‹ La religion de PlatonChapitre 138 sur 164 · X, 909 e sqq · texte numérisé non relu

X, 909 e sqq

Tamour de soi, si clairement dénoncé ailleurs comme le principal obstacle à la vraie piété^. Toutes les pratiques visées proviennent de gens qui ne chérissent rien autant que leur propre personne. Ils rapportent le moindre événement à eux-mêmes ; qu’ils soient effrayés par un songe ou qu’ils soient tombés sur quelque aubaine, toujours, à coups de vœux et d’offrandes, ils mettent les dieux en peine et en cause. C’est là « déshonorer » leur âme divine et la plier à une coupable suprématie de l’âme mortelle^. Alors qu’il faudrait nous accorder nous-mêmes sur la divinité, ces superstitieux interprètent l’ordre cosmique à partir de leur propre personne.

Or la tragédie aussi remplace le culte des dieux — qui était son office primitif — par le culte du moi. Mettant en scène des personnages qui « agissent », elle représente « le bonheur et l’infortune w®. Mais l’homme ne peut, semble-t-il, supporter ni Tun ni l’autre, sans mettre en cause la divinité. Les poètes tragiques insistent complaisamment sur les diverses péripéties de la vie humaine, s’interrogent sur la justice divine et concluent volontiers par la démesure ou par la révolte. Platon était trop artiste pour vouloir substituer au drame des pièces d’édification dont l’intrigue, pour être pieuse, aurait dû renoncer à être dramatique. Aussi les Lois, pourtant radoucies à l’égard d’Homère^, maintiennent-elles la condamnation globale de la tragédie*^. Essentiellement immoral.

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