‹ La religion de PlatonChapitre 14 sur 164 · Phéd., 69 e · texte numérisé non relu

Phéd., 69 e

IIL — L’amour du Beau

C’est encore une duperie^ que de proposer à notre désir comme bonnes des choses qui ne sont que belles. Courage, justice, tempérance sont parmi les Formes au moyen desquelles le philosophe prétend assurer notre bonheur. Mais ordinairement, les interlocuteurs de Socrate préfèrent qualifier ces vertus coûteuses de belles^ ; avec admiration et perspicacité, ils les saluent de loin et leur témoignent du respect plutôt que du désir. S’ils consentent à les accepter dans la classe des « biens de l’âme ))^, c’est sous condition et dans la mesure où ils y trouvent leur compte^. Or la vertu profite surtout par la renommée qui s’y attache, et celle-ci s’obtient autant et mieux par les dehors de l’honnêteté^. L’unique chose que nous désirions dans sa réalité est le bonheur®, et l’on peut être très heureux dans la Cité si l’on « feint la justice »’.

Le beau n’est pas l’objet de notre désir. S’imposet-il à notre amour ? — Mais l’amour même est « un désir ; voilà qui est évident pour tout le monde'»®. Personne ne comprend ce que peut signifier « l’amour des belles choses », tant qu’on n’aura pas avoué qu’il ne s’agit, au fond, que d’une forme particulière du désir universel des choses bonnes®. Comme le bon-

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