‹ La religion de PlatonChapitre 130 sur 164 · T, A TRADITION · texte numérisé non relu

T, A TRADITION

témoignent d’une « force naturelle de résistance ))^ qui ne peut être qu’un don divin. Même quand TUnivers du mythe s’en va à la dérive, il n’est pas entièrement « abandonné » de Dieu, puisqu’il parvient à se rappeler, si peu que ce soit, « les instructions de son Démiurge et Père y>^. Dieu n’a pas attendu le législateur philosophe pour organiser la vie politique. C’est à la divinité, non à des hommes, qu’il faut attribuer l’établissement des lois antiques^, et c’est grâce à ces lois, même lorsqu’elles ne sont plus comprises ou mal appliquées, que les Cités existantes doivent d’exister encore. Dès l’origine donc, la Raison a pris en main la matière sociale, et le législateur philosophe, qui pénètre les exigences absolues de la Raison plus facilement que les procédés contingents par lesquels elle « persuade » la Matière^, n’aura garde d’ébranler la stabilité d’un État, fondée sur la tradition. Il a toujours raison de critiquer, au nom de cet absolu qu’est la « juste mesure », telle Cité ou telle de ses institutions ; il aurait toujours tort, et même agirait contre la piété®, s’il se faisait révolutionnaire ou si, appelé au pouvoir, il entreprenait de légiférer à neuf, au mépris de la tradition. Si le dialecticien s’attache à la seule raison et ne reconnaît l’autorité ni d’Homère ni de Simonide, le législateur s’incline devant Lycurgue ou Solon. Dans la tradition des temps reculés ou dans la source toujours jaillissante de l’oracle de Delphes®,

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