‹ La religion de PlatonChapitre 15 sur 164 · Banquet, 204 d-e · texte numérisé non relu

Banquet, 204 d-e

l’amour du beau

heur en général, peut-on ajouter, le bien que convoite l’amoureux est amer et instable^.

Mais il faut, quand on parle de l’amour, se garder de propos comme peuvent en tenir « des gens nourris parmi les matelots et qui n’ont jamais eu le spectacle d’un amour vraiment libre ))2. L’amoureux, « quand il voit un visage d’aspect divin, imitation réussie de la beauté, ou quelque corps pareillement bien fait, éprouve d’abord un frisson... puis portant ses regards vers le bel objet il le vénère à l’égal d’un dieu et, s’il ne craignait de passer pour être au comble du délire, il offrirait, comme à une sainte; image et à un dieu, des sacrifices au bien-aimé ))^. Comme la piété veut rendre des « soins ))^ à la divinité, l’adoration amoureuse cherche à orner et à embellir l’objet aimé ; elle le veut parfait. L’amoureux manque-t-il d’une vertu ou d’un savoir dont il veut voir doué le bel objet, il n’a de cesse qu’il ne s’instruise lui-même, pour mieux instruire le bien-aimé. Il tend à accroître les biens de son âme comme les plus dignes d’être présentés en offrande ; volontiers, il abandonnerait tout ce qu’il possède et acquiert vertus et sciences pour tout offrir à l’aimé®.

Mais il suffît de prendre l’amour à son niveau le plus commun, là où il n’est suspect ni de transposition ni de sophistication, pour y découvrir deux traits étranges : le désir d’ « enfanter dans le Beau », ainsi que lessoins que prodiguent les parents (et ici nous pouvons

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