‹ La religion de PlatonChapitre 145 sur 164 · IV, 716 c ; Cf. Rép., VII, 520 c ; PoUL, 283 c-284 d · texte numérisé non relu

IV, 716 c ; Cf. Rép., VII, 520 c ; PoUL, 283 c-284 d

RELIGION ET POLITIQUE

dialecticiens et dont la science est soumise au Bien, Topinion, à la tradition et à l’Oracle de Delphes.

Qu’un pareil régime, sous le couvert de la philosophie ou de la religion, puisse donner lieu à des abus, Platon l’a fort bien vu. Aussi n’y a-t-il pas union personnelle entre le philosophe et l’autocrate : le Politique et les Lois placent les gouvernants sous l’autorité de la constitution écrite. Quant aux dialecticiens souverains de la République, ils sont aussi inconcevables qu’un Démiurge façonnant TUnivers d’après les seules exigences de la Raison, sans se soucier ^e persuader la Nécessité^. Il n’en demeure pas moins que le législateur, dans les limites imposées par ia matière sociale et par la tradition, s’inspire de la seule raison ; quand Platon décrit le politique idéal, il se plaît à montrer combien son action, vue de l’extérieur, paraît arbitraire et capricieuse^. Thème fréquent dans la philosophie platonicienne : en nous faisant sortir de la Caverne, la dialectique renverse nos valeurs reçues et nous fait distinguer ce que nous avions coutume de confondre : les images et les réalités, le sophiste et le philosophe qui se ressemblent comme le loup et le chien®. Voir dans Platon, comme on l’a encore essayé récemment^, le précurseur et le théoricien de la tyrannie, c’est faire bon marché de la qualité fondamentale du dialecticien : savoir discerner les ressemblances et les dissemblances®.

1. P. 119. Cf. Rép., IX, 592 b et voir W. Jaeger : « The State within us » {Paideia, II, pp. 354-357).

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