doute que les âmes jadis admises à contempler le « lieu supra-céleste » où se dressent les Formes intelligibles, n’aient trouvé une félicité achevée dans cette « vision bienheureuse Mais depuis, elles sont tombées dans des corps mortels, et difficilement persuadera-t-on le géomètre de puiser une jouissance suffisante dans l’étude de la Forme du Cercle si, ignorant le compas et l’équerre (instruments inexacts, cependant, et périssables), il ne savait ni construire sa maison ni, le soir venu, trouver la route pour rentrer chez lui^. — Les nécessités de notre condition incarnée nous obligent à poursuivre sans trêve les « bonnes choses » fuyantes et porteuses d’une parcelle seulement de bonheur instable, d’un bonheur à la mesure de notre condition mortelle. S’il est plausible que l’âme immortelle se porte spontanément vers les Formes éternelles, il n’en est pas moins vrai que l’âme incarnée n’en éprouve nul désir et que !’« au-delà avec ses Réalités béatifiques lui inspire de l’incrédulité et lui semble une grande duperie®.