Soph., 253 d ; Polit, 285 a-b
Le X® livre des Lois prévoit et punit trois formes de rimpiété : douter de l’existence des dieux, croire que les dieux se désintéressent des affaires humaines, tenir les dieux pour corruptibles par des prières, des sacrifices, des pratiques de magie. Ces mesures s’inspirent, tout en la prolongeant, de la tradition^. Mais elles s’accordent également avec la philosophie de Platon. Car ce qui est affirmé ici en faveur des dieux traditionnels et qui ne leur revient que par une sorte de procession, ce sont les qualités mêmes que la dialectique affirme du Bien d’où elles procèdent et qui se précisènt de plus en plus chez les Formes,gchez le Démiurge, chez les divinités astrales : VExistence ; la Bonté qui devient Bienveillance, puis Providence ; enfin V Immutabilité qui devient régularité de mouvement, puis justice incorruptible. La législation en matière d’impiété projette sur le plan politique les exigences fondamentales de la dialectique. Ce que la dialectique exige, la politique l’impose. Elle l’impose d’abord, comme dira Rousseau, en tant que « religion civile » dont l’acceptation suppose des « sentiments de sociabilité sans lesquels il est impossible d’être bon Citoyen ni sujet fidèle y>^. Mais elle l’impose encore parce que la religion devra apporter au plus humbfe citoyen ce que la dialectique ne parvient à donner qu’aux philosophes. Dès lors, la contrainte politicoreligieuse peut-elle, ou seulement le prétend, s’autoriser de Vexigence dialectique ?
Le dialecticien qui fait voir la lumière à ses com-
1. Sur « Les lois contre Vimpiété », voir Reverdin, La Religion, etc., pp. 208-241.